Par Sandrine Martineau-Pelletier

Les réseaux sociaux sont un outil très pratique pour communiquer avec son entourage, mais ce sont aussi des trésors d’information pour les arnaqueurs. Le Collectif s’est entretenu avec Marc-André Léger, expert en sécurité informatique et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke, pour comprendre les différentes fraudes qui peuvent être perpétrées avec les informations qu’on retrouve sur les réseaux sociaux.

Vol d’identité

Malgré les nombreux avertissements dans les médias sur le caractère essentiel de la protection des informations personnelles, beaucoup d’informations sont partagées de façon anodine sur les réseaux sociaux et deviennent des avantages pour les arnaqueurs. Le vol d’identité est « l’arnaque classique », selon Marc-André Léger, qui consiste en une personne récoltant assez d’information sur une autre pour se faire passer pour cette dernière. Tout individu peut en être victime, et cela, même à son insu.

Pas plus tard que le 10 novembre dernier, une contractuelle travaillant sous une fausse identité depuis deux ans et demi chez Desjardins a été arrêtée pour vol d’identité. Solange Crevier, ayant des antécédents de fraude, s’était fait passer pour Johanne Richer pour obtenir le poste de consultante chez Desjardins. Elle avait utilisé un faux permis de conduire et une fausse carte d’assurance maladie au nom de madame Richer pour se faire embaucher.

Vol financier

« Les arnaqueurs combinent les informations sur les différents profils d’une personne, que ce soit sur Facebook, LinkedIn ou Instagram. Ils ont parfois tellement d’information qu’il est possible pour eux de se faire passer pour la personne en question », précise monsieur Léger. Les informations recueillies peuvent permettre aux arnaqueurs de se commander une carte de crédit au nom de la victime ou même un permis de conduire au nom de celle-ci. La cote de crédit de la personne fraudée peut alors être grandement endommagée par des cartes de crédit utilisées, mais non payées.

Les publications sur les réseaux sociaux telles que « Plus que 3 jours avant de partir à Cuba! » sont aussi très risquées, puisqu’elles mettent la puce à l’oreille que le logement de la victime potentielle sera libre pendant une certaine période. Les photos de voyage sont donc aussi à surveiller, étant préférablement publiées après le voyage que pendant ce dernier.

Sextorsion

La technique de sextorsion est une arnaque de plus en plus courante. À l’aide des réseaux sociaux, de faux comptes illustrant la plupart du temps de jolies jeunes femmes font des demandes d’ami à des hommes. Dès que la demande est acceptée, le fraudeur derrière le faux compte va engager la conversation et séduire l’homme pour le convaincre de se filmer en accomplissant un acte sexuel ou de prendre une photo. Cette vidéo ou photo sera alors utilisée comme objet de chantage, et l’individu se fera demander d’envoyer de l’argent à une certaine adresse, sans quoi le fraudeur menacera de publier la vidéo ou la photo sur les réseaux sociaux ou de l’envoyer à la liste de contacts de la personne.

« Il faut être conscient que dès qu’une vidéo ou une photo est prise, elle peut devenir publique d’un simple clic », avertit le spécialiste en sécurité informatique.

Prévenir

Monsieur Léger reconnait qu’il serait inutile de demander aux jeunes de ne pas aller sur les réseaux sociaux, donc il mise plutôt sur la prudence des publications. Ne pas faire de commentaires ou publier de photos qui pourraient faire l’objet de regrets quelques années plus tard, car il rappelle que tout ce qui est publié sur les réseaux sociaux appartient aux plateformes, et ne disparait donc jamais réellement. Même si l’utilisateur en question a supprimé le contenu après l’avoir publié, il restera toujours dans la possession du réseau social en question.

Il recommande aussi aux citoyens et citoyennes de vérifier leur dossier de crédit environ une fois par année pour s’assurer que personne n’a commandé de carte de crédit sous leur nom. De plus, il rappelle que tout ce qui se passe devant l’œil d’une caméra peut devenir public, et donc que les photos et vidéos intimes peuvent rapidement être partagées si elles sont entre de mauvaises mains.

Réagir

Dans le cas de vol d’identité ou de vol financier, il est important d’aviser rapidement les institutions concernées, par exemple l’institution financière de la victime. L’Université de Sherbrooke recommande aussi de modifier le mot de passe des comptes arnaqués, car les fraudeurs n’ont peut-être pas encore eu l’occasion d’utiliser la carte de crédit usurpée ou tout autre compte.

Pour les cas de sextorsion, le premier conseil de monsieur Léger est d’appeler la police. Il est difficile de savoir la fréquence de ce type de fraude, puisque peu ont le courage de dénoncer le crime; la victime se sent souvent honteuse d’avoir été prise au jeu. Pourtant, les policiers sont au courant que cette arnaque existe et qu’elle est de plus en plus populaire. De plus, il est mieux pour la victime de ne pas verser d’argent à l’arnaqueur. Différents services de police ont rapporté dans les médias, dont dans le journal La Presse, que cela peut mener à une deuxième et voire plusieurs autres demandes d’argent.

Dans le cas de toute arnaque, mais spécialement pour celle de la sextorsion, monsieur Léger rapporte qu’il est important d’en parler à ses proches pour avoir du support dans cette épreuve. Beaucoup de dommages psychologiques peuvent être causés par ces fraudes et il est important pour la victime de ne pas se sentir seule lors de ces évènements.

L’Université de Sherbrooke offre d’ailleurs un soutien et une aide psychologique sur les campus aux étudiants et étudiantes qui ont été victimes de ces arnaques. Pour en savoir plus, consultez le site Web de l’Université de Sherbrooke et inscrivez « Ressources à l’UdeS » dans la barre de recherche du site, ou cliquez sur le lien ci-dessous : usherbrooke.ca/sansouicestnon/urgence-et-ressources/ressources-udes/#c101276.


Crédit Photo ©  Newsin

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