Les questions de sécurité en festival : l’obsession régulatrice a ses limites

Crédit photo © Radio-Canada

Par Benjamin Le Bonniec

Il fait chaud depuis le début de l’été, et vous avez probablement déjà été faire un tour dans l’un des nombreux festivals dont regorge la province. Mais cette année, il y a du nouveau! Encore plus que l’an dernier et que les années précédentes, les mesures restrictives pour des raisons de sécurité n’en finissent plus de s’empiler les unes sur les autres jusqu’à tomber, parfois, à un seuil grotesque. Pour certains gros festivals, pour le Festival d’été de Québec notamment, les nouvelles consignes de sécurité frisent l’obsession et le constat est aujourd’hui bien malheureux pour les nombreux festivaliers qui subissent de plein fouet la paranoïa des organisateurs.

Car si l’on comprend évidemment, il est nécessaire de vérifier le contenu des sacs pour éviter l’intrusion d’armes en tout genre, les bouteilles en verre, voire de l’alcool ou de la drogue, mais certaines mesures demeurent encore incompréhensibles pour la plupart. Cette année, il était interdit d’accéder au site du Festival, aux plaines d’Abraham, entre autres avec son pique-nique, son lunch, et même sa bouteille d’eau (en plastique, bien sûr). Tout cela pour des raisons « évidentes » de sécurité et afin de suivre les recommandations des services de police.

Alors d’accord, la sécurité est primordiale, surtout dans une époque marquée par les attaques terroristes à répétition. Mais doit-on pour autant se prémunir de tout, même du pire? Devons-nous continuer à affliger aux citoyens des restrictions empiétant largement sur leur liberté? Là, on parle de se nourrir et de s’hydrater, on ne parle même pas d’essayer d’introduire une canette de bière ou un couteau à un concert. La protection de tous n’implique pas de contenir les masses, de les réduire à de vulgaires moutons que l’on parque (c’est le mot!) dans une enceinte où ils ne peuvent ni boire ni manger.

Enfin, je me méprends évidemment qu’il est encore possible de le faire, mais là (encore et toujours) il faut sortir le porte-monnaie pour se procurer de vulgaires encas et des bouteilles d’eau à des prix défiant toute concurrence. On ne parle même pas de bières ou de verres de vin, et cette logique économique est déplorable et toujours plus exagérée. Le FEQ annonçait la mise en place de deux fontaines d’eau potable sur le site des plaines… pour combien de festivaliers?

Aujourd’hui, pour aller à un festival, du FEQ aux Francos, en passant par le Jazz, Osheaga, et jusqu’à chez nous au Lac des Nations, les mesures drastiques de sécurité, cumulées à une exagération des prix pour les produits de consommation primaires, deviennent si limitatives que le plaisir n’y est plus. Et qu’elle nous manque cette époque où l’on se baladait avec sa canette achetée au dépanneur pour aller d’une scène à l’autre dans n’importe quel festival! Mais profitez-en encore cette année, car l’an prochain, les pommes, les sandwichs, les barres en tout genre seront prohibés dans de nombreux festivals. Jusqu’où serons-nous autant réduits dans nos libertés?


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