Réactions électorales sur un campus de l’Oregon

Par Marina Riendeau

Le 8 novembre dernier était l’une des journées les plus stressantes que j’aie vécue depuis un bout. Actuellement en Oregon aux États-Unis pour y terminer mon baccalauréat, j’ai eu la chance/malchance, le privilège/malheur de me retrouver dans ce pays lors de l’élection de son prochain président, en l’occurrence Donald Trump.

Mes cours ici sont hyper pertinents. Entre autres, dans mon cours Communication and Gender, j’apprends à prendre conscience des actions que je pose au quotidien en lien avec mon identité, selon ce que la société m’enseigne. J’apprends à comprendre les boîtes dans lesquelles nous sommes placés dès notre enfance, toujours par la société (que nous créons), en fonction de notre sexe. On m’enseigne les conséquences de l’hypersexualisation de la femme, mais aussi de l’homme dans les médias américains, du taux de violence portée aux femmes ainsi que la manière dont la société définit la féminité, mais aussi la masculinité. « Fais un homme de toi! Elle a besoin d’un vrai homme! » Ça veut dire quoi, être un « vrai homme »? Selon qui? Et sinon quoi? Je vous laisse y répondre et vous faire votre propre définition. Dans mes cours ici, j’apprends à ouvrir les yeux sur les enjeux américains reliés à tous les aspects qui forment notre identité (genre, sexe, ethnie, classe, etc.).

Et Trump devient le 45e président américain. Après tous ces efforts à éduquer les jeunes à devenir de meilleurs humains, à comprendre qui ils sont et à leur enseigner comment moins juger, Trump devient le président des États-Unis. De mon point de vue personnel, élire cet homme, c’est encourager la culture du viol, reculer de plusieurs décennies sur le plan de l’acceptation de la femme, des minorités et des différences. C’est rire de tout le travail qui a été fait depuis des années sur les droits de la personne, sur l’égalité et l’équité. C’est refuser l’inclusion des immigrants, de la communauté LGBTQ+. C’est sans doute vouloir du changement pour les États-Unis, mais au détriment de qui?

J’ai voulu connaitre l’opinion de la population concernant la tournure des événements. Sachant que l’Oregon est un État plutôt démocrate, voici ce que les étudiants internationaux, américains et professeurs du campus du Western Oregon University en pensent*.

*Les témoignages ont été traduits de l’anglais au français.

« Pour moi, c’est la mort, la fin des États-Unis. Toutes les mesures qu'il veut renforcer; sa politique contre l'immigration, le mur qu’il veut bâtir; le fait qu'il croie qu'il peut créer des millions d’emplois; sa misogynie, son ignorance concernant l’emploi qu’il occupera à la tête des États-Unis; le fait qu’il n’ait aucune expérience. J'ai l'impression que personne n’y croyait, mais c'est arrivé quand même. » – Étudiante internationale de France, baccalauréat en études américaines

« Je suis choquée et horrifiée que Trump soit notre président. Je ne peux imaginer que cet homme représentera notre pays, avec respect pour ceux qui ont voté pour lui. Je considère que notre pays retourne en arrière et refuse d’aller de l’avant concernant l’équité et les droits des femmes ainsi que des gens de couleur. » – Étudiante originaire d’Hawaii, baccalauréat multidisciplinaire avec concentration en études espagnoles

« Qu’est-ce qui se passe avec toi, America? Je suis tellement déçue, qu’est-ce que les Américains croient faire en élisant Trump? Le monde ne va pas bien, et ça me fâche même si je ne suis pas Américaine. Avez-vous seulement idée de ce que cela signifie pour le reste du monde? Regardez les résultats sur la carte des États-Unis, c’est aussi rouge que la colère qui bout à l’intérieur de mes veines. » – Étudiante internationale de l’Allemagne, baccalauréat en études américaines

« Je vois autant de peur que de joie parmi les Américains. J’ai voté, mais dans ce cas-ci, ça n’a rien changé. Hillary a gagné l’Oregon, mais a perdu la présidence et Trump a perdu l’Oregon, mais a gagné la présidence. Pour ceux qui ont peur, voici certaines choses que je veux vous dire. Je suis contente que vous ayez peur. La peur nous permet d’être prudents et attentifs, elle nous garde en vie. En tant que peuple, nous nous devons de surveiller ce que le gouvernement fait. L’important, c’est de ne pas vivre dans un esprit de peur. La peur peut mener à la stupidité. Quand les gens deviennent apeurés, ils peuvent réagir de façon excessive. Pour ceux qui ont gagné leur élection, Trump est mystérieux et nous ne pouvons pas prévoir ce qui arrivera. Il exprime sa pensée, et c’est ce qui l’a fait gagner en partie. Il faut demeurer prudents et se rappeler que certains d’entre nous sont apeurés. Bon courage à tous et demeurez proactifs aux décisions des dirigeants. Ne vous détestez pas entre vous. La haine entraine la haine et nous devons rester unis. » – Étudiante originaire d’Oregon, baccalauréat en justice criminelle

« Je ne veux pas entrer dans un débat et je ne veux pas connaitre l’opinion de qui que ce soit sur ses choix électoraux, mais je crois qu’on peut tous s’entendre pour dire que Trump utilise des termes qui ne sont pas adéquats dans la position où il se trouve. La parole est le meilleur outil pour véhiculer un message, et il s’en prend aux immigrants, aux femmes, aux personnes de couleur de manière inacceptable. Peu importe que tu sois président ou que tu occupes n’importe quel autre emploi, dire de telles choses est inacceptable, et écouter ces paroles et ne rien faire, c’est pire. Je crois donc qu’en tant qu’individus, il est de notre devoir de ne pas accepter de tels discours et de faire changer les choses, personnellement, un à un. » – Anthropologue, professeure de mon cours Language and Culture


Crédit photo © BBC.com

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