On se souvient toujours de sa première fois

Par Benjamin Shady

En France, le hockey est à peu près aussi populaire que la pétanque au Québec. Pourtant, j’ai eu la chance d’assister à un match des Canadiens.

Lundi 29 août

Je quitte ma France natale pour partir étudier quatre mois à Sherbrooke. À ma sortie de l’avion, je suis reçu par des amis français qui habitent au Québec depuis plusieurs années. Ils me mettent directement dans le bain : « Les Québécois ont un trio sacré : la bière, la poutine et le hockey. »

Jeudi 29 septembre

Tout juste un mois après mon arrivée, après avoir honoré à maintes reprises les deux premiers piliers de la culture québécoise, des amis me proposent de compléter mon initiation et d’assister à un match de la Ligue nationale de hockey, ou du moins de présaison. En France, il y a bien quelques clubs de hockey, mais on est loin de pouvoir dire que ce sport est populaire. Le football, ou le soccer comme l’appellent nos amis nord-américains, fait la loi. On compte environ 20 000 licenciés à la fédération de hockey sur glace… et plus de deux millions à celle de football. Bien que je ne connaisse donc rien au hockey, j’accepte la proposition avec joie. Direction le Centre Bell de Montréal pour assister à la réception des Sénateurs d’Ottawa par les Canadiens! Je suis accompagné d’un Montréalais, fervent partisan des Habs, et d’un Gatinois, partisan des Sens. « Le cul entre deux chaises », comme on dit en France. Je choisis de soutenir les Canadiens. J’enfile un chandail emprunté à un ami, et le tour est joué.

En entrant dans l’arène, ma mâchoire manque de se décrocher. J’ai des étoiles dans les yeux. Quelle salle magnifique! Et surtout, quelle ambiance! C’est cette folle ambiance qui restera un de mes meilleurs souvenirs. Les gens chantent, dansent, crient. Ils profitent à fond. Lorsque l’écran géant affiche « Faites du bruit » ou vous invite à danser, vous le faites et vous ne vous posez pas de questions. Lorsque la foule commence à entonner des rythmes en tapant dans ses mains, vous suivez volontiers le mouvement. Une vague a même duré tellement longtemps que j’en avais mal aux cuisses à force de me lever et me rasseoir.

En France, dans un stade de football (ou de soccer), les seules zones où on s’exprime librement sont les « virages », c’est-à-dire les deux zones derrière les buts. Ailleurs, on applaudit, on crie un peu quand il y a un but, on se lève quand il y a une vague, voilà tout. Ici, toute la salle est en communion. En France, on vous regarderait bizarrement si vous entamiez un pas de danse dans les tribunes. Ici, c’est tout l’inverse : on vous y encourage, et on vous fait même passer sur l’écran géant – la récompense ultime – pour cela. J’ai eu une certaine impression que les spectateurs n’éprouvent aucune honte : ils dansent, peu importe s’ils dansent mal; ils chantent, peu importe s’ils chantent faux. Ils s’amusent, voilà tout. Peu importe le regard de l’autre, et ils ont bien raison!

Alors je ne sais pas si c’est le prix élevé des billets qui entraîne les spectateurs à vouloir profiter au maximum de leur match comme cela, ou alors si c’est la bière à 9 $ qui les rend si joyeux, mais quoi qu’il en soit, ce match restera sans aucun doute un de mes plus beaux souvenirs du Québec.


Crédit photo © www.dauphinminorhockey.com

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