Rocketman : la vie effrénée et haute en couleur d’Elton John

Par Marie Vachon-Fillion

Après le succès en salle du film Bohemian Rhapsody portant sur la vie de Freddy Mercury, voilà que le réalisateur Dexter Fletcher réplique avec un long-métrage biographique mettant en scène le grand Elton John. Difficile de ne pas les comparer, mais Rocketman est approché d’une manière très différente de son « rival », sorti l’automne dernier. Compte-rendu d’un film visuellement très intéressant et sorti à La Maison du Cinéma le 30 mai dernier.

Les plus jeunes ne connaissent probablement pas vraiment Elton John. Avec une carrière lancée à la fin des années 1960 et des succès à travers les décennies 70, 80 et 90 (avec Le Roi Lion), il reste un interprète incontournable à découvrir. Flamboyant et d’apparence confiante dans tous les aspects de sa vie, Elton demeure un personnage complexe et attachant que le film dépeint sans prétention.

Un jeune prodige

Ce qu’il faut savoir d’entrée de jeu, c’est que Reginald Dwight (son vrai nom) n’était pas tout à fait destiné à ce genre de vie dès son plus jeune âge. Vivant dans la modeste banlieue londonienne, il est le fils d’une femme au fort caractère et d’un père ne démontrant aucun amour pour lui. Alors qu’il découvre le piano très jeune, on voit tout de suite qu’il n’aspire pas à rester « ordinaire ». Véritable prodige dudit instrument, il est accepté dans une académie de musique, mais réalise vite qu’il n’est pas fait pour la musique classique : c’est le mode de vie rock’n roll qu’il veut adopter! Tout d’abord assez introverti, Regie change de coupe de cheveux et d’attitude : il se met à jouer dans les bars et rapidement, le spectateur voit son réel talent germer.

Un visuel éclatant et impressionnant

Elton John n’a jamais fait dans la dentelle. Arborant des looks et des costumes flamboyants, le travail dans ce département a dû en être un colossal! Ce qui est intéressant avec Rocketman, c’est que la direction artistique s’est clairement amusée à recréer un univers ressemblant littéralement au personnage. Les mouvements de caméra sont dynamiques, les chorégraphies sont éclectiques et les effets visuels apportent une touche « irréelle » au film, qui fait bien différent de ce qu’on a pu observer dans Bohemian Rhapsody. D’ailleurs, les scènes plus « fantastiques » du film, par exemple lorsque la foule se met carrément à léviter durant un spectacle, sont ce qui amène ce petit je-ne-sais-quoi qui font que le film est unique et plus grandiose. Au lieu de simplement en faire une autobiographie linéaire, Fletcher a décidé de recréer un peu ce qui se passait dans la tête d’Elton à ces moments-là. Il ne s’agit pas d’un documentaire, mais plutôt d’une démonstration de la « vérité émotionnelle » d’Elton John. De plus, les chansons sont réellement chantées par l’acteur principal. Bien que la voix de celui-ci ne soit pas identique à celle d’Elton (difficile à imiter, soit!), il est intéressant de voir les petites touches créatives qui sont amenées par ce changement. Les mélodies sont aussi parfois changées, ce qui rafraîchit les vieux succès de la vedette britannique. Rocketman devient alors un genre d’opéra rock, truffé de numéros rappelant les comédies musicales.

Pas de censure

Dexter Fletcher a su capter chaque moment de la vie d’Elton, bon ou mauvais, et les montrer à l’écran sans censure et trop de romance. Le film débute en fait en thérapie, où Elton se classifie sans hésitation comme un alcoolique, un cocaïnomane, un sex addict et une personne ayant des problèmes de gestion de la colère (j’en oublie peut-être). D’ailleurs, le « vrai » Elton tenait à ce que ses dépendances soient dépeintes de façons véridiques et telles qu’elles se sont réellement manifestées dans sa vie. Alors que le studio voulait un film « sans sexe et sans drogue », l’artiste a mis son pied à terre : il n’était pas question de passer à côté de ces moments de sa vie afin d’éviter un film 13 ans et plus. Elton John explique : « Il y a des moments dans ma vie – et dans le film – où j’étais complètement dégoûtant et épouvantable, et il n’y a aucune raison de prétendre le contraire. »

Comme une fusée

Le terme Rocketman décrit bien l’intensité avec laquelle la carrière d’Elton a pris son envol. Alors que ce dernier est habitué à une vie plutôt modeste, cette nouvelle célébrité change du tout au tout. Rapidement, les mauvaises influences ont sur lui des effets désastreux, alors qu’il profite de façon extravagante de son argent et de son statut de vedette. Bien qu’acclamé partout sur la planète, l’artiste vit des drames personnels qu’il tente de cacher à ses proches et au public. A-t-il réellement des amis? Et si la réalité derrière la scène n’était que du faux? Il vient à s’isoler du reste du monde, ne trouver que du réconfort dans l’alcool et la drogue, ce qui le mènera même plus tard à une tentative de suicide.

Alors que sa consommation devient hors de contrôle, Elton décide de se rendre lui-même en centre de désintoxication alors qu’il est attendu sur scène, juste avant un spectacle. Son arrivée d’un pas décidé au centre, accoutré d’un costume d’oiseau orange aux ailes gigantesques, restera longtemps ancrée dans la mémoire des spectateurs!

Pour les amateurs de musique, pour les fans d’Elton John ou bien simplement pour les cinéphiles, Rocketman vous offrira un bon deux heures de divertissement… et bien plus. Plongez-vous dans l’univers de cet homme qui a changé le visage de la musique à jamais. Avec ses chansons et ses performances inoubliables, on peut dire qu’Elton John a vécu sa vie au maximum, et on espère qu’il pourra encore le faire pendant plusieurs années. Comme le dirait le slogan de ce véritable opéra rock, ce film est based on a true fantasy (basé sur une vraie histoire fantastique). Car, c’est bien ce qu’est la vie de cet artiste, une histoire tout à fait rocambolesque, mais qui vient titiller quelque chose à l’intérieur de nous, qui nous donne envie de sortir notre « Elton » au grand jour!


Crédit Photo @ The Georgia Straight

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