Safia Nolin, authentique

Par Jasmine Godbout

Le Collectif a eu la chance de s’entretenir avec la souvent controversée auteure-compositrice-interprète, Safia Nolin. Après la sortie de son album Dans le noir, en octobre dernier, elle a présenté son spectacle le 15 février, le jour de sa fête, au Théâtre Granada. C’est à quelques jours de son retour de France que Safia parle de ses accomplissements, de façon simple et à son image.

D’abord, avec qui aimerais-tu faire des collabos?

Ariana Grande. Je l’adore trop. C’est bizarre parce que, en fait c’est pas bizarre du tout, mais c’est un fantasme, que tu fasses de la musique ou non, t’as des fantasmes. Hier, je marchais dans rue pis j’écoutais sa muse, pis j’me disais : ouais, j’aimerais tellement ça.

Comment as-tu trouvé la France et comment s’est passée ta tournée française?

J’aime la France, c’est juste que c’est [totalement] différent. Une des affaires que j’aime le plus en France, c’est le contre-mouvement. T'sais, j’veux dire, nous, on prend pour acquis des affaires. J’ai eu un genre de check-up. Ça m’a aussi fait apprécier leur mouvement de militantisme, qui est quand même vraiment intense. J’y suis restée un mois et demi, je suis revenue il y a quatre ou cinq jours.

Et comment décrirais-tu les différences entre les deux types de public?

C’est vraiment subtil. Une des affaires qui m’a le plus frappée, c’est les applaudissements. T'sais, nous, on applaudit tout le temps, même si on n’aime pas ça. C’est par politesse ou par gentillesse. En France, c’est pas de même, pis ça l’a un bon et un mauvais côté. Ils sont plus francs, ils sont moins dans la retenue. Il y a ça qui est quand même intéressant, mais qui peut aussi être vraiment pas le fun.

À vrai dire, je dis ça, mais il y a des personnes qui se sont permis de me dire des affaires dans la rue ici. Sans crier d’insultes, mais genre de me dire que je prononce pas assez, ou des affaires de même. Le monde est intense.

Pour ton album et ta tournée Dans le noir, qu’est-ce qui t’as inspirée?

J’étais triste, je feelais vraiment pas, pis ça a donné lieu à ça. Mais aussi parce que j’écoutais beaucoup d’Elliott Smith justement, pis Daniel Johnson, pis j’ai eu envie d’aller là.

As-tu un processus d’écriture et de composition?

Pas vraiment, comme au début de ma carrière, ça sortait n’importe quand, j’étais dans ma chambre et je jouais de la guit sur mon lit. Après ça, c’est devenu mon métier, faque pour créer, il faut que je me donne des conditions : que je m’isole, que je sorte de la ville. À Banff, je faisais juste de ça. Au début, je fais rien pis je badtrip, j’écris des lignes pis ça prend un bon deux ou trois jours pour que ça arrive.

Comment décrirais-tu ton évolution entre ton 1er et ton 2e album?

Mon premier album, je l’aime full! Je le trouve parfait et je le changerais pour rien au monde. Je le trouve très jeune, genre dans l’esprit. J’étais quand même naïve... J’ai fait plus de place au processus de création et tout ça.

D’où vient l’idée de la vidéo Dagues, incroyable d’ailleurs, réalisée par J-S Sauvé?

C’était un concept que j’avais en tête depuis vraiment longtemps. Je suis vraiment fière de la vidéo Dagues, de la vibe, genre. Je rêvais de ça, je suis allée chez Mado, et je me suis dit que j’aimerais tellement ça voir une toune triste, de quoi de vraiment émotif. Je me suis dit que ça serait cool de voir ça avec mes tounes parce que sont vraiment glauques et tristes. Est vraiment hot la Drag!

Qu’est-ce que ça te fait d’avoir autant de visionnements en si peu de temps?

Ça m’a vraiment fait plaisir! Avec J-S on avait fait des sessions live. J’avais été déçue parce que, pour être honnête, j’avais presque pas de vues dessus et pour moi, c’est [vraiment] important. J’avais fait trois sessions live, que j’avais mis beaucoup beaucoup de temps, de jus pis d’argent dessus. Je m’étais vraiment impliquée dans le projet pis ça n’avait pas vraiment levé. J’avais fait le deuil de ça.

Pis pour la vidéo de Dagues, j’avais fait un genre de truc dans ma tête pour me dire que ça marchera pas, pour pas être déçue. Je suis vraiment surprise, je trouve ça nice que ça ait pogné plus que mes sessions live. C’est tellement important. Oui, c’est populaire en ce moment les Drags, mais dans notre microcosme, parce que je lis les commentaires en dessous des articles du Journal de Montréal qui sont vraiment glauques.

Par rapport aux commentaires justement, que penses-tu des détraqueurs, des trolls qui te suivent et comment fais-tu pour vivre avec ça?

J’essaie de ne pas les lire, pis j’ai accepté que c’est ça ma vie en quelque part. J’ai réalisé aussi qu’il y a plus de commentaires que j’en voyais parce qu’il y a du monde qui les supprime. J’essaie de me dire, comme j’ai fait à l’ADISQ, que les gens sont malheureux et que je les dérange parce qu’ils sont malheureux. Je peux rien y faire.

Dans Miroir, particulièrement, les paroles sont frappantes. Je pense à « Je m’excuse de mon corps », pourquoi écrire ça, quel message voulais-tu passer?

C’est intense. En fait, je voulais passer la vérité. L’affaire c’est que ça choque le monde, c’est fou comment je le sens. En même temps, je sais qu’il y a plein de monde qui se sent comme ça. Oui, je le dis à voix haute, mais il y a plein de monde qui le pense.

Pourrais-tu me parler du syndrome de l’imposteur que tu as parfois puisque tu ne lis pas la musique, et de tes manières de le gérer?

C’est tough, mais je me suis rendu compte qu’il vient de moi, mais aussi des autres. Mettons, j’ai fait plein de shows avec plein de monde et j’ai jamais senti que c’était ça qui se passait. Ça dépend avec qui tu fais ça dans le fond. Mes amies, comme les Sœurs Boulay, m’ont jamais fait sentir qu’il y avait une différence. T’arrives sur des shows avec des personnes que tu connais pas pis ils prennent pas la sensibilité de te faire sentir normale, parce que tu lis pas [la musique]. C’est vraiment dans l’ouverture de l’autre. Moi, je trouve ça plus inspirant, j’aime ça. J’ai rien dans ma tête qui me dit où aller après.

Un spectacle dépressif-festif

L’artiste a terminé l’entrevue avec un « Namasté. C’est tout. » Une salutation à son image, tout comme son spectacle au Granada. Elle avait prédit une ambiance à la fois dépressive et humoristique, mais cette fois-ci, surtout festive. Le jour de ses 27 ans, Safia Nolin a reçu beaucoup d’amour du public.

C’est l’« un de ses prefs », Elliot Maginot, qui a assuré la première partie. L’artiste émergent a su enjoliver le public grâce à sa présence et à sa voix puissante. S’accompagnant lui-même à la guitare et à l’harmonica, Maginot enchaîne cinq compositions de ses deux albums en anglais. Une belle manière partir la soirée devant un public un peu timide. Le 23 mars prochain, le chanteur sera accompagné de son band à La Petite Boîte Noire à Sherbrooke; un spectacle à ne pas manquer.

Sur les premiers accords de la chanson Miroir joués par Joseph Marchand, son guitariste et complice, Safia est entrée sur scène vêtue d’un drap blanc. Était-ce pour faire fi de tous les commentaires déplacés à l’égard de son habillement?

Peu importe, sa voix et ses compositions viennent rapidement emballer le parterre du Granada, pas tout à fait rempli de spectateurs. Ces derniers chantent un Bonne fête cacophonique à l’artiste et n’hésitent pas à interagir avec elle.

Entre anecdotes (trop) longues et amusantes, compositions dépressives, légers malaises et reprises bien senties, Safia Nolin réussit à rendre l’ambiance agréable malgré la lourdeur de ses paroles. Promesse tenue et mention spéciale à la chanson des remerciements!


Crédit Photo @ Magazine Véro

Partager cette publication

Laisser une réponse