Rufus Wainwright ou l'homme apte à hypnotiser son public

Par Marie Vachon-Fillion

Un grand de la musique a fait son tout premier arrêt dans la ville de Sherbrooke en vingt ans de carrière, le 4 septembre dernier, au Théâtre Granada. Montréalais d'origine, Rufus Wainwright a parcouru le monde avec ses chansons uniques et s'est rapidement construit un réseau d'admirateurs incontestés, malgré le fait que bien peu de ses chansons peuvent être entendues à la radio. Compte-rendu d'un spectacle intime ainsi que d'un homme aussi fascinant que charmant.

Un veston brillant, une démarche lente et un grand sourire : Rufus Wainwright, fidèle à lui-même, arrive sur scène avec l'attitude d'une grande vedette. Il s'assoit nonchalamment au piano et entame quelques chansons de ses vieux albums. Après des applaudissements bien ressentis, il se lève et s'adresse à la foule :  il ne manque pas de mentionner son nouvel opéra, « Adrien », dont la première est à Toronto dans peu de temps. Il invite la foule à venir voir la pièce, bien évidemment, et du même coup, mentionne que le spectacle « All These Poses » partira en tournée ce printemps, mettant en vedette ses deux premiers albums. Dans un an, dit-il, son prochain album devrait sortir.

Armé seulement de son grand piano à queue et de sa guitare, Rufus offre au public un spectacle totalement dénudé. Non pas dénudé d'émotions, détrompez-vous, mais sans une tonne d'arrangements, vacillant entre des chansons plus anciennes et de nouvelles compositions. Ces dernières sont impressionnantes : des arrangements musicaux complexes et des notes très hautes se chevauchent, donnant du fil à retordre au chanteur. Au début, on sent qu'il a quelques difficultés à se plonger dans ces instants exigeants. Quelques chansons plus tard, le tout rentre dans l'ordre et le moment passé est exquis.

Oscillant entre le pop, le classique et le folk, Rufus Wainwright excelle dans tous les styles. Sa voix chaude, couvrant plusieurs octaves, a de quoi faire frissonner le plus difficile des mélomanes. Je me suis moi-même retrouvée, à plusieurs reprises, les yeux fermés pour apprécier le moment présent et me concentrer sur la planante musique. Rufus n'offre cependant pas seulement de la musique à son public… Il sait comment mettre ce dernier dans sa poche en l'amadouant avec quelques notes d'humour! Lui-même ne semblant pas trop se prendre au sérieux, il lance quelques blagues par-ci par-là, joue avec une guitare désaccordée et se trompe dans les paroles (pour les oreilles attentives qui l'auront remarqué!). Il s'adresse d'ailleurs le plus possible aux gens en français, en s'excusant parcimonieusement de son gros accent.

Grand amateur de Leonard Cohen, l'auteur-compositeur-interprète reprend la classique So Long, Marianne. Il a également l'audace de se lancer dans une version a capella de sa récente chanson Candles : du bonbon pour les oreilles! On se sent privilégié de recevoir autant d'amour de ce grand de la musique. Rufus Wainwright offre d'ailleurs, année après année, de surprenants albums, tous aussi différents les uns des autres.

Après un petit rappel de deux chansons, dont l'inoubliable reprise Hallelujah, Rufus quitte la scène, aussi heureux que lorsqu'il y est entré. S'en allant vers l'arrière-scène, il trébuche sur sa guitare et quitte sur une note un tantinet rocambolesque, comme seul lui sait le faire… Tu auras su, Rufus, encore une fois, hypnotiser ton public avec une soirée tout à fait charmante… et à ta hauteur!


Crédit Photo @ Barry J. Holmes

Partager cette publication

Laisser une réponse

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.