Professeur Sami Aoun à Tout le monde en parle : l'arrivée d'un nouvel acteur dans le conflit syrien

Par Janie Dussault

Monsieur Sami Aoun, professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke et directeur de l’Observatoire sur le Moyen-Orient de la chaire Raoul-Dandurand, ainsi que monsieur François Audet, directeur exécutif de l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire, comptaient parmi les invités de l’édition du 9 avril de Tout le monde en parle. Suite à l’attaque à l’arme chimique perpétrée par le régime de Bachar al-Assad sur un petit village au nord-ouest de la Syrie, les forces armées américaines ont envoyé cinquante missiles en représailles sur une base aérienne syrienne. M. Aoun et M. Audet étaient donc sur ce plateau afin de nous éclairer sur l’arrivée d’un nouvel acteur aussi important que les États-Unis dans le conflit syrien. 

Les deux experts furent tout d’abord questionnés sur les changements que pourrait amener l’intervention américaine dans ce conflit. M. Aoun a relevé l’important changement de stratégie venant de nos voisins du sud. Sous le mandat de M. Obama, les États-Unis ont fait preuve d’aveuglement volontaire face à la crise syrienne choisissant de demeurer inactifs. Le nouveau président brise alors la non-action et le discours de l’administration précédente en intervenant de manière directe. L’une des raisons évoquées par M. Aoun pour expliquer l’intérêt stratégique américain est l’importante présence de l’Iran en sol syrien, qui demeure l’ennemi numéro un des Américains. En touchant leurs intérêts en Syrie, les Américains se trouvent à bousculer l’ennemi sans être en conflit direct avec lui. L’aéroport ciblé par la réplique américaine, d’où sont partis les avions utilisés par M. Assad et son régime, était d’ailleurs sous l’emprise iranienne.

La couverture faite par les médias de l’Occident a aussi été soulevée. M. Audet nous informait alors que douze attaques chimiques ont été recensées depuis l’automne dernier en sol syrien sans que celles-ci sèment un tel émoi. Il fallait alors l’intervention des médias occidentaux et que ceux-ci propagent des images effroyables pour faire réagir l’opinion publique qui joue un rôle important dans la légitimité d’une intervention militaire. M. Audet considérait ainsi la réaction du gouvernement Trump ambigüe et spontanée considérant que sa campagne électorale était fortement teintée d’une tendance contre l’interventionnisme américain.

« Pourquoi la Syrie aurait-elle fait ce bombardement? », a demandé M. Lepage en parlant de l’attaque à l’aide d’armes chimiques. M. Audet a invoqué l’important manque de stabilité au sein de la hiérarchie militaire de M. Assad et n’exclut pas une possibilité que celui-ci soit miné par les forces iraniennes qui auraient intérêt à garder le contrôle sur l’homme d’État. La volonté du régime syrien à vouloir stopper les forces rebelles et les djihadistes demeure prioritaire. Par contre, M. Audet rappelle que le résultat est le même : les civils sont les grandes victimes de ce conflit en étant martyrisés, torturés et tués. Le lieu où ont été perpétrées ces attaques n’était pas accessible (lors de l’enregistrement) à l’aide humanitaire. L’hôpital de la ville ayant été touchée par les bombardements, ce sont des organismes locaux et des cliniques soutenues entre autres par Médecins sans frontière qui fournissent l’aide aux civils.

Également présente sur le plateau, la ministre Dominique Anglade a questionné les deux experts sur le rôle que le Canada a à jouer dans cette situation conflictuelle. M. Aoun a alors précisé que le Canada ne pèse pas fort dans la balance, n’étant pas un acteur important dans ce conflit. Selon lui, il va de soi que le Canada appuie l’envoi de missiles par les Américains. La diplomatie canadienne fait plutôt profil bas favorisant l’intervention du Conseil de Sécurité de l’ONU. Dans un éventuel contexte de réconciliation, le Canada pourra alors jouer un rôle assez important selon M. Aoun.

L’intervention américaine ne viendrait donc pas nécessairement adoucir le conflit. Selon M. Audet, un scénario de fin de guerre se dessinait tranquillement. L’implication soudaine des Américains aura comme conséquence d’augmenter les tensions. La Russie qui soutient le régime de Bachar al-Assad amène un autre élément de complexité. M. Audet craint donc que le Moyen-Orient ne se transforme à nouveau en terrain de bras de fer entre les États-Unis et la Russie.


Crédit photo © Radio Canada

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