La retraite sportive : la vie professionnelle après le sport

Par Marianne Myre-Bourgault 

Se retirer d’une activité que l’on aime n’est jamais chose facile. Le sport est une sphère importante dans la vie des étudiants-athlètes qui se donnent corps et âme à leur équipe tout au long de leur parcours universitaire. Nous avons fait la rencontre de Frédérique Djoussou-Lorng, anciennement spécialiste du triple saut en athlétisme ainsi que de Jérémi Roch, réputé quart-arrière de l’équipe de football afin qu’ils nous rapportent leur expérience.

Qu’est-ce qui se passe après la vie d’étudiant-athlète?

Après cinq années de sacrifices, de peines et de joies, les athlètes diplômés se voient dans l’obligation d’accrocher leurs souliers afin d’entrer dans le monde du travail. Pour les athlètes, le sport représente une grande partie de leur vie, de même que de leur identité. Bien que la retraite fasse partie du cours de la vie, peu de ressources sont allouées aux étudiants-athlètes pour les préparer mentalement et physiquement à cette transition. Ce changement peut s’avérer traumatisant pour celui ou celle qui le vit. Des facteurs tels que le soutien de l’entourage et un environnement positif de travail peuvent contribuer à adoucir cet ébranlement de vie, même si celui-ci est inévitable. Mais comment ces athlètes ont-ils réellement vécu leur transition?

Leur parcours

Médaillée de bronze aux Championnats canadiens d’athlétisme au triple saut et participante à de multiples finales au niveau national, Frédérique Djoussou-Lorng est devenue Pricing and Market Analyst à Wells Fargo Bank suite à ses études en finances.

Tout comme elle, Jérémi Roch a vécu sa dernière année d’admissibilité au sein du Vert & Or en 2016 après avoir reçu de nombreux prix : recrue par excellence RSEQ et Vert & Or en 2011, prix Leadership et engagement social RSEQ en 2011, athlète masculin de l’année 2015-2016, entre autres. Diplômé en gestion du commerce électronique, il est aujourd’hui coordonnateur marketing mondial – skidoo chez Bombardier produits récréatifs.

Malgré le fait que le Vert & Or représente les meilleures années de leur vie, ces deux athlètes ont été dans l’obligation de tourner la page.

La place du sport avant la retraite

Pour les athlètes universitaires, toutes les activités quotidiennes sont organisées autour du sport. Les pratiques du lundi au vendredi, la musculation, sans compter les nombreux rendez-vous de traitements en massothérapie et en physiothérapie ainsi que la période de récupération prennent tous énormément de temps et d’énergie. « S’entrainer, c’est une deuxième journée », nous rapporte Frédérique. Pour Jérémi, cela représentait une priorité, de même que des sacrifices puisque le temps consacré à son sport pouvait aller jusqu’à cinquante heures par semaine.

Des défis à surmonter 

Au moment de la retraite, les athlètes se retrouvent devant des décisions difficiles. Il n’y a plus d’équipe de professionnels pour les soutenir. Les différents services inclus lors des années au Vert & Or engendrent maintenant des frais, ce qui représente un élément pouvant nuire à la poursuite du sport selon Frédérique. Aussi, le temps de récupération est quasi inexistant. Un entrainement avant ou après un cours de trois heures ou un entrainement après six heures de travail, ce n’est pas pareil selon Jérémi. Frédérique ajoute que le choix d’arrêter de compétitionner est difficile, puisque le sport peut faire partie de l’identité d’un athlète : « Tu es défini par rapport au fait que tu es un athlète. Ça peut être positif comme négatif, parce que pour certaines personnes qui n’avaient que ça, lorsqu’elles sortent du monde du sport, elles pensent qu’elles ne valent plus rien. »

Les anciens étudiants-athlètes du Vert & Or rapportent également que l’élément le plus difficile à surmonter consiste à renoncer aux objectifs qu’ils n’ont pas eu l’occasion d’atteindre durant leurs années universitaires. Jérémi parle même d’un sentiment du devoir non accompli. Tous deux très exigeants envers eux-mêmes, ils se concentrent aujourd’hui sur leurs objectifs professionnels.

Le deuil de l’excellence

Les anciens expriment que leurs qualités développées au sein du Vert & Or leur ont permis de se démarquer dans le marché du travail. Malgré la détermination, la persévérance, la discipline, la rigueur et l’effort acquis grâce à leur sport, les deux athlètes affirment qu’il faut accepter de ne pas exceller dans toutes les activités qu’ils entreprennent. Selon Frédérique, « c’est très difficile de commencer au pied de l’échelle dans un travail, alors que dans notre sport, on était les meilleurs ».

Vaincre le deuil

Jérémi canalise son énergie pour la dépenser autrement. « Toutes les émotions que je ressentais dans le sport, j’essaie de les appliquer au travail. J’essaie de pousser, d’atteindre de nouveaux défis, d’aller chercher des petites victoires progressives, de devenir meilleur. C’est ce qui m’a aidé à passer à autre chose, de trouver d’autres moyens de compétitionner. »

Afin d’éviter de se couper radicalement du sport, Frédérique recommande une retraite graduelle. « Se dire plus jamais, c’est vraiment une scission et si tu n’es pas prêt à la vivre, ça peut faire vraiment mal. » Elle suggère de découvrir autre chose; la peinture, la couture, le patin à roues alignées, le ski. Jérémi s’adonne quant à lui au volleyball de plage, à la balle molle et aux voyages. Des activités qu’ils ne pouvaient pas se permettre de faire lorsqu’ils étaient étudiants-athlètes.

Ce qui leur manque du Vert & Or

Même avec leurs nouvelles activités, l’esprit de famille que l’on retrouve dans le Vert & Or leur manque. L’ambiance, l’équipe, les moments de gloire ne sont pas des choses que l’on retrouve sur le marché du travail. Du moins, pas de la même façon.

« Profitez-en, ça passe vite! » Une phrase que l’on entend si souvent sans vraiment s’en rendre compte. À la dernière année, chaque instant devient une dernière fois et il faut en profiter. « C’est important de commencer à penser à ce que tu veux faire après », explique Frédérique. Elle nous rappelle aussi qu’il y en a d’autres qui ont vécu la même chose et qui peuvent nous donner des conseils. Ces deux anciens de l’Université de Sherbrooke confirment qu’après le sport, la vie continue.


Crédit Photo ©  Yves Longpré

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