OSS : classiques sucrés

Par Anabel Cossette Civitella

Avec la pianiste invitée Mari Kodama, l’Orchestre symphonique de Sherbrooke présentait une collection de pièces classiques samedi dernier, au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke.

L’Orchestre symphonique de Sherbrooke (OSS) a ce petit je-ne-sais-quoi d’accessible, de sympathique, qui nous fait l’aimer au premier abord. Le chef d’orchestre Stéphane Laforest n’est pas étranger à l’ambiance accueillante qui règne lors des concerts de l’OSS. Ses quelque 400 concerts « symphoniques pop », dont il est devenu le spécialiste au fil du temps, lui ont certainement donné l’habitude d’expliquer l’histoire des œuvres qu’il présente, sans vulgariser à outrance, et de spécifier le pourquoi derrière la sélection des pièces au programme.

Stéphane Laforest a travaillé comme 1er chef assistant de Kent Nagano, chef de l’Orchestre symphonique de Montréal. C’est sûrement pour cette raison qu’il n’a pas pu s’empêcher de commettre une indélicatesse d’un autre âge : dire que la pianiste invitée était la femme du maestro de l’OSM.

Outre ce bémol qui n’avait rien de musical, samedi dernier, la salle bondée du Centre culturel laissait croire que le programme - aux œuvres bien campées dans la période classique (des pièces composées entre les années 1750 et 1820) réunissant Beethoven, Mozart et Haydn - avait déjà séduit grand nombre d’amateurs. Il ne fallait plus que les conquérir en offrant une performance excellente, et un petit détour anachronique avec les Chocolats symphoniques du compositeur contemporain Maxime Goulet.

L’époustouflante, tragique et épique ouverture Egmont, de Ludvig Van Beethoven, a lancé la soirée en lion. L’interprétation juste, toute en nuances et en couleurs par l’orchestre a mis la table pour un concert hors de l’ordinaire. Beethoven, qui s’affiche beaucoup plus romantique que classique dans cette musique destinée au Théâtre de Goethe mettait toutefois la barre émotive un peu trop haute dans le programme d’une soirée destinée à la dentelle monochrome, la symétrie et la répétition parfois rigide du classique.  

Moins d’intensité, mais tout autant de beauté, avec le concerto pour piano K.488 de Wolfang Amadeus Mozart, interprété par la pianiste japonaise de réputation internationale Mari Kodama, qui a tourné en Europe, aux États-Unis et au Japon. Délicate dans son interprétation, la pianiste sait donner à ses notes la grâce de sa propre élégance. Par sa profondeur, le deuxième mouvement avait vraiment de quoi raccrocher même les plus sceptiques du classique, et rappeler The New World (Terrence Malick) aux cinéphiles aguerris. La pianiste Kodama n’a finalement déçu que pour sa sélection d’une pièce de rappel tout à fait hors de son calibre : Für Elise, de Beethoven, une bagatelle (dans tous les sens du terme) normalement interprétée par les débutants.

En seconde partie, le goût ajoutait à l’ouïe une dimension originale, puisque le spectateur qui le voulait pouvait se procurer une boîte de chocolats à déguster durant la pièce Chocolats symphoniques, composée par le chargé de cours à l’École de musique de l’Université de Sherbrooke, Maxime Goulet. Quatre mouvements très brefs, à la musique cinématographique accessible, agréable, quatre chocolats au caramel, noir, menthe et café. Une idée heureuse si ce n’est que le bruit des papiers qui se déballent joyeusement pendant que s’exécute l’orchestre.

Il faut être absolument friand du classique pour tomber sous le charme de Haydn. En conclusion du programme de la soirée, l’OSS a su démontrer à nouveau sa qualité dans son interprétation de la Symphonie no.104 en ré majeur, dite « Symphonie de Londres », composée par Haydn en 1795. Belle musicalité, belle rondeur, mais peut-être a-t-il un peu manqué d’éclats noirs chocolatés à la fermeture du concert sucré.


Crédit Photo @ Rythme FM Estrie

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