Pot et université, un bon mélange?

Par Camille Gagnon-Larivière et Roxanne Blais

En juillet prochain, le gouvernement de Justin Trudeau honorera sa promesse électorale en légalisant le cannabis au Canada. Cette décision a généré plusieurs débats quant à savoir s’il s’agissait de la bonne chose à faire. Parmi les secteurs touchés par cette mesure, les établissements postsecondaires québécois attendent toujours des indications précises de la part du gouvernement Couillard afin de se préparer convenablement à gérer ce nouveau brin de liberté.

Est-ce que les campus des cégeps et universités de la province auront leur propre réglementation? Nul ne le sait pour le moment, mais ce qui est certain, c’est que tout le monde en parle.

Les directions s’inquiètent

Les différentes universités de la province ont déjà anticipé les enjeux reliés à la consommation de marijuana sur leurs campus tels que les règles qui encadreront la possession, la vente et la distribution du cannabis. Lors d’une entrevue accordée au Journal de Québec, la rectrice de l’Université Laval, Sophie D’Amours, affirme que ce sera difficile d’interdire complètement la consommation de cannabis[1]. Selon elle, il faudra encadrer les étudiants si la loi le permet.

Des étudiants ouverts d’esprit

Le son de cloche est très différent chez les étudiants questionnés à ce propos qui, de prime abord, ne semblent pas préoccupés par cette éventualité. « Que pensez-vous que la légalisation du cannabis sur le campus aurait comme effet sur la vie universitaire? », voilà la question que nous avons posée à huit étudiants de l’Université de Sherbrooke. Si au départ nous pensions avoir droit à des discours colorés, nous nous sommes vite aperçu que le pot est déjà accepté socialement chez les universitaires.

Par exemple, la légalisation du cannabis ne fait ni chaud ni froid à Maude (enseignement préscolaire et primaire) : « Si je voulais fumer du pot, je le ferais, légalisation ou non », nous a-t-elle confié. Une étudiante a même mentionné un point positif : « Ça pourrait aider des étudiants à soulager leur stress lors des périodes plus occupées comme les fins de session », pense Élisabeth (enseignement préscolaire et primaire).

Jean-Lou (communication appliquée), quant à lui, croit que l’anxiété liée à la consommation et à la vente de marijuana diminuera chez les personnes concernées lorsque ce sera légal, car elles n’auront plus à se cacher pour le faire. Par contre, il s’inquiète tout de même : « L’attention dans les classes sera probablement réduite puisque certains étudiants décideront de consommer avant leurs cours. »

Vivre et laisser vivre

Même si les étudiants interrogés ne se sont pas montrés totalement opposés à la légalisation du pot sur le campus, ils s’entendent tous pour dire qu’il ne s’agit pas de quelque chose à promouvoir, mais plutôt une décision personnelle qui appartient à chaque étudiant. Comme l’indique Nicolas (politique appliquée), « il n’y a aucun avantage à ce que ce soit permis sur le campus, mais en tant qu’adultes, c’est à nous de prendre les décisions qui favorisent notre réussite scolaire ».

Au-delà de la liberté individuelle, Audrey (management) reconnait que l’autorisation de consommer du cannabis dans l’enceinte de l’Université de Sherbrooke pourrait permettre aux gens de s’affirmer au même titre que ceux qui fument la cigarette ou qui consomment de l’alcool : « Je crois que ceux qui fument du pot, pas moi personnellement, ont autant le droit de le faire que ceux qui fument la cigarette ou qui consomment de l’alcool. C’est leurs affaires », commente-t-elle.

Un obstacle à l’apprentissage ?

La conséquence la plus évoquée concerne la concentration dans les cours. « Ce n’est pas la place pour ça… On vient ici pour apprendre, pas pour fêter ou dormir », déclare Roxanne (enseignement secondaire). Du même avis, Charles-David (physique) souligne le fait que « la légalisation du pot sur le campus pourrait amener les étudiants à développer de mauvaises habitudes et à négliger leurs études pour faire comme leurs amis ».

Malgré ces mises en garde, les universitaires croient qu’ils sont conscients du pour et du contre et que ce n’est pas la légalisation du pot qui va changer leur avis sur le cannabis ni leurs habitudes de consommation. C’est d’ailleurs le cas pour Sarah (sciences du langage), qui ne perçoit pas cette possibilité comme une nouveauté : « La présence de “weed” sur le campus est déjà répandue et les personnes qui en subissent les conséquences ne sont que les consommateurs. Je pense seulement qu’ils doivent respecter ceux qui les entourent ».

Malgré quelques petites inquiétudes, aucun des étudiants interrogés ne semble croire que l’autorisation de la marijuana sur le campus rendra la situation incontrôlable. Cette conclusion a de quoi nous rassurer sur la façon dont ils géreront ce droit, c’est-à-dire avec discernement. Est-ce un mirage de leur part? La réponse en juillet 2018.


[1] VIENS-DION, Daphnée. « La légalisation du pot embête l’Université Laval », Journal de Québec (Québec), 7 septembre 2017, [En ligne], http://www.journaldequebec.com/2017/09/07/legalisation-du-cannabis--un-casse-tete-pour-luniversite (Page consultée le 25 septembre 2017).

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