Relations de travail, partie 2 : les joueurs passent à la caisse

Sport-relationsdetravailAprès des décennies de mensonge, de collusion et d’iniquité, les joueurs se rebellent, montrant la porte à leur représentant Alan Eagleson pour le remplacer en 1992 par un brillant négociateur du nom de Bob Goodenow. Immédiatement, ce dernier entreprend de faire le tour des équipes de la ligue pour tâter le pouls des gens qu’il représente et pour créer une meilleure unité au sein de ce groupe.

Par Sébastien Many

Rapidement, Goodenow transformera un bassin de joueurs dont les relations sont meurtries par les rivalités en une association puissante, empreinte d’un esprit de camaraderie. Désormais, les joueurs vont pouvoir se servir des contrats des autres à titre de comparatif. En avril 1992, l’Association des joueurs de la LNH tombe en grève, menaçant de ne pas jouer les séries éliminatoires si certaines améliorations ne sont pas apportées. Pris au dépourvu et dévastés à l’idée de perdre les revenus des séries éliminatoires, les propriétaires concèdent rapidement des bonus pour les joueurs lors des séries, en plus d’instaurer un système d’arbitrage salarial plus efficace et un meilleur système d’agents libres avec compensation. La grève ne durera que 10 jours.

Humiliés par les événements du printemps de 1992, les propriétaires se débarrassent du président John Ziegler pour le remplacer par un brillant avocat issu de l’Université Cornell, un dénommé Gary Bettman. Instantanément, Bettman change son titre de président à commissaire et entreprend de préparer la guerre inévitable de 1994, quand la convention collective en vigueur à cette époque prendra fin.

Entre temps, l’effet Wayne Greztky se fait sentir. Quand Gretzky a été échangé des Oilers d’Edmonton aux Kings de Los Angeles en 1988, la formation californienne a, entre autres, versé 15 millions de dollars américains aux Oilers. Cet épisode a eu pour effet de faire réaliser aux joueurs tout l’argent qu’ils rapportaient aux propriétaires. Rapidement, les grandes vedettes du sport, comme Gretzky, Mario Lemieux et Brett Hull, feront jusqu’à cinq ou six millions de dollars annuellement. Eric Lindros, avant même d’avoir joué un match professionnel, recevra deux millions et demi de dollars pour son année recrue.

Tout ceci mènera au grand affrontement qui occasionnera un lock-out, annulant la moitié de la saison 1994-1995 de la LNH. Les joueurs réussissent à éviter l’implantation d’un plafond salarial, mais ne reçoivent pas de grande concession des propriétaires, à l’exception d’une plus grande possibilité de devenir agent libre sans compensation. Le fait de ne pas recevoir beaucoup de concessions ne dérange pas Goodenow, qui se doute de ce qui va éventuellement se produire.

Avec les joueurs qui demandent toujours plus d’argent et les propriétaires qui se retrouvent en position de libre marché, on assiste au début des offres ridicules. Par exemple, les Hurricanes de la Caroline offriront en 1998 un énorme contrat à Sergei Fedorov des Red Wings de Détroit, incluant un bonus de 12 millions si l’équipe se rend en finale de conférence, sachant que les Red Wings ont beaucoup plus de chances de s’y rendre que les jeunes Hurricanes au cours des saisons à venir. Néanmoins, les Wings égaleront l’offre, tout comme le fera l’Avalanche du Colorado quand les Rangers de New York offriront un bonus à la signature de 15 millions de dollars à Joe Sakic dans le but de décourager l’Avalanche d’égaler l’offre. En 2002, Bobby Holik reçoit 45 millions sur cinq ans de la part des Rangers, qui rachèteront les deux dernières années de son contrat en 2005.

Les contrats astronomiques deviennent monnaie courante quand les dirigeants sont tous en compétition les uns contre les autres pour les services d’un joueur et qu’il n’y a aucune limite à ce que les dirigeants peuvent dépenser. Ça, Bob Goodenow le savait très bien, et c’est pourquoi il n’était pas en colère en 1994-1995 quand les propriétaires ont refusé de faire de grandes concessions en l’absence d’un plafond salarial. De son côté, Gary Bettman jure ne plus jamais mettre le sort de son circuit entre les mains de propriétaires voraces qui perdent la tête au moment d’octroyer des contrats. Le commissaire attend patiemment l’été 2004 et la fin de la convention collective ratifiée en 1994-1995. La LNH s’apprête à changer drastiquement, une fois de plus.

 

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