[Santé mentale] Être humain ou diagnostic?

societe - simon leduc - - La meeLes questions éthiques et morales entourant les problématiques de santé mentale sont nombreuses et diverses. La mort d’Alain Magloire, vivant avec des problèmes de santé mentale et abattu par un policier en octobre dernier, relève notamment la question de l’intervention des policiers et de celle du système de santé. Cet événement mène également à notre conscience l’existence des croyances populaires entourant la santé mentale.

Par Simon Leduc Thouin

Bien que la santé mentale demeure empreinte de tabous et de préjugés, elle est loin d’être un phénomène nouveau et limité à quelques individus. Selon l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM), « près d’une personne sur cinq souffrira d’une maladie mentale au cours de sa vie ». Alors d’où viennent ces tabous et ces préjugés? De quoi sont-ils issus?

Selon le dictionnaire Usito, un préjugé est une « opinion faite a priori en fonction des apparences ou de critères purement personnels ». Notre vie est empreinte de préjugés que nous le voulions ou non. En santé mentale, le préjugé tire en partie sa source du diagnostic posé.

Le diagnostic permet d’identifier ce que la personne vit et de prescrire une intervention cohérente. Cependant, les idées préconçues rattachées à cette étiquette sont également source de souffrances lorsqu’elles perdurent, se généralisent et se transforment en fausse croyance populaire. Selon Josée Lapierre, « la discrimination, la stigmatisation et l’autostigmatisation qui en résultent sont des obstacles au rétablissement encore pires que la maladie elle-même ». Des statistiques de l’IUSMM vont dans le même sens. Elles démontrent que « les préjugés entourant la maladie mentale incitent près du 2/3 des personnes atteintes à ne pas chercher l’aide dont elles ont tant besoin ». De plus, au sein de l’opinion générale, « une majorité affirment qu’il serait improbable qu’ils embauchent un avocat (58 %), une personne pour prendre soin des enfants (58 %), un conseiller financier (58 %) ou un médecin de famille (61 %) atteint d’une maladie mentale ». Le diagnostic peut donc conduire, en fin de compte, au repli sur soi et à l’exclusion sociale.

Cependant, chez certaines personnes, il peut susciter l’espoir, la révolte et la résistance. C’est le cas de ma collègue de classe, Claudine, étudiante en service social à l’Université de Sherbrooke. Claudine vit avec la réalité d’un diagnostic de maladie mentale. Elle est fermement engagée dans une bataille contre les préjugés et les fausses croyances : « Je vois vraiment ça comme une injustice de dire : ces personnes-là sont comme ça. Surtout quand c’est des trucs qui sont négatifs. Tant qu’à parler de quelqu’un, parle aussi de ses points positifs. » C’est l’effet des préjugés, on voit seulement l’étiquette collée à la personne. Néanmoins, lorsqu’on s’arrête seulement au diagnostic, on omet une importante partie de ce qu’elle est.

Cette bataille, elle la mène au quotidien. Elle affirme que les préjugés sont présents partout, même chez le personnel du système de santé : « La personne en position d’autorité, qui devait nous transmettre son savoir, nous a transmis de la merde. Elle nous a transmis des préjugés, des mises en garde qui relèvent de cas isolés. Si je n’avais pas connu cette maladie, j’aurais sûrement eu peur! Je trouvais ça inapproprié provenant d’une infirmière. Je me suis sentie extrêmement blessée. » Claudine illustre concrètement l’effet des préjugés. Ils catégorisent, généralisent et blessent. Selon Claudine, l’idéal serait que les gens nuancent et s’intéressent au revers de la maladie : « Ah oui, c’est ça tes faiblesses, mais c’est quoi tes forces? » Claudine résume le tout et montre la voie à l’ouverture. Elle propose de laisser tomber nos préjugés pour entrer en relation avec la personne, avec ce qu’elle est dans son ensemble.

Ainsi, le diagnostic identifie la personne dans une catégorie et le préjugé identifie la personne comme étant le diagnostic. Le questionnement final est le suivant : comment éliminer nos préjugés? Claudine a une réponse puissante, à la hauteur de l’énergie qu’elle consacre à sa lutte: « À défaut de bien comprendre, fermez-la et écoutez avec votre cœur. »

Partager cette publication