PYEONGCHANG EN MODE DURABILITÉ

Par Charles Harvey et Sophie Bégin

Après le désastre écologique des derniers Jeux olympiques de Sotchi, en 2014, les organisateurs des Jeux de PyeongChang se font un point d’honneur de promouvoir un événement encourageant le développement durable.

La visite du site Internet Sustainability PyeongChang 2018 donne immédiatement le ton aux initiatives prises par les organisateurs des Jeux de cet hiver : la couleur qui prime est le vert, synonyme de préservation environnementale.

Un réel effort est mis de l’avant afin de divulguer de nombreuses informations. Des rapports environnementaux seront disponibles pour accompagner les prochaines villes hôtes dans la gestion de leur développement durable. Tout au long des Jeux, les gens pourront consulter, en temps réel, les informations relatives à la qualité de l’air et à la qualité de l’eau sur les sites de compétition, remarque Jean-François Comeau, directeur adjoint au Centre universitaire de formation en environnement et développement durable de l’Université de Sherbrooke.

PyeongChang s’est aussi engagé à respecter une stratégie de neutralité carbone, bien que « l’activité ne sera jamais de zéro carbone », souligne M. Comeau. La ville sud-coréenne devra plutôt réduire le plus possible ses émissions de gaz à effet de serre et compenser par d’autres types d’activités, telle la plantation d’arbres. Il n’en demeure pas moins qu’« il faut se poser la question sur les réels efforts de réduction de gaz à effet de serre qui vont être faits ».

Quelques points à clarifier

Même si M. Comeau a constaté que l’information était relativement facile d’accès, peu de mentions portent sur la gestion des déchets, qui est pourtant « un des défis relativement facile à gérer », comme l’ont démontré les Jeux de Londres en 2012.

La notion de développement durable serait aussi à démystifier. PyeongChang semble s’être arrêté à la notion d’environnement, alors que le développement durable, « ce n’est pas que de l’environnement. C’est aussi faire des projets qui ont un sens social. Quelles seront les répercussions sociales des Jeux? Est-ce que la population pourra profiter de ces investissements? », se questionne Jean-François Comeau.

Selon Anne-Marie Saulnier, directrice de l’Espace québécois de concertation sur les pratiques d'approvisionnement responsable (ECPAR), il faut être prudent en consultant les politiques du comité de PyeongChang 2018. Il faut se fier aux « résultats documentés et certifiés par des tierces parties qui peuvent témoigner de la véritable performance » des objectifs établis par l’organisation. De plus, quelques critiques ont déjà fait surface en ce qui a trait à la destruction d’une forêt « sacrée » au profit d’une piste de ski. Des études approfondies pour calculer la véritable réussite des objectifs seront nécessaires.

Sydney a amorcé le changement

Avant les Jeux olympiques de Sydney, en 2000, l’environnement n’était pas une préoccupation criante pour le comité organisateur. « Chaque ville hôte devait tout recommencer en partant de zéro; il n’y avait aucun transfert de connaissances », note l’Agenda 21 du Mouvement olympique dans son rapport sur la durabilité par le sport. Depuis 2000, les pratiques ont changé, le savoir est maintenant partagé entre les différents successeurs.

Ces Jeux ont été les premiers à prendre en compte l’aspect environnemental dans la gestion événementielle. Leur village olympique avait été certifié écologique et leur performance a été qualifiée de « meilleure pour les Jeux olympiques d’été » selon le Conseil de la Terre dans son rapport sur la performance environnementale des autorités de coordination olympique.

Un avenir à redéfinir

Les questionnements sur l’importance de projets à caractère durable se manifestent plus fréquemment qu’avant et il serait pertinent, selon Jean-François Comeau, de revoir le modèle d’attribution des Jeux olympiques afin de maximiser la durabilité des investissements. Il mentionne que « l’humain commence à prendre le bord et c’est plutôt l’aspect économique qui dicte tout [...] De manière générale, on fait le constat que notre société exploite plus de ressources que ce que notre planète est capable de lui donner. Avec le modèle olympique, on pourrait peut-être avoir le même questionnement. »

Objectifs de développement durable PyeongChang 2018

Thèmes clésDes Olympiques verts avec peu d’émission de gaz à effets de serrePréservation de l’écosystèmeNiveau de vieMaximiser la fierté des traditions et de la cultureOuvrir PyeongChang sur le monde
Sujets couvertsÉtablir des infrastructures de recyclageRestaurer l’environnement endommagéDévelopper l’économie localeEncourager la participation citoyennePréserver la sécurité en Corée
Faire des constructions durablesPréserver la biodiversitéAssurer un lègue durable pour les habitantsConsidérer la diversité des participants olympiquesRejoindre les standards internationaux et promouvoir les activités à caractère durable
Renforcer les réseaux de coopérationConstruire des infrastructures d’alimentation d’eauPrendre soin des personnes ayant un handicap
Produire de l’énergie renouvelable et autosuffisantePurifier l’eau polluée
Établir des transports verts
Minimiser les émissions de dioxyde de carbone

Sotchi : catastrophe écologique

Édition après édition, les controverses liées à l’organisation des Jeux olympiques frappent presque tous les pays organisateurs. Ce fut le cas à Beijing en 2008, avec les inquiétudes de nombreux militants en matière de respect des droits humains. Les dépenses exubérantes des Jeux olympiques de Rio, ville où les inégalités entre les classes sociales sont très marquées, ont également été largement critiquées.

En 2014, les Jeux olympiques de Sotchi ont été pointés du doigt par plusieurs organisations environnementales, dont le World Wide Fond (WWF) et le groupe de pression russe Environmental Watch on North Caucasus (EWNC). Dès 2010, le WWF a publié un communiqué de presse qui mettait en lumière les raisons pour lesquelles la préparation des Jeux de Sotchi ne répondait pas aux normes environnementales que les Russes s’étaient engagés à respecter. Le choix d’emplacement pour la construction des installations olympiques, le manque d’études sur l’impact environnemental du projet ainsi que la construction d’une route pour faciliter l’accès aux différents sites sont des points clés des critiques émises envers le comité organisateur russe.

Le site choisi faisait partie auparavant d’une importante zone qui était protégée par le gouvernement russe depuis 1983. La décision de retirer le statut de zone protégée a été fortement critiquée par des activistes comme Yevgeny Vitishko, lequel fut emprisonné à quelques jours des cérémonies d’ouverture des Jeux de 2014 pour « avoir prononcé des jurons en public ». L’activiste planifiait la sortie d’un rapport étoffé sur l’impact environnemental de la construction des installations olympiques dans les zones auparavant protégées. D’autres militants se sont également retrouvés derrière les barreaux, démontrant ainsi la nature délicate de ces enjeux en Russie.

Ceux qui devaient être les « jeux les plus verts de l’histoire » sont devenus le contre-exemple par excellence pour les futurs pays hôtes : construction d’un pipeline traversant cinq zones protégées, déversement illégal de déchets toxiques ou déboisement massif sur un territoire occupé par des espèces menacées sont autant de manifestations du dérapage russe.

Des partenaires qui font leur part

Créé en 1985, le Programme de partenaires olympiques (TOP) permet au Comité international olympique (CIO) d’approfondir son implication en matière de développement durable en collaboration avec ses différents partenaires, qui sont eux aussi invités à faire de même dans l’ensemble de leurs pratiques commerciales.

Pour les Jeux olympiques de PyeongChang, ces partenariats auraient cependant pu être exploités davantage selon Rosa Ortiz Quijano, chargée de cours et directrice d’essais de maîtrise à l’Université de Sherbrooke. Elle affirme que leurs objectifs omettent deux cibles importantes du développement durable : celle de la réduction des déchets et celle de la réduction du gaspillage. De plus, elle croit aussi que les partenaires pourraient facilement aider l’organisation à atteindre ce type d’objectifs. Elle mentionne que « compte tenu du seuil de pauvreté de la Corée du Sud, une attention aurait dû être portée à la gestion de la consommation olympique pour répondre à un besoin auprès des régions plus démunies du pays. »


Crédit Photo @Reuters, Davo Ruvic

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