Playing Hard : au cœur de l'industrie du jeu vidéo

Par Esther Cléry

Playing Hard – Quand le jeu devient réalité est un long métrage documentaire sur la plus grande industrie du divertissement mondial : les jeux vidéo. Réalisé, produit et écrit par Jean-Simon Chartier, un ancien étudiant de l'Université de Sherbrooke, nous suivons pendant 90 minutes le producteur Stephan Cardin, Luc Duchaine, le directeur de marque et enfin le directeur de création, qui est au cœur du documentaire : Jason VandenBerghe.

For Honor, c’est quoi ?

Dans un monde médiéval épique, les Vikings s’affirment et choisissent la liberté, les chevaliers honorent la défense des plus faibles et les samouraïs sont reconnus pour leur discipline et leur maîtrise. Mode solo ou multijoueur, lequel choisiriez-vous ?

Cette diversité de personnages n’est pas son seul atout : le jeu est novateur dans la performance du combat. L’équipe de création et de réalisation ont mobilisé toutes leurs forces pour accentuer le réalisme. Jason VandenBerghe affirme même que le combat est « l’âme du jeu ». Il n’y a pas de combinaisons à apprendre par cœur, mais des réflexes : savoir parer les coups, on peut attaquer de différents côtés, charger pour pousser.

Le jeu met à l’honneur un personnage féminin : Apollyon, la guerrière la plus dangereuse de cet univers. Elle sait aussi bien se battre que mettre au point des stratégies politiques. C’est ce que l’équipe de création appelle « l’Art de la bataille ».

Et la violence dans tout ça ?

La date de mise en vente, choisie ironiquement le 14 février 2017, pose une question vis-à-vis la violence dans le divertissement et plus spécialement le milieu du jeu vidéo. Selon Jason VandenBerghe, c’est une partie inhérente d’un jeu de guerre, mais aussi de la réalité : For Honor est un monde sombre, rempli de conflits politiques entre les peuples. La violence ne peut donc pas être évincée du jeu. Le directeur de création insiste cependant sur ses intentions : « C’est un message de paix, enrobé de sorcellerie et d’armes ». En effet, selon lui, l’art renverse la colère, l’oppression et la violence, c’est pourquoi il est nécessaire d’en parler.

Dans un univers médiéval et plus spécifiquement dans un contexte de guerre, il faut créer des « méchants » à combattre, opposer le bien et le mal dans une société politiquement instable pour donner du réalisme à l’histoire.

Le côté humain

Ce qui fait l’originalité de ce long métrage, c’est que Jean Simon Chartier accentue sur la difficulté psychologique d’un tel défi, plutôt que sur la réalisation technique. Ainsi, pendant 90 minutes, nous assistons aux enjeux et angoisses de l’équipe comme la peur de ne pas être financé. Les techniques graphiques, sonores et de réalisation ne sont presque pas évoquées. L’équilibre émotionnel semble difficile à tenir dans un milieu compétitif où chacun doit y investir la totalité de son temps. Aussi, deux mois avant la sortie officielle, Stephan Cardin, le producteur, prend une retraite thérapeutique, car il confie « ne plus pouvoir penser ». La charge de travail est à la hauteur d’un projet aussi ambitieux.

Jean Simon-Chartier met ingénieusement en évidence cette angoisse croissante par le décompte des mois. Le combat, qui est le point fort du jeu vidéo, se retrouve également dans sa conception : conquérir les investisseurs, les critiques et les testeurs. L’équipe fait donc le tour des grands festivals dédiés aux jeux vidéo comme le E3 ou le Gamescom, dans une multitude de villes (Los Angeles, Paris, Seattle, Montréal, Moscou). Ils y présentent au fur et à mesure les fruits de leurs efforts : For Honor.  

Un documentaire intéressant sur une aventure ambitieuse et émotionnelle, aboutissant à un chiffre spectaculaire de 3 millions de ventes pour le jeu.


Crédit Photo @ Playing Hard, le film

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