Racisme dans la LNH : Bill Peters démissionne

Par Jean-François Eddie

La Ligue nationale de hockey (LNH) est toujours aux prises avec le racisme. Bien que Willie O’Ree soit entré dans l’histoire en tant que premier joueur noir de la ligue il y a 61 ans, la discrimination raciale reste malheureusement d’actualité en 2019. La démission de l’entraineur-chef des Flames de Calgary, Bill Peters, à la suite d’une allégation de racisme de l’un de ses anciens joueurs est l’un de deux scandales pour la LNH ce mois-ci.

En tant que véritable ambassadeur de la diversité dans la LNH depuis plus de deux décennies, O’Ree fut intronisé dans le temple de la renommée du hockey en 2018. Ayant pavé le chemin pour un grand nombre de minorités, ce combat entamé il y a plus d’un demi-siècle perdure.

« (O’Ree) a dû vivre beaucoup de choses, et cela se poursuit aujourd’hui, ce qui signifie évidemment qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire », a déclaré Devante Smith-Pelly, ancien attaquant des Capitals de Washington, à l'Associated Press l’année dernière après avoir été la cible d’insultes raciales lors d’un match. Il ajoute : « Si vous aviez sorti une citation d’O’Ree à l'époque, elles disent la même chose, et il reste encore un long chemin à parcourir au hockey et dans le monde si nous sommes sérieux. »

Il ne s’agit pas d’un incident isolé...

2003 : Après avoir pris sa retraite de la LNH, l'ex-gardien des Devils du New Jersey, John Vanbiesbrouck, a pris la relève comme entraineur-chef et directeur des opérations de hockey des Greyhounds de Sault-Sainte-Marie. À la suite d'une défaite contre Guelph, Vanbiesbrouck a utilisé une insulte raciale pour exprimer son mécontentement à l'endroit du capitaine de l’équipe, Trevor Daley, un joueur noir, à deux des coéquipiers blancs de Daley.

Après avoir été mis au courant de la situation, Daley a quitté l’équipe et posé une plainte au commissaire de la Ligue de l’Ontario. Vanbiesbrouck démissionnait de ses fonctions le lendemain. Dans une conférence de presse, l’ancien coach a déclaré : « J’ai utilisé le mot “N” au lieu de l’appeler Trevor, je l’ai utilisé sans réfléchir. C’est une erreur et j’en assume les conséquences, j’ai embarrassé tout le monde et ma famille par ce seul commentaire (…). »

2011 : Au cours d’un match d’exhibition de la LNH, en Ontario, un partisan a lancé une banane sur la glace en direction de Wayne Simmonds, un joueur de race noire des Flyers de Philadelphie. Le lendemain, le commissaire de la LNH, Gary Bettman, publie une déclaration par rapport aux évènements : « L’action manifestement stupide et ignorante d’une personne ne représente en rien nos fans ou des gens de London ».

2012 : Après avoir inscrit le but vainqueur en prolongation dans le septième match de la première ronde des séries éliminatoires de la Coupe Stanley, l’attaquant de race noire Joël Ward fut l’objet de plusieurs insultes racistes sur twitter. Le propriétaire des Bruins, l’équipe défaite lors du match, à déclaré que « ces propos ignorants et sans classe ne sont en aucun cas un reflet de quiconque associé à l’organisation des Bruins ».

2014 : Après une défaite crève-cœur contre les Canadiens de Montréal, les fans des Bruins de Boston sont retournés derrière leurs claviers pour montrer ignorance et racisme. La victime de ces attaques était maintenant Pernell-Karl Subban. Son crime ? Avoir marqué le but gagnant en double prolongation d’un match éliminatoire. Encore une fois, le président des Bruins, Cam Neely, fut appelé pour limiter les dégâts, qualifiant les tweets de « racistes » et de « sans classe ».

2018 : Quatre supporteurs ont été expulsés du United Center, l’aréna des Blackhawks de Chicago, pour avoir scandé des propos racistes à l’endroit de l’attaquant Devante Smith-Pelly. Alors qu’il se trouvait au banc des pénalités, les quatre fans se sont mis à crier « Basket-Ball ! Basket-Ball ! » en pointant l’attaquant noir. Un arbitre assis à côté de Smith-Pelly a rapporté les propos aux grades de sécurité du bâtiment et les fans furent expulsés. L’entraineur-chef des Capitals de Washington de l’époque, Barry Trotz, déclarait : « Il n’y a absolument aucune place dans le hockey ou dans notre pays pour le racisme. Je pense que c’est dégoutant ».

« Répugnant et inacceptable »

La semaine dernière, Bill Peters a démissionné de son poste d’entraineur des Flames de Calgary, quelques jours après avoir été accusé d’avoir utilisé une insulte raciale à l’endroit d’un ancien joueur. Akim Aliu, un joueur canadien d’origine nigérienne, a expliqué que Peters avait « utilisé le mot N » à son endroit il y a plus de 10 ans lorsqu’il jouait dans les ligues mineures. L’ancien joueur avait tweeté la semaine dernière que Peters (un coach blanc) « a utilisé le mot N plusieurs fois envers moi dans le vestiaire lors de mon année recrue parce qu’il n’aimait pas mes choix musicaux ». De fait, plusieurs joueurs ont par après confirmé que Peters avait déclaré « stop that n***** shit » à l’endroit d’Akim Aliu.

Le directeur général des Flames, Brad Treliving, a accepté une lettre de démission de Peters déclarant que l’homme n’était plus membre de l’organisation. La LNH a déclaré que ces actions étaient « répugnantes et inacceptables ». Dans un article de CTV News, l’analyste sportif Frank Seravalli expliquait que beaucoup trop souvent, dans les ligues mineures jusqu’à la LNH, il existe une culture du silence dans les vestiaires. L’intimidation et le racisme s’incrustent facilement dans ce genre d’environnement, et ne sont que très rarement rapporté.

Que le renvoi de Bill Peters, plus de 10 ans après l’acte, serve de leçon à quiconque fait preuve d’intolérance aujourd’hui. Le racisme n’a pas sa place dans le sport, sur le terrain tout comme dans les gradins.


Crédit Photo @ Sports Illustrated

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