Projet Zénith : atteindre des sommets pour la sclérose en plaques

Par Jasmine Godbout

Un appareil en mesure de remettre sur pieds des patients, voilà le projet conçu par des étudiants de l’Université de Sherbrooke. L’un d’eux, Samuel Robidoux, termine sa maîtrise en kinésiologie en évaluant les performances de cette machine afin de voir si un entraînement avec l’appareil se compare à un entraînement traditionnel. Voici quelques détails concernant le Zénith, spécialement conçu pour les personnes ayant la sclérose en plaques.

D’où vient l’idée du projet?

L’idée initiale vient de l’Association de la sclérose en plaques de l’Estrie (ASPE), puis elle a été développée avec l’aide de neuf étudiants en génie. Il y a trois ou quatre ans, on constate à l’Association que l’un des patients est plus difficile à entraîner. Puisqu’il se déplace en fauteuil roulant et qu’il pèse environ 200 lbs, le mettre sur des appareils de musculation est assez difficile. Donc, le directeur général de l’Association a eu l’idée de concevoir une machine qui pourrait elle-même lever le patient et l’aider à se remettre en forme. 

Depuis quand est-il en marche?

Bien que le projet ait germé il y a quelques années, l’appareil a été conçu il y a un peu plus d’un an. Déjà présents à l’édition 2017 de l’expo MégaGÉNIALE, où de nombreux finissants en génie montrent leurs projets au public, l’appareil s’inscrit dans une implication sociale concrète. L’un des étudiants, François Chagnon, a d’ailleurs poursuivi les recherches après le bac.

À quoi l’appareil sert-il exactement et comment fonctionne-t-il?

En fait, un harnais est mis à la personne à entraîner. Elle est attachée au système de levage. La machine se contrôle avec une manette qui ressemble à une manette de Wii. Une fois la personne attachée à la machine, il est possible de la soulever. 

Il y a quelques données à entrer, soit le poids de la personne, la vitesse à laquelle elle va marcher, ainsi que le pourcentage de poids soutenu dépendamment de sa condition. Si le patient est en moins bonne condition, le pourcentage est plus grand. L’objectif est de diminuer le poids soutenu pour que la personne puisse marcher par elle-même. La progression est possible selon certains paramètres, dont la vitesse et le poids soutenu.

Avez-vous des partenariats?

L’Université nous a soutenus dans le projet en mettant à notre disposition des locaux et en nous donnant les autorisations nécessaires pour que les personnes puissent suivre un entraînement sans frais.

En fait, l’appareil appartient à l’Association de la sclérose en plaques. Sa levée de fonds, La Grande course, a eu lieu le 7 juillet dernier pour être en mesure de financer ce type de projets-là. 

Parle-moi de la course

La course a lieu dans le but d’amasser des fonds pour le fonds de recherche de l’UdeS. De plus, la Faculté de médecine double le montant investi, ce qui permet de financer plusieurs projets étudiants. Cette année, lors de la 5e édition, même si le bilan n’est pas sorti, on sait qu’il y a eu plus de participants que l’an passé. On vise 700 personnes pour l’an prochain.

L’appareil est-il commercialisé?

C’est un plan futur de le commercialiser. Pour l’instant, il reste encore quelques améliorations à faire, même si le prototype est très fonctionnel. Ce sont des changements plus pratiques, comme s’il pouvait passer dans le cadre de porte, par exemple. 

Qu’est-ce que la sclérose en plaques et comment l’appareil sert-il?

La sclérose en plaques est une maladie auto-immune neurodégénérative. Des plaques se forment dans le cerveau ou dans la moelle épinière, ce qui cause divers symptômes, comme certains problèmes moteurs, selon le positionnement des plaques. 

Des troubles de la marche ainsi qu’une perte d’équilibre ou de force musculaire en sont des conséquences, ainsi le risque de chute est plus élevé. En fait, l’appareil permet aux personnes affectées par un handicap trop sévère de les soutenir sans risque de chute, de reprendre leurs forces et d’augmenter leur confiance, tout en leur permettant de s’entraîner plus longtemps. 

Ce qui est intéressant aussi, c’est que la personne peut effectuer plusieurs mouvements du quotidien sans n’avoir à marcher qu’en ligne droite. Changements de direction et marche arrière sont d’ailleurs possibles. 

Après avoir fait des essais, avez-vous obtenu des résultats concluants?

Bien que tous les résultats ne soient pas encore complètement analysés, pour l’instant, la marche est améliorée de manière relativement semblable à un entraînement traditionnel. 

D’ailleurs, l’un des tests, celui du 10 m rapide, passé avec quelques patients, a montré des résultats concluants. Une amélioration d’environ 30 % a été possible, ce qui est significatif après deux mois d’entraînement. Sachez que cet appareil peut remplacer un entraînement régulier de kinésiologie. 

Dans mon cours, j’ai créé un programme d’entraînement de marche contenant les mêmes exercices avec et sans appareil pour le tester en contexte réel. Le but de l’appareil est que les personnes n’en aient plus besoin et qu’au final, elles puissent faire les exercices par elles-mêmes.

À qui la conseillez-vous exactement?

Aux populations plus atteintes qui ont besoin d’une aide à la marche pour se déplacer. Mais aussi à d’autres, comme celles ayant le Parkinson, un traumatisme crânien ou encore les personnes âgées.

Quels sont vos objectifs à court et à long terme?

Pour l’appareil, l’objectif à court terme est de le rendre commercialisable. À long terme, c’est certainement d’en vendre plusieurs, mais aussi de former les gens à l’utiliser pour assurer une progression adéquate. 

Comment pensez-vous faire avancer la recherche?

Ce qui est intéressant, c’est que c’est un des premiers appareils à être au sol, et non sur un tapis roulant ou fixé au mur. L’étude avec celui-lui a permis de montrer que le système fonctionne et qu’il est efficace. De plus, il est possible de le démonter et de le remonter ailleurs, ce qui permet aux personnes de s’entraîner sur des surfaces différentes. 

Voilà une idée de génie qui a mené à un projet d’implication sociale d’envergure. Les personnes qui en bénéficieront devraient être en mesure de se remettre sur pieds après des séances d’entraînement bien encadrées.


Crédit Photo @ ASPE

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