Ô cirque : action sociale et exploration

Par Jasmine Godbout

« Ô Cirque, c’est d’abord et avant tout un programme d’action sociale utilisant les arts du cirque comme méthode d’intervention alternative », voilà le début de la description de l’activité qui a lieu les mercredis soirs de 19 h 30 à 21 h 30 au Centre des arts de la scène Jean-Besré. Puisque le coordonnateur, Xavier Graveline n’était pas sur place lors de la visite du 17 avril dernier, Le Collectif s’est entretenu avec Andrée-Ann Collin, travailleuse de rue et l’une des responsables, pour en apprendre davantage sur cette initiative qu’est le cirque social de Sherbrooke.

LE COLLECTIF : D’où vient l’idée du cirque social?

Andrée-Ann : En fait, le cirque social à Sherbrooke existe depuis vraiment longtemps, soit depuis 2001 environ. Autrefois, le projet s’appelait Cirque du monde, il était en lien avec le Cirque du Soleil, qui encourage et qui a des sites de cirque social un peu partout à travers le monde. Il a toujours été affilié avec un organisme partenaire de la région. Ici, c’est avec la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue.

Depuis la restructuration de l’offre du Cirque du Soleil en 2015, ce dernier ne finance plus le projet. Les activités ont été arrêtées jusqu’en 2017. Les membres qui en ont bénéficié et les instructeurs ont insisté pour repartir ça et le projet est devenu Ô Cirque. En attendant de devenir un organisme autonome et sans but lucratif, c’est la Coalition qui s’en occupe. L’initiative devrait s’officialiser dès l’assemblée générale du 22 mai dans le but d’être indépendant et de le faire rayonner à Sherbrooke.

C : Qui s’en occupe?

A : En ce moment, on est en transition, mais il y a toujours deux instructeurs de cirque et un intervenant social, présents tous les mercredis de septembre à décembre et de janvier à mai, prêts à accueillir les participants et participantes. Tout le monde de 16 ans et plus est invité à se joindre au groupe social. C’est pour ceux qui désirent s’engager dans une démarche d’apprentissage des arts du cirque dans un contexte non compétitif et dans le respect.

C : Que proposez-vous? Quelles sont les activités offertes?

A : Quand on arrive, on veut se débarrasser de ce qui nous pèse sur les épaules dans la journée. La soirée commence avec un jeu ludique pour lâcher notre fou. Après, il y a toujours un cercle de parole, pour apprendre à se connaître. Elle se poursuit avec un échauffement de groupe et des activités proposées par les instructeurs (jusqu’à 21 h 30), puis se termine avec une heure de période libre. Explorer différentes disciplines (aérien, jonglerie, jeu clownesque et théâtre, acrobatie, etc.) est possible à chaque fois. On touche un peu à tout.

C : Quels sont votre mission et vos objectifs?

A : Le cirque social, c’est une façon de rassembler les gens, d’offrir une mixité sociale autour des arts du cirque et de créer un espace inclusif, accessible. C’est pour ça que les activités sont gratuites. On développe le vivre ensemble, l’appartenance, les habiletés physiques et sociales; ce n’est pas axé sur la performance, chacun y va à son rythme. On veut améliorer le bien-être personnel et collectif, peu importe d’où tu viens ou d’où tu arrives.

Le groupe peut être intégré à tout moment par des gens avec de l’expérience ou pas du tout. C’est super important de garder ça ouvert à tous. Que tu sois étudiant ou que tu sois quelqu’un qui vit présentement une période plus difficile, on veut que les gens se rencontrent autour du cirque, qui peut devenir une passion.

La Coalition prône aussi beaucoup la mixité sociale, les rencontres entre les gens et elle essaie de faire du sens dans le centre-ville en revitalisation. On a à cœur l’accès à tous, l’accueil agréable est une priorité ici.

C : Quels sont les défis à relever?

A : C’est sûr que financièrement, c’est un défi à la Coalition pour continuer à contribuer à ce projet-là et pour assurer la perpétuité de l’organisation et sans avoir à se questionner à chaque année sur les sources de revenus. On veut se faire connaître le cirque social et rayonner à Sherbrooke en apportant ce lieu de rencontres-là à la population. Comme nouvel organisme, on va avoir des démarches à faire sur ce plan-là.

C : Qu’est-ce que ça apporte au groupe et aux personnes (sur le plan individuel)?

A : Ça dépend de la personne, d’où elle vient, quand elle arrive, ça peut varier sur le plan individuel. Ça apporte des habiletés sociales, tout en se permettant d’être soi-même et de gagner de la confiance en soi. On ne porte pas de jugement sur qui que ce soit, tout le monde est ouvert d’esprit et a l’occasion de s’exprimer. Quand tu passes une moins bonne journée, que t’as envie de voir du monde, que t’as envie de te dégourdir, le cirque est là pour ça. Le fait d’avoir de saines habitudes de vie, de bouger, devient vraiment important pour tous.

Selon la description de la page Facebook d’Ô Cirque, les participants et les participantes sont appelés à vivre une expérience de groupe enrichissante où l’entraide, la créativité, l’écoute et le dépassement de soi sont au rendez-vous.  Ce qui compte c’est d’adhérer à la formule du cirque social, le volet de groupe et le développement de l’appartenance sont nécessaires au bon fonctionnement. On n’est pas là juste pour s’entraîner tout seul, ce n’est pas ça l’objectif principal, au contraire.

C : Combien y a-t-il de personnes par semaine environ?

A : Les chiffres varient entre 10 et 15 personnes en moyenne, ça peut être plus selon les semaines. Ça bouge beaucoup, vu que c’est gratuit et flexible et vu qu’on n’a pas besoin de s’inscrire. Il y a tout de même un noyau qui se crée.

C : Avez-vous quelque chose à ajouter?

A : En tant que futur organisme indépendant, on aimerait que le cirque existe partout, qu’il se crée un réseau qu’on a perdu quand le Cirque du soleil a quitté. On essaie de développer ça à nouveau pour faire valoir l’approche, car on sait comment l’art social, dans lequel le cirque social s’inscrit, fait du bien. Ça peut vraiment amener des changements dans notre communauté.

Témoignage

Quelques participants ont été interviewés lors de la rencontre. Voici le témoignage de Lauriane, une participante depuis environ deux mois.

C : Parle-moi de ton expérience. Aimes-tu ça?

Lauriane : Ouais, c’est full le fun. C’est un endroit où l’on peut se rassembler sans qu’il n’y ait de pression pour rien. On est là pour explorer n’importe quoi. Même quand on est de mauvaise humeur ou que ça ne va pas, on vient ici pour se relâcher et juste avoir un moment ensemble avec plein de monde cool avec qui jaser. Il y en a qui sont toujours là, mais ça varie pas mal, il y a toujours des nouveaux aussi.

C : Qu’est-ce que ça t’apporte de venir ici?

L : Ça me fait du bien de bouger un peu, c’est sûr que j’apprends plein de choses, ça amène un côté ludique, un endroit de partage aussi. J’avais fait un peu de cirque quand j’étais jeune, mais pas plus que ça, j’apprends beaucoup.

C : Le conseilles-tu? Si oui, à qui?

L : Oui, vraiment! Je le conseille souvent à des amis qui m’accompagnent quand ils peuvent.

Reconnaissante, Lauriane est loin d’être la seule à l’être. Nicolas, qui apparaît sur la photo, est un vétéran et il est fier de venir depuis 13 ans. Ses habiletés en jonglerie et son équilibre ont été développés au fil du temps. Pour certaines participantes, se glisser sur le ruban aérien, qui demande beaucoup de force et de flexibilité, semble être un jeu d’enfant, et ce, après seulement quelques soirées de pratique.

Il est encore possible de se joindre au groupe jusqu’au 5 juin. Ô Cirque sera aussi de retour dès l’automne prochain en tant qu’organisme sans but lucratif, car « notre communauté a besoin d’espaces comme celui-ci, où chacun peut être ce qu’il est et où les gens peuvent se rencontrer », souligne l’intervenante Andrée-Ann Collin.


Crédit Photo @ Jasmine Godbout

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