Recommandations pour un Sherbrooke durable

Par Gabrielle Rondeau-Leclaire

L’Université de Sherbrooke se classe neuvième au monde en développement durable (UI GreenMetric World University 2015), et première au Canada. Parmi ses politiques novatrices, on compte : l’accès illimité aux transports en commun pour ses étudiants, la gestion du compost, utilisé à même le campus, l’agriculture urbaine et l’aménagement d’un large espace vert, autrefois un immense stationnement, où l’eau d’écoulement est épurée naturellement. La Ville de Sherbrooke doit maintenant appuyer ces efforts : sécuriser le transport actif vers l’Université doit être une priorité.

Les plans de la Ville

La Ville de Sherbrooke a déjà concocté plusieurs plans : le Plan de mobilité durable de Sherbrooke (2012), le Plan directeur du transport actif de la Ville de Sherbrooke (2016) et le Plan directeur d’aménagement durable du centre-ville de Sherbrooke (2015). L’heure est cependant à se questionner sur le rythme d’implantation de ces mesures : si on désire réellement atteindre les objectifs municipaux de réduction des gaz à effet de serre, il faut d’abord réduire la dépendance aux modes de transports motorisés, et cela passe en premier lieu par des infrastructures sécuritaires et efficaces pour les usagers vulnérables.

Les recommandations

Des étudiants de l’Université de Sherbrooke se sont regroupés pour cibler des actions qui se doivent d’être prises à court terme par les instances municipales afin d’assurer une transition rapide vers un transport actif accessible aux citoyens. Voici les recommandations formulées :

  1. Implanter à court terme des pistes cyclables utilitaires et sécurisées vers les pôles majeurs de la ville, soit le CHUS Fleurimont et le Campus principal de l’Université de Sherbrooke, et ce, en premier lieu sur les axes de transit majeurs (rue King, rue Galt, boulevard Portland, 12e avenue). Il est nécessaire de considérer les chiffres : 60 % de l’économie de Sherbrooke est liée à l’économie du savoir, et l’Université de Sherbrooke combinée au CHUS représentent les employeurs numéro 1 de notre ville. Les axes permettant de s’y rendre ont été conçus pour les automobilistes seulement.
  2. Intégrer des infrastructures favorables au transport actif à tous travaux de réfection et de construction majeurs, et ce, sans exception. En 2016, des travaux de réfection ont eu lieu sur le boulevard de l’Université entre l’école et la rue Galt O. Aucune piste cyclable n’y a été intégrée. C’est pareil pour le boulevard de Portland. Présentement, des travaux s’effectuent près du Campus de la santé sur le viaduc surplombant l’Autoroute 610, soit l’endroit le plus dangereux du parcours vers le CHUS considérant la vitesse maximale de 70 km/h. Le Centre de mobilité durable de Sherbrooke (CMDS) n’est pas parvenu à faire intégrer une piste cyclable aux travaux en raison des contraintes administratives avec le ministère des Transports du Québec (MTQ). On prévoit maintenant la « revitalisation » de la rue King Ouest entre les rues Jacques-Cartier et Belvédère, et aucune piste cyclable n’apparait sur le plan… Si on vise réellement une mobilité durable, seules des politiques strictes et uniformisées en permettront l’atteinte.
  3. Faire primer la politique de type Vision Zéro dans la Ville de Sherbrooke : avancées de trottoirs, dos d’âne, limite de 30 km/h, utilisation alternative d’une portion de la rue pour en rétrécir la largeur et ainsi créer des zones tampons entre usagers vulnérables et automobilistes (stationnement, mobilier urbain, marquage au sol, plantations), traverses de piétons surélevées, etc. Les villes d’Amérique du Nord ont été conçues pour assurer la « fluidité automobile » depuis la révolution industrielle. Un changement de paradigme est enclenché depuis plusieurs années et la Ville de Sherbrooke se doit de suivre la cadence et de transformer ses infrastructures pour encourager le partage de la route entre ses usagers.
  4. Restreindre les zones de nouveau développement en périphérie de la ville, afin de rapprocher les habitants des services et emplois. En éloignant toujours plus les citoyens des lieux de travail et de services, non seulement cela détruit des milieux naturels précieux pour la stabilité des écosystèmes et la rétention des eaux, mais cela complexifie aussi la mobilité durable. Des trajets d’autobus labyrinthiques et inefficaces, des distances maison-travail décourageantes, etc. Le mot d’ordre est densification : construisons dans la ville.

Élections du 5 novembre

Les élections municipales du 5 novembre représentent une bonne occasion pour mettre de l’avant l’enjeu de la mobilité durable. Dans cette optique, une pétition revendiquant les actions précédemment énoncées a été mise en ligne par des étudiants de l’Université de Sherbrooke. Les candidats aux élections sont appelés à se positionner sur ces revendications, on espère ainsi savoir à quoi s’attendre au lendemain du 5 novembre. Pour joindre le mouvement et signer la pétition, il faut chercher le mot-clic #PrioritéTA sur Facebook ou se rendre au https://goo.gl/F6ictD.

D’autre part, une initiative de Vélo Québec nommée « Je vote vélo » met à disposition une plateforme web pour proposer des idées en faveur du développement du vélo dans les municipalités au jevotevelo.com.

L’organisme d’intérêt public Vivre en Ville a pour sa part diffusé une liste de questions à poser aux candidats aux élections municipales concernant les questions urbanistiques qui touchent toutes les villes du Québec et qui permettent ensemble de veiller à l’atteinte de l’objectif de réduction des gaz à effet de serre provinciaux de 80 à 95 % d’ici 2050 (MDDELCC 2015). Il est possible de consulter cette liste au vivreenville.org/8questions-electionsmunicipales.

Les élections ouvrent une belle fenêtre aux citoyens pour revendiquer des changements dans leur environnement. Avec de telles mesures, notre milieu de vie peut permettre la cohabitation de tous ses usagers, de l’automobiliste au piéton, tout en améliorant la qualité de notre air, de nos mollets et de nos cerveaux… Il n’y aura jamais meilleure médecine qu’une dose quotidienne d’activité physique.

Dans le domaine des idées, tout dépend de l’enthousiasme. Dans le monde réel, tout repose sur la persévérance.
-Goethe


Crédit Photo © Julien Fortier-Chicoine

Partager cette publication