societe-passeportcanadaPar  Mikaëlle Tourigny

Avec les terribles événements des dernières semaines, le Canada semble bouleversé comme jamais. Cette réalité, qui devient nôtre, attaque, blesse, questionne et effraie la population. Les théories du « pourquoi et comment » trouvent refuge dans des analyses pertinentes, neutres et réfléchies diffusées à travers la presse écrite, la radio, la télévision et les médias sociaux, pour ceux qui savent chercher. Malheureusement, conclusions hâtives, stéréotypes et critiques haineuses pigmentent davantage la sphère médiatique de notre pays. Et ce n’est pas nouveau : la façon de rapporter les propos, les jugements introduits implicitement dans les contenus des médias, combinés aux influences de l’entourage et à l’éducation des individus incitent toutes sortes de comportements dans notre société.

Je tiens à partager ce fait vécu par une amie chez Passeport Canada :

Lyne et sa jeune fille patientent paisiblement derrière ma copine Michelle dans l’une des multiples files d’attente de la salle. Bébé au bras, Camila, une dame voilée, pénètre dans la pièce. Dès qu’elle l’aperçoit, Lyne soupire et se questionne de sa présence avec un ton rempli de mépris :

« Hen? Quessé qu’elle fait icitte elle? Avec un bébé en plus! »

Elle jette ensuite un regard plus que dédaigneux à Camila. L’hostilité de ce langage non verbal donne des sueurs froides à Michelle.

Un peu confuse en ce qui concerne la file à choisir, Camila se place au mauvais endroit et dépasse involontairement bon nombre de personnes; Lyne ne se gêne pas pour souligner l’erreur et signaler son mécontentement. Visiblement désolée, Camila s’excuse et baisse la tête, comme pour se cacher, pour mieux encaisser les représailles à suivre. En effet, la mère impolie s’empresse de dire haut et fort à sa fille :

« Tu vois : c’est de ÇA que je parle quand je dis qu’ils devraient tous retourner dans leur esti de pays, eux pis leur esti de voile. »

Tout le monde ne peut faire autrement que d’entendre son commentaire. Liberté d’expression? Lyne, la liberté des uns s’arrête où les droits des autres commencent.

Évidemment, mon amie s’indigne et indique à Lyne l’impolitesse ainsi que le caractère raciste de ses propos. Mais l’incident se termine comme ça, simplement parce que personne d’autre n’intervient.

On compte environ une cinquantaine de personnes dans la pièce.

Lyne dénigre ainsi Camila parce qu’elle craint probablement le symbole que la dame voilée incarne à ses yeux – la seule image musulmane qu’on lui propose dans son Téléjournal correspond à celle de terroristes commettant des crimes immondes. Quant à elle, l’inaction des témoins résulte peut-être d’un manque de promotion en ce qui concerne l’entraide et le soutien, et ce, malgré les différences ethniques, religieuses et culturelles.

Voilà un incident isolé. Combien d’épisodes comme celui-ci répertorie-t-on par jour, au Canada seulement?

Le 23 octobre 2014, la couverture du Journal Montréal arbore le titre suivant : « Des terroristes parmi nous ». Quel genre de message envoie-t-on à la population? Un message de crainte, de méfiance; un message complètement stéréotypé élargissant le fossé entre les membres de notre société et nuisant à l’acceptation de la diversité culturelle qui enrichit pourtant le Canada. Sur le web, la même journée, un autre article du quotidien annonce « Encore un converti à l’Islam ». Pensez à toutes les généralités qu’un titre comme celui-ci peut engendrer dans l’imaginaire commun…

Le fait qu’un jeune musulman sente le besoin de se dissocier de l’État islamique sur Facebook signifie qu’on a encore beaucoup de chemin à parcourir en tant que société. Le contexte politique actuel tel que vécu et montré par les médias rend les avancées difficiles dans la voie de la tolérance et du respect mutuel entre les individus qui composent notre pays.

Le terrorisme n’est pas né avec l’Islam, Lyne, le terrorisme est né avec l’homme.

 

*Les noms utilisés ci-dessus sont fictifs.

Archives

Partager cette publication