Retour sur le premier mandat présidentiel du Juge Duterte aux Philippines

Par Lucas Bellemare

« Je suis la loi », disait le juge Dredd, personnage fictif créé par John Wagner. Dans un monde futuriste dominé par le crime et la débauche, seules les forces extrêmes de police peuvent assurer un semblant de sécurité. Dredd, à la fois juge, juré et exécuteur, est le plus implacable et efficace des représentants de l’ordre, dont les sentences qu’il prononce se résument souvent à une condamnation à mort.

Si notre société n’est pas aussi futuriste et anarchique que celle imaginée par Wagner, un homme récemment apparu dans la sphère publique philippine n’hésite pas à employer la manière forte face aux trafiquants de drogues de son pays. Il s’agit de Rodrigo Duterte, le dernier président élu aux Philippines, le 9 mai 2016.

Chef d’État en fonction depuis le 30 juin, il est connu dans les médias pour ses déclarations controversées. Du temps où il était maire de Davao, Duterte avait entre autres insulté le pape François 1er en raison des embouteillages que sa visite avait provoqués près de Manille. Or, ce qui retient l’attention médiatique est la violente guerre qu’il mène contre la drogue dans son pays.

Ferme opposant aux narcotrafiquants, il n’y était pas allé de main morte lors de sa campagne électorale. Le Monde citait d’ailleurs Duterte ainsi : « Ceux qui détruisent les vies de nos enfants seront détruits, ceux qui tuent mon pays seront tués, c’est tout aussi simple que cela. Pas de demi-mesures, pas d’excuses. » Selon RFI, près de 5000 personnes seraient mortes depuis le 30 juin, des suites de cette campagne antidrogue. Il est toutefois difficile d’en déterminer le nombre exact, car pour sa part, la police affirme avoir tué un peu plus de 2000 personnes.

Alors qu’il était accusé d’avoir dirigé un escadron de la mort quand il était maire de Davao, Duterte, loin de calmer les choses, répondait par l’affirmative. Toujours selon RFI, Duterte, surnommé « Rody », affirmait avoir patrouillé dans les rues de sa ville pour montrer l’exemple aux policiers.

À la suite de sa victoire électorale, il incitait d’ailleurs les Philippins à sortir dans les rues pour tuer (littéralement) les narcotrafiquants. Selon le Dailymail, la police philippine rapporte qu’en seulement un mois, 60 000 personnes dépendantes à la drogue se sont rendues aux autorités, alors que 300 kg de méthamphétamine étaient saisis.

Malgré les avertissements à l’international, surtout de la part de Barack Obama, Duterte maintient sa ligne dure. Celui qui est aussi surnommé le Punisher est à l’apogée de sa popularité. Selon un récent sondage, son taux d’approbation populaire serait de 77 %. Avec de tels résultats, le Juge Duterte continue son implacable croisade contre la drogue. Aucun procès n’est en cours à son tribunal; la sentence pour les narcotrafiquants est la mort. Les forces de l’ordre, voire les citoyens, sont à la fois juges, jurés et exécuteurs. Aux Philippines, c’est Duterte qui dit : « Je suis la loi ».


Crédit photo © Huffington Post

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