Par Béatrice Palin

Opinion/La rentrée universitaire de cet automne a créé bien des émois. Les expériences sont aussi variées que le nombre d’étudiants et les avis sur les procédures mises en place le sont tout autant. Le présentiel à tout prix satisfait les plus sociaux, mais élève le taux d’anxiété des plus à risque à des niveaux catastrophiques. On dirait qu’aucune solution n’est la bonne et les facultés les appliquent chacune à leur sauce. Analysons un peu les deux côtés de la médaille.

Sur les lieux

L’Université de Sherbrooke a décidé de mettre de l’avant l’approche du présentiel le plus possible cette session. Elle a construit des installations permettant la tenue de cours à l’extérieur et est même allée jusqu’à étendre son domaine aux lieux de culte des alentours. Des stations de désinfection sont dispersées un peu partout et on engage une escouade sanitaire pour faire respecter le port du masque à l’intérieur des bâtiments et la désinfection des mains et des surfaces.

Un des points forts de cette solution est l’aspect social. Il fait du bien de voir des gens et d’interagir avec ses collègues de classe et ses professeurs. Ces interactions sont vitales pour bien des gens souffrant de l’isolement de la pandémie, étant loin de leurs familles et amis. De plus, la structure qu’offrent les cours en présentiel est parfois nécessaire à certains étudiants afin de leur donner une chance de réussir. Dans plusieurs programmes, le travail collaboratif est une partie importante du curriculum. Celui-ci est plutôt difficile à effectuer à distance : la discussion et le débat sont ardus par vidéoconférence.

Les règles de distanciation sont respectées en classe, certes, mais qu’arrive-t-il lorsque le cours tire à sa fin ? La douzaine, vingtaine, voire la centaine d’étudiants sortent de la classe au même moment, par la même porte et ont tendance à se rassembler à l’extérieur. Les étudiants ayant des cours en présentiel très espacés dans le temps ne peuvent pas vraiment retourner chez eux entre deux cours à moins d’habiter à une distance permettant de marcher pour s’y rendre ; collectionner les allers-retours en autobus est à éviter dans la situation actuelle. Ils doivent donc rester sur le campus, sans toutefois avoir accès aux espaces habituels d’attente. Ils ont le choix entre rester dehors, s’asseoir dans l’une des tentes-classes ou aller dans l’un des cafés étudiants encore ouverts.

Ces choix s’avérant peu appétissants, certains choisissent donc de se rassembler dans les appartements de leurs amis aux alentours. L’effet est donc inverse à l’intention de départ et les contraventions de rassemblements privés se multiplient. Selon les statistiques diffusées par l’Université, 71 étudiants ont reçu un diagnostic positif à la COVID-19 depuis la rentrée scolaire. Où l’ont-ils contractée ? Probablement dans des activités hors campus, là n’est pas la question. Le point est que ces étudiants ont fréquenté le campus avant de savoir qu’ils étaient atteints, courant le risque de contaminer leurs amis, qui eux contamineraient leurs amis, et ainsi de suite. On le sait très bien que l’on baisse la garde avec nos camarades, car on se dit que NOUS, on fait attention et qu’eux aussi, mais le fait-on vraiment ? Notre jeunesse joue contre nous, car nous mettons plus de temps à présenter des symptômes apparents et sommes donc contagieux plus longtemps.

Dans un de mes cours, nous étions invités à nous rassembler en équipe pour commencer un travail. Nous étions six équipes de quatre ou cinq dans une classe de taille régulière. La distanciation a bien vite pris la porte de sortie. Si vous êtes un tant soit peu anxieux par rapport au virus, devoir vous présenter sur le campus dans les conditions actuelles via le transport en commun représente une charge mentale phénoménale. Celle-ci se voit doubler si vous faites partie d’un groupe à risque ou vivez en collocation avec des gens qui le sont.

À la maison

Que ce soit en asynchrone, en synchrone ou en classe inversée, les méthodes utilisées par les enseignants de l’Université de Sherbrooke sont multiples. Chacun y donne sa touche personnelle, selon ses capacités et connaissances.

L’enseignement à distance est une solution plus sécuritaire que le présentiel du point de vue épidémiologique. Le voyagement et les sorties sont réduits, diminuant le risque de contracter le virus ou de le transmettre. Les cours en asynchrone permettent aussi une plus grande marge de manœuvre aux étudiants ayant des enfants, qui peuvent disperser leurs charges de cours en fonction de l’horaire de ceux-ci. Le même principe est applicable aux étudiants qui doivent travailler pour subvenir à leurs besoins. Cette version permet aussi aux étudiants en isolement, qu’il soit préventif ou non, de continuer à suivre leurs cours, car l’Université ne déploie actuellement pas de mesures en ce sens et laisse cette responsabilité aux étudiants, malheureusement.

D’un autre côté, les travaux d’équipes perdent maintenant tout leur sens. On se contente de travailler en même temps sur un fichier collaboratif. Les discussions sont difficiles et les bogues nombreux en webconférence, surtout quand les équipes dépassent trois personnes. Se rassembler dans un lieu public ou chez quelqu’un est à éviter, surtout si on provient de cinq adresses différentes. On se sent aussi moins impliqués dans nos programmes. Les cours à distances retirent de beaucoup l’aspect participatif de plusieurs. Il est difficile pour le professeur de gérer les commentaires tout en donnant sa matière, professeurs qui ne sont souvent pas formés pour donner leur cours dans ce format. La charge de travail des enseignants s’en voit donc augmentée, tout comme celle des étudiants.

Il n’est pas non plus donné à tous d’être capables de gérer son horaire sans la structure offerte par l’école. Les étudiants souffrant de troubles d’apprentissage sont quelque peu laissés à eux-mêmes. Je peux vous en dire long là-dessus… Pour finir, de nombreux cours se donnant en ligne n’ont pas adapté leur curriculum à ce format. Nous nous retrouvons donc dans des situations compliquées, comme des travaux d’équipes à délais trop courts par rapport aux complications supplémentaires causées par le virus.

Entre les deux

Pour le moment, une bonne proportion de la population étudiante navigue entre les deux formats. Un cours en présentiel, puis on court à la maison pour un cours synchrone à distance. Il y a même des situations assez absurdes où la moitié de la classe se trouve dans un local avec l’enseignant et l’autre moitié dans un autre local dans lequel est diffusé ce qui se déroule dans le premier. À quoi bon le cours en présentiel si la moitié des étudiants se déplace pour recevoir la matière à distance ? Ne serait-ce pas mieux de donner le cours entièrement à distance et ainsi libérer deux locaux ? Peut-être n’aurions-nous donc pas besoin de classes dans des églises à la sonorisation nullement adaptée.

Je suis présentement des cours dans trois facultés différentes (la chanceuse) et la variance entre les charges de travail, les fonctionnements et les technicités font la joie de mon TDAH. Je suis perdue, overwhelmed et il semblerait que je ne sois pas la seule. Aucune des solutions possibles ne semble la meilleure et il est assurément impossible de satisfaire tout le monde. En revanche, il me semble qu’il doit exister un moyen de diminuer l’incertitude et d’offrir une structure uniforme et solide. Faut-il vraiment attendre d’être en zone rouge pour agir ? L’avenir nous le dira. En attendant, on respire, on relativise et on fait ce qu’on peut. Ça va bien aller ? Ça pourrait mieux aller.


Crédit Photo @ Béatrice Palin

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