Pour qu’enfin tous sachent c’est quoi ça, les FINO

Par Rodrigue Turgeon

 

Le moins que l’on puisse dire est que le dossier des Frais institutionnels non obligatoires (FINO) mérite une attention toute particulière pour quiconque est dorénavant inscrit à titre d’étudiant à l’Université de Sherbrooke (UdeS), tant sur les plans financier, démocratique, politique qu’éthique.

Pour faire simple, si le mode de perception prend pour acquis que certains étudiants se désisteront, il doit logiquement être prévu que ceux qui décideront de payer ces frais additionnels se sépareront, en plus de payer leur propre facture, les frais non payés par les déserteurs. 

Mise en contexte

Avant de se pencher plus avant sur l’état de la situation sous l’angle du portefeuille étudiant, il importe de souligner que nous ne sommes pas les seuls à subir les conséquences des coupures budgétaires imposées par le gouvernement québécois à l’UdeS.

Dans un dossier paru le 26 août dernier sous nos presses, Le Collectif relevait les efforts budgétaires considérables (frôlant les 9 millions de dollars) imposés par le Conseil d’administration de l’UdeS à l’ensemble de son personnel.

Or, ces mesures draconiennes n’auront pas suffi aux plus hautes instances pour leur éviter d’enregistrer un déficit budgétaire au terme de leur prochain exercice financier. L’administration s’est alors vue contrainte de se tourner vers la seule source de revenus qu’elle se gardait bien de solliciter jusqu’alors : nous.

Avant les FINO, les FIO

Notre entretient avec Nicolas Delisle Godin, porte-parole et responsable à l’exécutif à la Fédération Étudiante de l'Université de Sherbrooke (FEUS), nous a permis de remonter le temps jusqu’à la première tentative de hausse de frais de scolarité par l’Université de Sherbrooke de l’ère post-2012.

« [Au début], le rectorat proposait une hausse de Frais Institutionnels Obligatoires (FIO). On leur a répondu que ça devait se faire par référendum. [L’Administration de l’Université] savait qu'elle ne gagnerait jamais en référendum, donc il n'y a juste jamais eu de proposition officielle [d’augmentation de frais étudiants par] FIO ».

Éviter les référendums

On peut comprendre que l’idée d’un référendum étudiant rebutait l’université, car elle impliquait que la FEUS et le Rassemblement Étudiant des 2e et 3e cycles de l’Université de Sherbrooke (REMDUS) aient dû mener une campagne d’information de grande envergure auprès de leurs membres (un quorum devant impérativement être atteint à chaque référendum pour être officiel), comme on a pu le voir l’automne dernier avec le deuxième référendum sur l’affiliation avec la FEUQ.

D’un autre point de vue, M. Delisle Godin nous informe que « le rectorat a également décidé de ne pas imposer de référendum aux grandes associations étudiantes pour leur éviter les coûts d'un référendum. »

La FEUS, le REMDUS et l’université avaient beaucoup à perdre par cette mesure de «frais obligatoires », ainsi cette dernière a choisi d’opter pour une autre stratégie.

L’apparition des FINO

Devant la chimère que représentaient les FIO, l’administration de l’UdeS les a transformés en Frais institutionnels Non obligatoires. Ceux-ci réfèrent, par souci de précision, aux Frais technologiques et au Fonds de maintien à la communauté étudiante.

Quant au montant que l’université désire percevoir par l’imposition de cette nouvelle mesure, M. Delisle Godin nous l’a clairement indiqué : « [i]ls veulent aller chercher 2M$. »

Comme nous l’enseigne l’université sur la page de son site web dédiée à la question, « [c]ette décision n’a pas été prise de gaieté de cœur. »

La FEUS et le REMDUS ont travaillé de concert avec l'UdeS à la rédaction du contenu de cette portion du site afin d’éviter que certaines tournures de phrases contreviennent à la bonne entente et à la coopération tripartite entre l’université et les deux grandes associations dans ce dossier.

« La position de la FEUS est appelée à être modulée en fonction de ce que les assos facultaires nous donneront comme mandats. »

- Nicolas Delisle Godin, porte parole et responsable à l'exécutif de la FEUS

Lire entre les lignes

Le caractère optionnel de ces frais signifie littéralement que l’on peut s’en désister. Et ce, sans en subir quelque conséquence que ce soit. Il n’y aura strictement aucune distinction de traitement entre l’étudiant qui paiera ses FINO (volontairement ou à son insu) et celui qui les aura retiré de sa facture.

Or, de par l’essence même de ces frais non obligatoires, les penseurs de l’université devaient forcément prévoir une manière d'arriver à leur objectif financier de 2M$ même si une certaine proportion des étudiants en venait à se désister.

Pour faire simple, si le mode de perception prend pour acquis que certains étudiants se désisteront, il doit logiquement être prévu que ceux qui décideront de payer ces frais additionnels se sépareront, en plus de payer leur propre facture, les frais non payés par les déserteurs.

Cela signifie également que si un trop grand nombre d’étudiants se désistent, l’administration ne parviendra pas à rencontrer son objectif financier. Cependant, le seuil de désistement critique en deçà duquel l’université n’atteindrait pas son 2M$ ne devrait pas être la source numéro un de préoccupation de la population étudiante.

Car, au risque de nous répéter, ce qui importe réellement d’être retenu dans ce dossier, c’est que les étudiants qui n’auront pas été informés à temps de la procédure de désistement paieront, en plus de leur propre facture, celle de leurs camarades les plus alertes et qui ne les auront pas avertis.

En l’espèce, de sérieuses questions d’égalité de traitement et de justice procédurale méritent d’être posées.

Changement de cap de la FEUS

En entrevue à ce sujet le 14 septembre dernier, le responsable exécutif à la FEUS spécifiait que la fédération ne désapprouvait pas, à cette époque, l’instauration des FINO par l’université : « Le mandat qu’on a la FEUS en est un d’information. »

Dans le même souffle, M. Delisle Godin a pris soin de souligner que : « [l]a position de la FEUS est appelée à être modulée en fonction de ce que les assos facultaires nous donneront comme mandats ».

En effet, la FEUS est alimentée en termes de « prises de positions politiques » par l’apport de chacune des associations étudiantes qui la composent. Et c’est surtout au Conseil des Membres (CM) que ça se passe. Habituellement, c’est lors de ces occasions qu’elle reçoit les mandats de la part de ses 12 associations facultaires membres pour se lancer dans les dossiers que les étudiants jugent pertinents de pousser.

Le prochain CM de la FEUS aura lieu le 27 septembre 2015 (dimanche).

En croisade

Cependant, il peut arriver qu’une prise de position de la FEUS sur un point précis n’attende pas jusqu’au prochain CM et qu’elle soit plutôt prise en Commission spéciale (CS) qui se compose d'un représentant de chacune des facultés membres de la fédération. Pour les rassembler en CS, il faut que le contexte l’exige et que ces responsables exécutifs possèdent déjà les mandats nécessaires pour permettre à la FEUS de prendre position sans plus tarder.

C’est ce qui s’est passé ce mercredi, le 23 septembre.

À compter de cette date, « la FEUS s’est officiellement positionnée contre les FINO. » Suite à ce changement de position soudain, il sera intéressant de voir ce qui ressortira du CM de la fin de semaine.

Quoi qu’il advienne, Le Collectif vous en informera.

Mais d’ici-là, si certains d’entre vous désiraient retirer sans plus attendre leurs FINO, voici la marche à suivre.


© Crédit Photo : Cathie Lacasse Pelletier

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