Retour sur le débat « Science, on vote » - La campagne électorale se met au vert

Par Élizabeth Poulin

 

Quatre candidats briguant le suffrage dans différentes circonscriptions de l'Estrie aux élections fédérales étaient présents lundi le 21 septembre 2015 sous le même toit afin de participer à l’évènement « Science, on vote », un débat à thématique scientifique organisé par le Regroupement des étudiants chercheurs scientifiques de l’Université de Sherbrooke (RECSUS).

Au cours du débat, il est devenu très clair que chaque parti de cette longue campagne électorale a une approche très différente des enjeux en matière d’environnement et de développement durable.

Ainsi, Marc Dauphin du Parti conservateur, Pierre-Luc Dusseault du Nouveau Parti Démocratique, David Berthiaume du Parti Libéral ainsi que Vincent François du Bloc Québécois se sont réunis dans une ambiance conviviale au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke et ont profité d’une occasion en or pour séduire la communauté universitaire en abordant un thème populaire auprès d’une majorité d’étudiants, les sciences. Sous la forme d’un débat dirigé, les candidats se sont confrontés pendant plus de deux heures en brandissant fièrement les positions et les lignes directrices de leurs partis.

L’environnement étant le juste corollaire des sciences et du développement technologique, le  Comité Droit Vert l’Avenir de la Faculté de Droit de l’Université de Sherbrooke a pris place dans l’assemblée hétéroclite, composée autant d’étudiants que de citoyens désirant en apprendre davantage sur l’approche environnementale des différents partis dans la course. L’électorat universitaire désirait visiblement prendre le pouls des candidats fédéraux de Sherbrooke et des environs au sujet des différents enjeux régionaux et nationaux en matière d’environnement.

L’évènement organisé par le RECSUS a fait salle comble en invitant des panélistes intéressants et soucieux des questions environnementales, qui ont répondu avec enthousiasme et conviction aux questions formulées par le Comité Droit Vert l’Avenir.

Les grandes lignes

Au cours du débat, il est devenu très clair que chaque parti de cette longue campagne électorale a une approche très différente des enjeux en matière d’environnement et de développement durable. D’abord, le Bloc Québécois affirme être le seul parti en lice qui a véritablement à cœur l’environnement. La principale revendication du parti en la matière est de contrôler et d’interdire le transport du pétrole albertain sur le territoire de la province. Le candidat bloquiste s’exprime ainsi : «Le principal enjeu dans cette campagne électorale est l’exportation des sables bitumineux albertains à destination de l’est et des États-Unis».

Le Nouveau Parti Démocratique, quant à lui, mise sur l’instauration d’une taxe de «pollueur-payeur» et de prendre ces fonds pour investir dans le développement durable. Dans la même lancée, il désire diminuer les gaz à effet de serre et punir sévèrement les grands pollueurs.

Le Parti Libéral veut réconcilier l’économie et l’environnement en créant une «économie verte», c’est-à-dire la mise sur pied d’un nouveau marché pour les technologies et les produits du développement durable. L’investissement massif dans les énergies renouvelables est également un point très important du programme électoral libéral.

Le candidat du parti sortant s’est montré peu loquace à ce sujet, se contentant d’affirmer que seul un gouvernement conservateur pourrait à la fois protéger les emplois et l’environnement. Le candidat conservateur mise sur la responsabilisation des citoyens : «C’est aussi aux citoyens de prendre la décision de conduire de plus petites voitures, pas juste au gouvernement».

Les candidats du BQ, du NPD, du PLC et PC. © Elizabeth Poulin

Les candidats du BQ, du NPD, du PLC et PC.                      © Élizabeth Poulin

 

Transport d’énergie par oléoducs

On ne peut parler de protection de l’environnement avec des candidats fédéraux sans aborder l’épineux sujet du projet d’oléoduc d’Énergie Est. D’entrée de jeu, le candidat bloquiste Vincent François signale que l’avenir passe par l’électrification des transports et non par le transport de pétrole par oléoducs. M. François ne passe pas par quatre chemins en mentionnant : «Au Québec, on vaut plus que d’être l’autoroute du pétrole albertain».

Du côté du Nouveau Parti Démocratique, M. Dusseault affirme ne pas vouloir se prononcer pour l’instant. Le NPD recherche d’abord une «acceptabilité sociale» de la population face au projet d’Énergie Est avant de le mettre en œuvre.

Pour M. Dauphin, le projet d’Énergie Est est avant tout une manière de stimuler l’économie et de créer des emplois sans véritable risque pour l’environnement. De même, David Berthiaume  est en accord avec la ligne directrice du Parti libéral, affirmant qu’il est important de développer les ressources énergétiques disponibles.

Consensus

Dans un étonnant et plutôt rare consensus entre les candidats social-démocrate et bloquistes, ceux-ci concluent que la dégradation et l’état plus que lamentable de l’environnement est entièrement dû au Parti conservateur, qui règne en maître sur le Parlement depuis 2006. Le Parti Libéral admet aussi volontiers que le futur gouvernement doit en faire plus en ce qui concerne le développement durable, la protection de l’environnement et l’investissement dans les technologies vertes.

Suite aux différentes réponses données par les candidats, il est devenu clair que chaque parti n’entend pas se laisser imposer une vision qui n’est pas la sienne. Que ce soit en se basant sur des motifs économiques, de protection des emplois ou la protection des ressources et du territoire, chaque candidat a fermement défendu la position du parti pour lequel il se présente. Les électeurs feront le tri parmi ces allégations et ces belles promesses, qui se trouvent probablement quelque part entre la vérité et le mensonge. Cette grande décision collective sera prise dans moins d’un mois, soit le 19 octobre prochain. Pour ce qui est de l’environnement, l’attente et la période d’incertitude qui entoure ce domaine perdureront probablement bien plus longtemps que la campagne électorale, aussi longue soit-elle.


À méditer...

« Travaillez beaucoup, gagnez beaucoup d’argent, payez beaucoup d’impôts, car tel est le sens de la vie. » - Marc Dauphin

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