Premier piano de rue à Sherbrooke

PianoFaut-il à une ville dépasser le demi-million d’habitants pour posséder un piano de rue? Et si une communauté moins nombreuse s’en dotait d’un elle-même?

Luc Pelletier

Si vous étiez né(e) au début des années 1900, vos souvenirs seraient remplis de soirées dans les tavernes et les bars à écouter des musiciens tous azimuts épancher leurs humeurs sur des pianos plus ou moins accordés. Le piano, mécanique ou non, était le roi des divertissements à la maison avant d’être détrôné par la télévision. Aujourd’hui, vous aurez fort à faire pour trouver un restaurant qui possède un piano de qualité. Mais où donc sont passées ces traditions d’antan?

Depuis le 23 juin, la Wellington Sud résonne d’un son nouveau. Un piano de rue y a été installé. Et pas n’importe lequel. Un de ces vétérans de cet âge d’or même des pianos publics, un de ceux qui sont lourds de vécu et ont pourtant toujours une voix jeune et actuelle. Un vénérable instrument qui a connu la gloire des soirées arrosées et la solitude des sous-sols empoussiérés. Il s’appelle Mortimer, il a plus de 100 ans, il est au sommet de sa forme, et il ne demande qu’à résonner toujours davantage.

Parti d’une initiative citoyenne isolée, le projet a pris des proportions prometteuses. C’est l’Auberge de jeunesse Ecobeat qui accueille sur son territoire cet instrument infatigable, et qui l’entreposera l’hiver venu pour mieux le ressortir au retour des beaux jours. Douze heures à peine après son installation, plusieurs badauds se sont arrêtés pour pianoter un peu ou écouter la musique qu’il émettait. Sous peu, des artistes locaux le décoreront en un projet commun.

Avant Sherbrooke, plusieurs grandes villes de par le monde ont possédé un ou plusieurs pianos de rue. C’est avant tout le projet artistique de Luke Jerram, Play Me, I’m Yours, qui lance le mouvement. Le projet s’attache à distribuer des pianos de rue au cœur des villes et à observer les réactions de leurs citoyens. Théoriquement, il est généralement interdit de jouer de la musique sans autorisation sur un espace public. Jerram défie et interroge ce règlement à géométrie variable. À chaque endroit, c’est le succès. Les communautés s’approprient les instruments avec empressement.

Si les pianos de rue suscitent un engouement aussi palpable, c’est certainement qu’ils démocratisent totalement d’imposants et coûteux instruments auxquels peu d’entre nous ont eu fréquemment accès au cours de leur vie. Ils permettent aussi aux habitants et visiteurs des villes de découvrir un répertoire de musique de rue moins usité. Il faut finalement y ajouter le fait que, au profit des claviers électroniques, les pianos acoustiques sont devenus de plus en plus rares dans notre paysage culturel, sans que pourtant notre intérêt intrinsèque pour eux ait réellement diminué. La communauté sherbrookoise peut désormais se targuer de posséder son propre piano de rue.

Le « projet Mortimer » se réalise grâce à une campagne de financement participatif. C’est à  l’adresse suivante qu’elle peut être trouvée, ou sous le titre « Mortimer, piano de rue sherbrookois » : https://www.kickstarter.com/projects/739231694/mortimer-piano-de-rue-sherbrookois-mortimer-street.

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