Partager sans s’aimer : est-ce possible?

Page 3 edito - MC - credit SAAQÀ l’angle des rues King et Saint-François, le vélo blanc a disparu; Déliska Bergeron a été commémorée quelques mètres plus loin au parc Saint-François. Partout dans le monde, les cyclistes étaient à l’honneur, mercredi dernier.

Par Marie-Claude Barrette

La Randonnée du silence (ou Tour du silence) a lieu depuis maintenant plus d’une décennie à travers le monde, le troisième mercredi du mois de mai. La semaine dernière, au Québec seulement, des milliers de personnes ont enfourché leur vélo dans une vingtaine de villes différentes et ont parcouru quelques kilomètres afin de sensibiliser la population à la cohabitation entre les automobilistes et les cyclistes et d’honorer la mémoire des victimes de la dernière année. En 2014 seulement, 25 accidents de la route graves ont eu lieu à Sherbrooke.

À pareille date, la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) lance sa campagne Partageons la route et frappe avec deux publicités plutôt simplistes, mais accrocheuses. Avons-nous besoin de sang, de mises en scène morbides et douloureuses et d’un son dramatique pour nous sensibiliser? Je ne crois pas; la SAAQ, non plus. Les deux incitent aux débats; les deux espèrent le changement d’un comportement.

Ce sont toutefois les commentaires retrouvés sous les vidéos sur les réseaux sociaux qui en préoccupent plus d’un. Certains propos haineux auraient pu être censurés étant donné leur gratuité mal fondée. D’autres nous portent à réfléchir : « Les routes ne sont pas faites pour les vélos », « Les règles pour les cyclistes devraient être renforcies », « Adapter les réseaux routiers », etc.

Page 3 - edito - MC - credit SAAQ (2)S’il y a une chose certaine, ni vous ni moi n’avons eu de formation sur « comment agir sur la route avec des cyclistes ». L’idée semble futile et cocasse; pourtant, elle est pleine de sens. À Montréal, comme dans toutes les moyennes et grandes villes, la conduite automobile se complique avec la présence des vélos. Si faire un angle mort supplémentaire et regarder avant d’ouvrir sa portière sont des actions plutôt simples, il en est tout autre lorsqu’il s’agit de se déplacer à une vitesse régulière (lire non arrêtée) avec une automobile de chaque côté et plusieurs vélos prêts à tout pour se tailler une place dans le monde des grands.

Il vous est déjà arrivé de passer sous un pont et vous sentir minuscule dans votre voiture en pensant que votre auto ne passait pas? Pour ma part – et pour bien d’autres –, ce même sentiment est tout aussi présent lorsqu’on doit se déplacer dans les rues d’une ville sans pouvoir prévoir ce que le cycliste devant nous effectuera comme mouvement. J’entends cette petite voix dans ma tête chaque fois : « J’espère qu’il ne roulera pas sur un gros caillou et qui ne tombera pas. » Après plusieurs années derrière le volant, cette crainte ne s’est pas dissipée.

La problématique est la suivante : peut-on coexister sur un même réseau routier alors que ce dernier est à peine propice à une bonne cohésion entre plusieurs véhicules? La réponse m’inquiète.

Des solutions sont proposées. L’une me vient à l’esprit. Et si la SAAQ ajoutait un volet à ses cours théoriques et pratiques et apprenait aux futurs détenteurs de permis automobile comment agir et réagir dans diverses situations? Parce que cette problématique ne se règlera pas à coups d’actes courtois et de sourires entre les automobilistes et les cyclistes. Au-delà de la courtoisie se trouve la réglementation. Constatons que les cris d’indignation sont clairs sur cet aspect : les gestes parfois douteux de certains cyclistes dans les voies routières sont davantage tolérés en comparaison avec ceux des automobilistes.

Afin de dissiper la frustration de plusieurs et de favoriser un climat de cordialité entre tous et toutes, la SAAQ et le gouvernement doivent envisager des solutions plus concrètes. Les villes aussi ont leur rôle à jouer. Citoyens et étudiants sherbrookois, des idées?

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  • 25 accidents en 2014 à Sherbrooke
  • 39 541 victimes routières au Québec en 2012
  • 1 954 cyclistes happés, 88 gravement blessés et 13 décédés en 2012
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