Lettre ouverte : Prétendre que nous imaginons

Par Andréanne Beaudry

Une femme qui ose parler, dénoncer ou exprimer son opinion représente encore de nos jours une situation insensée. Pour certains, ce geste est considéré comme courageux, mais pour d’autres, on ne se le cachera pas, c’est une source de problèmes à venir. Je me pose la question suivante : pourquoi est-ce que les propos d’un homme sont susceptibles d’être plus crédibles que ceux d’une femme? Tout ce que je peux dire là-dessus, c’est que ceux qui refusent de vous croire prétendront que vous avez une imagination hors du commun même si vous dites la vérité.

Prendre le temps d’écouter

Les propos que vous rapporterez ne se peuvent pas. Ils sont supposément irréalistes. Prétendre qu’il n’y a rien ne règlera pas la situation, puisque des fois, il vaut mieux prendre le temps d’écouter et de poser justement plus de questions par rapport à la situation. Je ne dis pas que la femme a toujours raison, mais qu’elle mérite de se faire entendre autant que l’homme. Puis-je vous dire à quel point il est difficile d’accepter que sa parole ne vaille rien et que sa cause n’aboutira probablement à rien de concret? Garder le silence ne vous permettra pas d’apaiser votre conscience. Au contraire, il est primordial de dénoncer et d’en parler. Malgré le profond sentiment de solitude qui vous guette, vous aurez au moins la chance d’observer et de comprendre que vous n’imaginez pas. Ce moment ne résoudra peut-être rien de concret, mais il vous permettra d’avancer dans la bonne direction et de prendre les meilleures décisions.

Pourquoi sommes-nous des victimes?

Sans rien nommer depuis le début, je crois que plusieurs comprennent déjà ce que je veux souligner. J’ose aujourd’hui le dire sans crainte : harcèlement. Ce mot est en soi très fort et assez destructeur et c’est pourquoi on préfère souvent l’ignorer. Ce mot qui peut prendre à la fois plusieurs connotations ne devrait pas être mis sous silence. Être victime de harcèlement sexuel, physique ou psychologique, n’est guère supportable. Je l’ai vécu et je suis profondément déçue de constater qu’encore aujourd’hui, il est difficile d’appliquer des actions concrètes, et ce, même avec une volonté de fer.

Cependant, on nous a conditionnés à nous adapter et, je m’excuse, à nous fermer la gueule. Chaque fois, dans un cas de harcèlement, nous avons l’impression que l’ensemble des actes que nous avons subis nous ont été pleinement mérités. On se met à croire que cette violence se résulte par une volonté de notre part. C’est notre faute, et puis c’est ce que nous avons souhaité dans un sens. Bref, c’est ce que les autres tentent de nous faire croire pour camoufler la vérité. Dans la majorité des cas de harcèlement, je dirais qu’il s’agirait d’un des principaux effets secondaires que la victime ressent. Est-ce facile de se débarrasser d’une pensée aussi malsaine? Non, c’est quasiment plus compliqué que d’avouer être une victime. Alors, pouvez-vous imaginer l’enjeu que ça peut être de dénoncer? Affronter la honte, la culpabilité et le jugement d’autrui se révèle comme un défi insurmontable. Pour toutes les difficultés émotionnelles que nous devons supporter à la suite d’un tel geste, je ne crois pas qu’on oserait mentir à ce sujet.

L’importance de parler

Est-ce qu’on peut guérir de ces maux qui nous font tant mal? Je ne sais pas à quel point cela est possible, mais dénoncer renforce notre caractère et nous donne un peu de force pour enfin nous battre. Présentement, nous vivons dans une société où l’agresseur s’en sort assez facilement. Et je pense sincèrement que pour toutes les victimes, il s’agit de la plus grande défaite dans un combat périlleux en émotions. C’est pourquoi vous ne savez pas à quel point votre support et votre écoute sont déjà une réussite dans cette cause si ardue. Permettez-nous de parler afin de nous libérer.

S’entourer des bonnes personnes

Même si nous avons l’impression que notre cause n’avance pas, nous pouvons à notre façon nous en sortir quand même! Nous sommes marqués par notre passé, certes, mais il est encore possible de pouvoir avancer dans la vie. L’important est de nous entourer des bonnes personnes et de nous éloigner de celles qui sont toxiques pour nous. Dans mon cas, c’est la solution que j’ai trouvée pour m’en sortir. Sans nommer personne, je voudrais remercier tous ceux et celles qui m’ont crue et qui ont accepté de m’accompagner dans cette longue et pénible étape de ma vie. Vous avez été d’une certaine façon ma bouée de sauvetage dans ce houleux périple en mer. La différence est que vous avez pris le temps de m’écouter et de poser des questions.

Ensemble, arrêtons de prétendre que nous imaginons!

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