Ce printemps, on déconstruit nos préjugés à l’égard de la variation québécoise

Par Filiz Margarete Yildirim

« Ils parlent un français fautif au Québec teinté d’innombrables anglicismes. » Je suis certaine que je ne suis pas la seule à avoir déjà entendu ce genre d’affirmation souvent prononcée par des francophones qui parlent la variation hexagonale. Puis, il y aussi ces Québécois qui, à leur tour, entretiennent une relation marquée d’une insécurité linguistique envers leur langue maternelle.

Effectivement, ceci est un phénomène qui date au moins du 19e siècle, lorsque les contacts entre les Français et les Canadiens reprennent et que les Canadiens français se rendent compte du fait que leur français se distingue de celui en France. Par la suite, au sein de la communauté anglophone se développe le préjugé du French Canadian Patois qui affirme que le français parlé par les Franco-Canadiens ne serait qu’un patois du « Parisian French ».

Si les Franco-Canadiens rejettent initialement cette thèse en accusant les anglophones de l’ignorance, ils adoptent bientôt ce sentiment de l’infériorité à l’égard du français de France. Ils identifient les causes de cette « déviation » notamment dans les particularismes de leur variété résidant dans les anglicismes, certes, mais aussi dans les archaïsmes. Cette incertitude dure jusqu’à nos jours.

Un anglicisme ne désigne tout d’abord rien d’autre qu’un emprunt fait à l’anglais du français québécois. Cela est un processus linguistique tout à fait normal auquel chaque langue recourt un moment donné et qui constitue un enrichissement pour cette langue souvent au niveau du vocabulaire. Le français hexagonal se sert aussi des mots d’autres langues afin d’élargir son lexique.  Avec la différence que l’emprunt se fait sous autres conditions sociopolitiques s’il s’agit de l’anglais : différemment du contexte nord-américain dans lequel le français a un statut minoritaire, le français hexagonal n’est pas en position de faiblesse en France. Par conséquent l’emprunt à l’anglais n’est pas forcément perçu comme une menace.

Étant donné que les Québécois sont des Nord-Américains, qu’y a-t-il d’étonnant, voire de mauvais à ce que leur langue contienne aussi des marques d’une culture anglo-saxonne? Arrêtons d’imposer le français hexagonal au parler québécois (ou à n’importe quelle variation au sein de la francophonie) comme point de référence afin de déterminer si les Québécois parlent « un bon français »!

Le Québec, la Belgique, la Suisse ne sont pas la France.

L’histoire du Québec fait de sa langue une variation tout à fait originale. Une originalité qui réside non seulement dans ses anglicismes, mais aussi dans ses amérindianismes dont un est même devenu l’appellation pour le territoire (Québec) et le peuple qui y vit depuis la colonisation.

Par contre, il ne serait pas juste de faire du parler québécois une langue qui ne fait qu’emprunter : bien au contraire, c’est une langue vivante, capable d’innovation – songeons à l’aiguise-crayon ou à la motoneige. Dans le cas de la féminisation des noms de métier, le Québec a même joué le rôle de précurseur au sein de la francophonie depuis les années 70. Les mots qui sont créés de cette manière, comme mairesse par exemple, sont des lexiques parfaitement établis dans l’usage quotidien depuis.

En même temps, le parler d’ici a pu conserver des mots jadis attestés dans les divers dialectes régionaux en France où la domination du dialecte parisien (le français), jugé le plus prestigieux, a entrainé la quasi-disparition d’autres couleurs linguistiques.

Bref, osez faire usage d’expressions comme atoca, pâte à dent, tomber en amour, cinéparc ou encore achaler, soyez fiers de votre langue, car elle reflète parfaitement son histoire, celle dont on se souvient si facilement au Québec.


 

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