Ouverture du nouveau bar Les Grands-Ducs de Wellington : rencontre avec les drag queens Lady Dada et Gina Gates

Par Zoé Nadeau-Vachon

C’est le 7 décembre dernier que s’est déroulée la soirée de préouverture du bar LGBTQ+ Les Grands-Ducs de Wellington. Cette nouvelle adresse au centre-ville de Sherbrooke propose une ambiance inspirée à la fois des bars lounge et des cabarets de variété. À l’occasion de l’évènement, Le Collectif s’est entretenu avec Daniel et Gabriel, deux jeunes hommes qui se sont impliqués dans la conception du bar, mais qui incarneront aussi les deux drag queens officielles de l’endroit.

Les entrepreneurs Steven Tremblay, Dave Arsenault et Célia Sani sont derrière la création de ce nouveau bar, qui se veut un lieu de rencontre, de diffusion artistique et de divertissement. Ainsi, les soirées au Grands-Ducs de Wellington seront animées par des spectacles de variété, d’humour, de burlesque et, bien sûr, des prestations de drag queens.

Un art à découvrir

Lady Dada et Gina Gates, interprétées respectivement par Daniel et Gabriel, seront présentes chaque semaine pour divertir la clientèle de l’établissement. Selon les deux garçons, ces spectacles attireront un public varié puisque les drag queens attisent la curiosité de plusieurs. Il s’agit d’une belle occasion de faire découvrir cette forme d’art à la population sherbrookoise, considérant que Les Grands-Ducs de Wellington est le seul bar en Estrie à offrir des prestations de drag queens locales.

En réalité, peu de gens savent exactement en quoi consiste ce genre de spectacle. Gabriel décrit les drag queens comme étant des « clowns sexy », puisque leur but est de faire rire et de divertir les gens. « C’est un véritable show, une performance, ajoute-t-il. Oui, on amène les gens à voir des gars qui se déguisent en femmes, mais c’est beaucoup plus que ça. Assister à un spectacle de drag queens, c’est le même principe qu’aller voir un show de danse ou une pièce de théâtre. » Ainsi, animation, chant, danse, humour, imitation et improvisation sont au rendez-vous lors d’un spectacle de drag queens. « On n’est pas des danseuses, renchérit Daniel. Il y a une grande part du spectacle qui est pensée, qui est réfléchie. […] On veut avoir un certain prestige et une certaine prestance quand on est sur scène et en animation. »

Dénoncer les stéréotypes

L’univers de la drag évolue continuellement et laisse place à une grande créativité. Chaque drag queen est libre de se créer un alter ego unique qui lui correspond. Par exemple, Gabriel a fait le choix audacieux de garder sa barbe lors de ses prestations. « Ça, c’est briser une barrière, parce que les drag queens avec de la barbe sont assez rares, explique-t-il. Il y a une mentalité dans l’univers de la drag selon laquelle nous devons ressembler à une femme. […] Moi, je vais représenter le côté masculin, qui lui aussi est présent. »

D’ailleurs, selon Daniel, la drag est une façon de dénoncer les stéréotypes associés au genre. « En performant le genre, on arrive à perforer ses limites. On joue avec ça : on sait qu’on est des hommes qui se déguisent en femmes, donc on vient créer un parallèle en montrant à quel point il est ridicule d’attribuer des paillettes et des couleurs à un genre en particulier, le genre féminin. On vient déconstruire tout ça avec une prestation. »

C’est dans la même optique que Gabriel explique en quoi l’association du terme drag queen aux hommes habillés en femme s’avère très réductrice, considérant que cet art est aussi performé par des femmes. Selon lui, c’est plutôt le look clownesque, extravagant, coloré et théâtral qui définit la drag queen.

Pour tous ceux ouverts d’esprit

Bien que Les Grands-Ducs de Wellington s’adresse principalement à la communauté LGBTQ+, le bar se présente comme étant très « hétéro friendly ». Nous étions donc curieux de savoir ce qui distingue un bar LGBTQ+ des autres établissements. « C’est vraiment le lieu de sécurité, d’accueil, de chaleur, mais, surtout, d’ouverture », explique Daniel. Selon les deux jeunes hommes, c’est surtout le cadre dans lequel les activités du bar prennent place qui diffère, pas nécessairement le contenu proposé. « En étant homosexuel, transgenre ou queer à Sherbrooke, tu ne peux pas sortir partout et être totalement toi-même, poursuit Daniel. Tu te confines vraiment à un cadre hétérosexuel […] où tu ne seras pas aussi extraverti et où tu ne passeras pas une aussi belle soirée que si tu es dans un cadre où il n’y a pas les barrières de société hétéronormative. Ce qui fait en sorte que notre bar est différent, c’est qu’il n’y a plus de catégories. » Ainsi, les portes des Grands-Ducs de Wellington sont également ouvertes à tous les gens désinhibés et ouverts d’esprit, et ce, toutes orientations sexuelles confondues.

Daniel et Gabriel ont présenté pour la première fois un numéro complet lors de l’ouverture officielle du bar, le 8 décembre, mettant de l’avant les résultats d’un travail acharné entamé il y a plusieurs mois. Pour Daniel, présentement étudiant à l’Université de Sherbrooke, et Gabriel, travailleur à temps plein, enfiler les costumes de Lady Dada et de Gina Gates représente beaucoup plus qu’un simple emploi à temps partiel. Il s’agit pour eux d’une véritable passion qu’ils ont hâte de partager avec les gens de Sherbrooke au fil des semaines.


Crédit Photo ©  Gabrielle Gauthier

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