Par Josiane Demers

Depuis l’inauguration de Donald Trump en 2016, les relations canado-américaines se sont fragilisées. C’est pourquoi il est essentiel de s’intéresser aux primaires démocrates. Qui affrontera le 45e président des États-Unis lors de l’élection présidentielle de 2020 ?

Le processus démocratique s’est enclenché le 3 février dernier en Iowa. Le pays totalise 3979 délégués répartis proportionnellement selon la population. Un candidat doit en récolter 1991 pour remporter l’investiture. Dans une course comptant, au départ, plus de 20 aspirants, dont plusieurs issus de la diversité, 3 s’accrochent. Joe Biden et Bernie Sanders sont assurément les favoris alors que Tulsie Gabbard, représentante d’Hawaï, persiste sans recevoir d’appui considérable.

Chaude lutte au caucus de l’Iowa

Chaque 4 ans, les yeux sont rivés sur l’Iowa qui est traditionnellement le premier à tenir un vote qui s’avère généralement un bon indicateur pour la suite. La population a eu droit à une lutte serrée entre le sénateur du Vermont Bernie Sanders et le maire de South Bend, ouvertement homosexuel, Pete Buttigieg. Des 41 délégués, Buttigieg a remporté 14 sièges et Sanders 12.

Le come back kid

Plusieurs ne croyaient plus aux chances de Biden, mais il a su se démarquer en Caroline du Sud et se hisser au 2e rang derrière Sanders. Plusieurs médias américains l’on surnommé le « comeback kid ». Suite à cette primaire et celles du Nevada et du New Hampshire, il comptait 53 délégués contre 60 pour Sanders. À la lumière de ces résultats, Pete Buttegieg et Amy Klobuchar se sont retirés et appuient maintenant la candidature de l’ancien vice-président.

Super tuesday

La tradition du Super Tuesday se perpétue depuis 1988. Il s’agit du jour où le plus grand nombre d’États tiennent leur primaire. Le 3 mars dernier, 14 États ainsi que les Samoa américaines se rendaient aux urnes. Avec Biden et Sanders en tête, Micheal Bloomberg, ancien maire de New York, apparaissait pour la première fois sur les bulletins de vote après avoir dépensé 500 millions de dollars pour autofinancer sa campagne. La représentante d’Hawaï, Tulsie Gabbard, et la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, espéraient, en vain, tirer leur épingle du jeu. Les experts surveillaient surtout la Californie avec 415 délégués et le Texas avec 228 délégués.

Sans surprise, Sanders a remporté la Californie, État historiquement progressiste, avec 29 % des voix. Il totalisait alors 573 délégués alors que Joe Biden s’est faufilé devant après s’être démarqué dans une dizaine d’États, dont la Virginie et la Caroline du Nord.

Forcés de constater leur revers, Bloomberg et Warren ont mis un terme à leur campagne respective. Bien que l’ancien maire de New York ait décidé de supporter Joe Biden, Elizabeth Warren ne s’est toujours pas prononcée et compte prendre son temps pour réfléchir.

Big Tuesday

Une semaine plus tard, soit le 10 mars, 6 États totalisant 354 délégués étaient appelés à voter. Les experts surveillaient le Michigan, où Sanders avait causé la surprise en 2016 en l’emportant face à Hillary Clinton. L’État n’a pas renouvelé son appui au sénateur du Vermont et s’est plutôt rangé du côté de Biden. Ce dernier profitait de sa lancée en se distinguant dans 5 des 6 États. Sanders a remporté le Dakota du Nord. Suite aux résultats, Andrew Yang a officiellement annoncé son soutien pour Biden. S’étant rangé du côté de Sanders en 2016, l’homme d’affaires, philanthrope et ancien candidat à l’investiture a mentionné, sur CNN, baser son choix sur les chiffres et la nécessité de s’unir face aux républicains.

Qui sont Sanders et Biden ?

L’un s’autoproclame « démocrate socialiste » alors que l’autre fait partie de l’establishement. Dans un discours adressé à ses supporters de Chicago et relayé dans la presse, Sanders considère que « maintenant que la primaire se résume à deux personnes, il est important pour les Américains de comprendre ce qui nous différencie ». Comme en 2016, le sénateur du Vermont puise son électorat chez les jeunes. Il inspire l’espoir et le changement. Ses adversaires républicains le qualifient parfois de « dangereux socialiste », car il insiste, entre autres, sur un système de santé universel et un accès aux études supérieures gratuit. Certains experts s’entendent pour dire que Sanders est en meilleure posture pour battre Trump puisque leurs politiques sont aux antipodes. Au contraire, d’autres maintiennent qu’il est trop à gauche pour rallier la population toujours indécise.

Bien que Joe Biden semble favorable à des actions concrètes sur l’environnement, certains lui reprochent de ne pas accorder assez d’importance à cet enjeu. Il est critiqué pour sa position favorable à la guerre en Irak. Il risque les attaques de Trump en débat considérant que le processus de destitution concernait indirectement son fils Hunter. Ayant été vice-président sous Barack Obama, il est associé à plusieurs de ses décisions, ce qui peut s’avérer positif, mais le rend également vulnérable aux attaques. Il a participé à l’élaboration du Affordable Care Act, qui existe encore et permet une accessibilité élargie aux soins de santé pour l’ensemble de la population. Il détient le soutien d’une large partie de la communauté afro-américaine. Il souhaite ardemment faire compétition au président actuel et soutient que « si nous donnons à Donald Trump 8 ans à la maison blanche, il changera à jamais qui nous sommes comme nation et je ne peux pas être spectateur d’une telle chose ». En plus du soutien des candidats mentionnés plus tôt, sa campagne profite aussi des appuis de l’ancien représentant du Texas, Beto O’Rourke, et de la sénatrice de la Californie, Kamala Harris. Ces derniers espéraient également obtenir la nomination, mais ont renoncé. Sanders persévère face à Biden qui semble avoir le vent dans les voiles. Le débat du 15 mars en Arizona brouillera-t-il les cartes ?

La place des femmes

6 femmes sont entrées dans la course démocrate, du jamais vu. Il n’en reste qu’une, mais cette dernière n’a statistiquement aucune chance de l’emporter. L’importance des femmes en politique s’est solidifiée dans les dernières années avec un nombre record d’élues au congrès en 2018. Dans un article de CNN du 7 mars dernier, Cecile Richard et Amanda Brown Lierman maintiennent que stratégiquement, Biden et Sanders devraient choisir une femme comme éventuelle vice-présidente afin de représenter adéquatement celles qui totalisent environ la moitié de l’électorat. Elles maintiennent que de les ignorer serait une grave erreur.

Dans cette course historique à plusieurs niveaux, beaucoup s’entendent pour affirmer que les démocrates doivent maintenant s’unir et faire front commun s’ils espèrent avoir une chance de vaincre Donald Trump le 3 novembre prochain.


Crédit Photo @ Radio-Canada

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