Quand l’émission « RuPaul’s Drag Race » transforme une sous-culture en phénomène international

Par Audrey Damier

Hors du commun, imaginative, innovante et transgressant les limites du réel, l’émission RuPaul’s Drag Race est fantastique dans tous les sens du terme. Son créateur, RuPaul Charles, a su pasticher America’s Next Top Model, America’s Got Talent, Runway Project et Love and Hip Hop dans une seule et même émission. Ce qui était auparavant une sous-culture est désormais un phénomène international qui a atteint la ville de Sherbrooke. Ce 10 novembre se déroulait la deuxième édition de Sherby Drag Race au cabaret Les Grands-Ducs de Wellington.

« May the best woman win! »

Tenues extravagantes et affriolantes étaient à l’honneur ce samedi soir. Dès 21h, la salle était déjà comble. Un public majoritairement féminin, mais aussi masculin se bousculait pour ne pas rater ce show tant attendu. Dès 22h20, les juges Gina Gates, IGAnne et Ben Addiction nous ont offert un lipsync d’ouverture sur la chanson American de RuPaul. Une fois les hostilités lancées, les six candidates en compétition ce soir-là se sont données corps et âme pour gagner. La provocante et sexy Felicity a su égayer la curiosité des juges avec la chanson Je veux te voir de Yelle.

Puis, s’en est suivie la vintage Samantha Bernac qui nous a ramenés dans les années 50 avec la chanson Dear Future Husband de Meghan Trainor. Zowie Stardust est arrivé en complète opposition avec les deux précédentes candidates. Elle et sa rivale suivante, Jennifer Ratchet, se sont éloignées du glamour et on préféré montrer leurs cotés psychopathe et sadomasochiste pour convaincre les juges. Quant à Molotov Slutsky, son nom en disait déjà long sur son personnage et c’est ce que cette Pocahontas très trash a su nous montrer. Elle n’est vraiment pas « America’s Sweetheart ». La dernière candidate, Angell (oui avec deux L), a électrisé la salle en arrivant sur Bad Romance de Lady Gaga. Un choix judicieux qui a ravi la salle et les juges qui chantaient tous en cœur le refrain de ce presque hymne LGBTQ.

Pour pouvoir assister à un tel spectacle ou bien même regarder cette émission, il faut avoir l’esprit assez ouvert et ainsi mettre de côté ses préjugés sur ce monde qui tend à se faire connaître. Le transformisme, comme il est communément appelé en Français, n’est pas uniquement réservé à la communauté gaie. Les transsexuels, les bisexuels, les asexuels et même les hétérosexuels, masculins ou féminins, peuvent se prêter à l’art du transformisme : seules la passion et l’autodérision sont exigées.

Un phénomène qui n’a rien de nouveau

Si l’on feuillette ses vieux bouquins d’histoire ou ses notes de cours de littérature, on réalise vite que le transformisme n’a rien de nouveau. En effet, si vous ne le saviez pas, auparavant, les femmes n’étaient pas autorisées à jouer dans des pièces de théâtre, c’était donc aux hommes de jouer les rôles féminins. Ainsi pour créer l’illusion d’une femme, il fallait bien que ces hommes se transforment et cela ne semblait déranger personne. Mais, avec le temps, cette pratique est devenue un art marginalisé et rejetée par une grande partie de la société.  L’art d’être une drag queen n’est donc pas sorti de nulle part au beau milieu des années 90, il existait déjà et existera sans doute toujours.

Une émission presque inscrite dans la culture et le vocabulaire de tous les jours

Le succès de RuPaul’s Drag Race réside aussi dans le phrasé du présentateur. Après s’être plongé dans deux à trois épisodes, on se surprend à reprendre des phrases propres à l’émission. Ainsi « sashay away » ou « Shante, you stay » ou bien « May the best woman win » ou encore « don’t fuck it up » s’imbrique dans nos conversations de tous les jours.  D’ailleurs, dans cette deuxième édition de Sherby Drag Race, tous les éléments de l’émission étaient là. La présentatrice charismatique, aussi appelée « Drag Mother », le défilé, le lipsync, l’humour et enfin, le saint-graal … Le Couronnement. Certes, le budget n’était pas aussi large que celui de la vraie émission, mais les organisateurs ont, comme le veut l’art du transformisme, su créer l’illusion pour nous offrir un spectacle grandiose.

Une ouverture sur le monde LGBTQ

Finalement, ces deux shows sont des plateformes permettant au monde (dans le cas de RuPaul’s Drag Race) ou à la ville (dans le cas de Sherby Drag) de découvrir une communauté stigmatisée, celle des LGBTQ.  Tout est une question d’acceptation de soi. Comme le dit la fameuse phrase d’accroche de RuPaul, « Si tu ne peux pas t’aimer toi-même, comment es-tu supposée aimer quelqu’un d’autre? ».  Can I get an Amen?


Crédit Photo @ Tristan Grégoire

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