Pas assez, c’est comme trop

Par Catherine Beaucage

Casablanca, deuxième album de David Giguère, n’a rien à voir aux belles plages marocaines. L’auteur-compositeur-interprète et comédien livre un voyage musical au cœur d’une peine d’amour déchirante en exploitant de nouvelles sonorités, qui laissent un gout amer.

Pour la conception de Casablanca, David Giguère a fait appel à de grands talents : le guitariste Joseph Marchand de Forêt et le claviériste Christophe Lamarche Ledoux de Jimmy Hunt. La réalisation est signée par Jonathan Dauphinais (à la basse) et par Jean-Phi Goncalves (à la batterie). Les voix de Camille Poliquin et Ariane Moffat viennent fignoler quelques chansons. Malgré tout, il y a quelque chose dans la musicalité qui cloche, qui manque.

Hisser haut sorti en 2012 avait été critiqué pour sa pop trop légère et son côté un peu « too much » dans ses ballades. Casablanca n’est, pour sa part, pas assez. Le but musical de ce dernier était de développer des chansons avec le moins d’éléments sonores possible, un peu dans le style de The xx. Concept qui ne fonctionne pas toujours bien.

Fini les mélodies naïves au piano, bonjour les touches d’électro éclatée et distortionnée. Même si parfois l’effet rend très bien quelques chansons (Tuons nos enfants, La Pornographie et Casablanca entre autres), ailleurs il irrite l’oreille et déçoit un tantinet (Oceanic 815 xx xxxxx, Aimer Aimer ou La Durée).

Toutefois, il faut mentionner la perfection de la poésie des paroles. La musique de David Giguère ne serait pas ce qu’elle est sans la profondeur des textes percutants d’une cruelle tristesse, livrés avec sa voix un peu soul, sincère et mélancolique.

La première page du livret présente : « Ceci est la représentation de deux personnes qui n’ont jamais réussi à exister (ensemble). » Ouf! Dès la première chanson Tuons nos enfants, on entend : « Prenons ce bateau / faisons des enfants / parcourons les eaux », puis vers le milieu « Quittons ce navire / tuons nos enfants / faire gaffe à l’avenir ». Reouf! La pièce Albert Prévost mérite aussi quelques larmes durant laquelle David Giguère parle de sa mère suicidée alors qu’il n’avait que quatre ans et qui avait l’habitude d’échanger des enregistrements vocaux avec son père, tout deux séparés par l’océan. Vers la fin de la chanson, on entend la voix de sa mère qui raconte la beauté d’un ciel en orage. Quelqu’un a des mouchoirs?

C’est cette poésie qui est plus ou moins bien rendue par l’arrangement musical. Il aurait fallu quelque chose d’un peu plus organique pour se rapprocher de la détresse émotive des textes. L’aspect électro expérimental laisse un peu froid. Malgré tout, il s’agit d’un album plus posé, plus réfléchi et plus mature qui s’inscrit agréablement bien dans le paysage musical québécois.

Casablanca de David Giguère : 4/7


Crédit photo © david-giguere.com

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