Philippines : lutter contre la drogue ou contre les droits de la personne?

Par Maxime Gagné, analyste politique en formation au Perspective Monde

 Le 9 mai 2016, Rodrigo Duterte était élu à la présidence des Philippines. L’homme que l’on appelle The Punisher avait été porté au pouvoir sur la promesse d’enrayer le trafic de drogues présent sur l’archipel. Un peu plus d’un an après son élection, que retire-t-on de sa lutte à celui-ci? 

De maire à président : du pareil au même

Outre la grande présence des drogues aux Philippines, la lutte à leur trafic de Duterte tire ses origines du passé municipal de celui-ci. En effet, c’est pendant ses 22 années comme maire de la populeuse ville de Davao qu’il a mis sur pied une politique pour éradiquer les problèmes de drogues dans la ville. Selon le président, les trafiquants de drogues ainsi que les gens dépendants à celles-ci seraient un obstacle majeur au développement social et économique du pays. Il a donc mené une campagne présidentielle construite sur cette idée d’anéantir le trafic de drogues au pays comme il l’avait fait dans sa ville.

Dans les faits, la lutte consiste à tuer toutes personnes ayant des liens avec le commerce illicite. La police fait régulièrement des raids, mais il existe aussi des groupes de citoyens armés qui procèdent de leur propre chef. Il s’agit d’une initiative encouragée par Duterte, qui affirme avoir lui-même tué quelques trafiquants. On dénombre plus de 7000 personnes ayant péri au cours de cette guerre entreprise lorsque Duterte a officiellement pris le pouvoir, en juin 2016. Ce chiffre ne compte pas les victimes telles que les enfants, catégorisés dans ce que Duterte appelle les « dommages collatéraux. »

Le président Duterte n’aime pas que l’opposition critique sa façon de procéder. Il n’hésite d’ailleurs pas à prendre d’assaut celle-ci, que ce soit sur les plateformes médiatiques ou même dans le processus législatif. En effet, au début septembre, il a fait approuver des projets de loi pour réduire le budget de la Commission des droits de la personne aux Philippines à 1000 pesos ainsi que pour la destitution de la cheffe de la Cour suprême, Maria Lourdes Sereno. Deux projets de loi qui doivent encore passer par des procédures législatives avant d’entrer en vigueur, mais qui sonnent l’alarme pour Francis Pangilinan, chef du parti libéral : « Cela nous place sur une trajectoire directe vers la dictature. »

Loin de faire consensus

Bien que le meurtre d’un adolescent de 17 ans lors d’une opération policière lui donne un peu de plomb dans l’aile, la popularité du président au pays reste haute. En effet, selon les analystes, les citoyens se sentiraient plus en sécurité depuis son élection.

Toutefois, la lutte à la drogue de Duterte sème la controverse sur la scène internationale. Sans toutefois condamner formellement Duterte, les États-Unis ont retiré l’aide octroyée par le Millennium Challenge Corporation (MCC). En effet, le secrétaire d’État Rex Tillerson a soulevé qu’il avait besoin de plus de faits tirés du terrain avant de commenter la lutte. Selon lui, les sources journalistiques qui lui étaient présentées par le sénateur Marco Rubio n’étaient pas assez fiables. Par ailleurs, lors de sa visite en mars 2017, la déléguée commerciale de l’Union européenne a menacé de retirer la liberté de taxe sur les exportations des Philippines vers l’Union européenne si celles-ci ne cessaient pas leur abus des politiques des droits de la personne.

Certains pays sont cependant en accord avec les politiques du président des Philippines. C’est le cas notamment de la Chine qui, par l’entremise de son ambassade, a affirmé son support inconditionnel à la lutte à la drogue, félicitant du même coup le grand leadership de Duterte. L’ambassadeur russe s’est contenté de souhaiter du succès à la lutte, donnant son support à celle-ci, mais en ne commentant pas les méthodes utilisées.

Finalement, certains pays ont préféré poursuivre leur relation avec les Philippines sans commenter la situation. C’est le cas notamment du Japon, qui a annoncé une aide pour le développement de l’économie et des infrastructures ainsi qu’une aide pour les dépendants aux drogues, sans élaborer sur les méthodes de travail du président philippin. Comme quoi la situation est loin d’être simple et mérite une attention accrue.


Crédit Photo © MANMAN DEJETO/AFP/Getty Images

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