Et si on dialoguait plus?

Par Laurence Poulin

Quand le milieu municipal rencontre le milieu universitaire, ça peut donner lieu à des initiatives hors du commun. C’est le cas du forum Dialogue Plus, présenté par Mohamed Soulami, président d’Actions interculturelles de l’Estrie, dont l’idée est de la conseillère municipale de Rock Forest, Annie Godbout. Le professeur et vice-doyen aux études supérieures et aux affaires internationales de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’UdeS, David Morin, est également coprésident.

C’est donc dans le cadre de l’invitation à ce nouveau forum que se sont rassemblées près de 150 personnes à l’Hôtel Delta, et ce, de tous les milieux : étudiants et étudiantes du secondaire, du cégep et de l’université et professionnels du milieu communautaire et scolaire venus de partout au Canada. Cette initiative a vu le jour pour la première fois à Sherbrooke dans le but de répondre à un besoin.

Ce besoin, le nom le dit bien, est celui du dialogue entre les jeunes et les décideurs des divers milieux principalement. C’est pourquoi, pour leur laisser davantage d’espace pour communiquer sans barrières, huit jeunes leaders ont été désignés pour chapeauter ce forum. On a rappelé à plusieurs reprises la volonté d’un rassemblement, d’un espace commun et innovant, où tous et toutes ont leur place.

Madame Annie Godbout l’a dit d’entrée de jeu. Depuis les événements de Charlie Hebdo, de Québec et de Londres peu avant le forum, il est plus que jamais temps d’avoir une réflexion collective pour passer « en mode solutions » afin de prévenir l’exclusion et la radicalisation.

Aucune semaine ne passe sans que de toute part, on apprenne qu’un autre tragique événement ait lieu. Alors que ces lignes sont écrites, une autre attaque vient d’avoir lieu en Suède. Bien qu’un groupe particulier soit dénoncé, la radicalisation ne doit pas être associée qu’à l’extrémisme religieux. Durant le forum, Abdelilah Hamdache, également chargé de cours à l’UdeS, a tenu à rappeler que cet amalgame ne doit pas être fait. La radicalisation est le processus d’adoption d’une croyance extrémiste incluant la volonté d’utiliser, de soutenir ou de faciliter la violence comme méthode de changement de la société.

Selon monsieur David Morin, les réponses sécuritaires ont leurs limites et elles ne suffisent plus. On se doit de reconstruire le tissu social et le vivre ensemble par l’ouverture des canaux de dialogue. Mais comment ouvrir ces voies de discussion? D’abord, par l’entremise de panels où jeunes et membres du milieu communautaire peuvent échanger avec le public sur diverses questions. Hanna Krabchi, étudiante à l’École de politique appliquée et une des jeunes leaders, a fait ressortir que les enjeux sont multisectoriels et que les jeunes doivent se « réapproprier le micro ». Également, il y a selon elle un besoin de reconnaître la différence et de la laisser s’exprimer.

Outre les panels, des séances d’échange étaient organisées afin de favoriser les discussions intergénérationnelles. À cet effet, en l’espace de quelques minutes, une foule peu homogène s’est rapidement mélangée afin d’apprendre sur les visions et impressions de chacun et chacune. Des « conversations d’ascenseur » ont été encouragées pour commencer la discussion. Par la suite, des tableaux mobiles étaient disposés afin qu’en groupe de personnes issues de divers milieux, mais aussi de diverses générations, on discute et on relève les différentes visions et causes ainsi que les différents moyens et outils afin de favoriser un éventail de solutions. L’idée, comme l’a dit Mme Godbout, c’est qu’à la fin d’un tel forum, il en ressorte un plan d’action plus soutenu.

Comme l’a rappelé M. Morin, l’importance est de placer les jeunes au cœur du projet et d’arrêter de parler à leur place. Selon lui, on doit leur donner les moyens de construire avec le reste de la société un nombre d’activités pour ouvrir le dialogue social, politique, culturel et intergénérationnel.

Cette initiative prend place à Sherbrooke, une ville s’étant démarquée pour son ouverture et son engagement dans des politiques d’accueil des personnes immigrantes, comme l’a souligné la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil. Ce forum sera exporté dans quatre autres villes canadiennes vivant d’autres réalités, soit Québec, Hamilton, Moncton et Ottawa.


Crédit photo © Simone Lirette

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