Rio 2016 : fermer les yeux pour mieux admirer le spectacle

Par Dave-Enrick Proulx

Le compte à rebours tire à sa fin. Du 5 au 21 août se dérouleront les Jeux olympiques de Rio de Janeiro. Chaque édition est toujours très attendue et celle-ci ne fait pas exception. Néanmoins, cette année, ce n’est vraisemblablement pas pour les bonnes raisons.

Crise sociale

La population semble avoir perdu toute confiance en son gouvernement. La présidente, Dilma Rousseff, n’aurait pas été destituée si ce n’était le cas. Le fossé entre les classes sociales ne cesse de s’agrandir. La criminalité a atteint un seuil pratiquement inimaginable.

Rivaldo, ancien milieu offensif de la sélection brésilienne de soccer, a mis en garde le monde entier. « Je conseille à tous de rester dans leur pays d’origine. Ici, on risque sa vie. Et c’est sans parler des hôpitaux qui sont à l’abandon ni de tout ce bordel dans la politique brésilienne », a-t-il publié sur son compte Instagram. La crise doit être sérieuse pour qu’un athlète invite presque au boycottage des Jeux olympiques!

Actions immorales

Au début du mois de juin, une navigatrice paralympique s’est fait voler son vélo par des hommes armés. Un trafiquant de drogue a été libéré de l’hôpital par un commando armé jusqu’aux dents. Une chaine de télévision allemande s’est fait voler un camion de retransmission et 500 000 $ d’équipement par un gang armé. Il ne s’agit là que de quelques exemples…

Certains athlètes, comme Michael Phelps, ont engagé des firmes de sécurité privées pour veiller sur leurs proches lors des événements. D’autres en sont au point de s’informer par rapport à la possibilité de louer des véhicules blindés. D’autres ont simplement décidé de ne pas représenter leur pays cet été. « Bien que concourir aux Jeux olympiques au nom de mon pays ait toujours été un objectif majeur, jouer au golf ne peut pas prévaloir sur la sécurité de notre famille », a expliqué Jason Day, athlète australien. Comme on dit, la confiance règne.

L’économie qui va mal

En plus d’une crise politique, le Brésil est plongé dans une récession économique sévère. Des milliers de personnes ont manifesté au cours des derniers mois. Parmi eux, on trouve des enseignants réclamant des arriérés de salaires – dus par le gouvernement. « Ce gouvernement dit qu’il n’a pas d’argent pour la santé, pour l’éducation, mais il a l’argent pour les Jeux olympiques », s’est insurgé Edson Cunha, professeur à l’AFP.

Policiers et pompiers sont eux aussi en grève. Plusieurs ont accueilli les arrivants à l’aéroport avec des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « Bienvenue en enfer : la police et les pompiers ne sont pas payés, quiconque vient à Rio n’est pas en sécurité! » L’État leur doit plusieurs heures supplémentaires non payées ainsi que des salaires en retard…

C’est ainsi que le 18 juin dernier, le gouverneur a décrété l’état de calamité publique dans le but de recevoir des fonds pour financer les Jeux et assurer le bon fonctionnement des services publics. Pourquoi avoir attendu jusqu’au moment d’être aussi embourbé dans la crise pour réagir? Attendait-on les touristes et les athlètes? Quelqu’un a-t-il décidé que c’était important de leur offrir des services? À eux plus qu’aux Cariocas!?

Compétition inégale

Tout cela est encore plus frustrant quand on se rend compte que, même en organisant une compétition sportive au détriment d’autant, certains athlètes arrivent à manquer de respect et utilisent des produits dopants. La Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) a suspendu la Russie de toute compétition il y maintenant plus d’un an. Le verdict tombera le 21 juillet à savoir si certains athlètes pourraient participer aux Jeux olympiques.

Il y a tant de problèmes à énumérer : virus Zika, eau de qualité exécrable, etc. En fin de compte, des millions de personnes seront braquées devant leur téléviseur pour suivre les compétitions. Le temps et la distance font oublier bien des problèmes. On finira tous par se faire emporter par la vague. Dommage seulement qu’il faille fermer les yeux devant autant de problèmes pour pouvoir admirer le spectacle.


 

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