Russe et francophile

Par Emanuelle Boutin

Arrivée il y a deux ans à Sherbrooke pour y faire sa maîtrise en communication, Tatiana Romanova souhaite rester au Québec et y faire sa vie. Rencontre avec une jeune femme d’origine russe qui est tombée amoureuse de la région estrienne.

«J’ai toujours eu cette passion pour le français», raconte la demoiselle aux traits fins et délicats. «J’avais envie de me retrouver dans un endroit où je savais que je pourrais parler français et où je ne serais pas trop tentée de parler en anglais comme à Montréal», précise-t-elle en expliquant pourquoi son choix s’est tourné vers la capitale des Cantons-de-l’Est.

Le français en Russie

On apprend également en discutant avec Tatiana Romanova que le français était et est toujours très apprécié par les Russes. «C’est une langue qui chante à nos oreilles», dit-elle tout sourire. «C’est une langue qu’on enseignait aussi à une certaine époque dans nos écoles. Moins aujourd’hui, mais les générations d’avant ont appris cette langue. D’ailleurs, la Russie était très proche des Français et des Québécois. On aimait beaucoup votre culture. Mais avec la Guerre froide, les ponts ont été coupés», relate tristement la chercheuse.

Arrivée seule dans cette ville qu’elle ne connaissait pas, elle s’est rapidement faite des amis. Des gens de la communauté russophone l’ont également contacté afin qu’elle puisse prendre part aux activités de leur petit groupe. En effet, bien qu’ils soient près de trois cents à parler la langue du plus grand pays du monde, les Russes et les Ukrainiens sont discrets. «C’est parce que c’est dans notre culture. Nous prenons peu d’espace, et nous ne parlons pas très fort. Nous sommes plutôt tranquilles», explique Tatiana Romanova.

Surprise

On aurait pu s’attendre à une tout autre réponse. En effet, le stéréotype du Russe est celui d’une personne à forte carrure avec une voix portante et dont le goût pour la vodka est très développé. «C’est peut-être vrai quand on s’enfonce dans les campagnes, un peu comme vous ici quand les gens viennent des régions et qu’ils ont aussi ce genre de réputation, mais chez-nous, la tradition c’est plutôt le thé», surprend l’étudiante, qui détaille ensuite toute cette tradition du thé, qui était autrefois servi dans des théières à deux étages et dont le rôle du premier étage était de tenir au chaud le thé toute la journée. Ainsi, les familles pouvaient se réunir à plusieurs reprises afin de discuter et d’échanger autour du thé.

Le caviar aussi a toute son importance dans les traditions culinaires du pays. Servi un peu comme notre dinde à Noël et au jour de l’An, le caviar est un plat servi lors de fêtes et de rassemblements familiaux.

Tatiana Romanova a beaucoup de choses à raconter. Comme une source inépuisable, on pourrait l’écouter nous raconter son pays des heures et des heures. Malheureusement, les mots sont comptés. Si vous la croisez sur le campus, demandez-lui de vous parler de la Russie et elle vous invitera à en discuter autour d’un thé russe fumant.

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