Sarah-Maude Beauchesne et ses fourchettes

Par Gabrielle Beaudry

On la voit, ou devrait-on plutôt dire, on la lit, un peu partout : son roman Cœur de slush est devenu trois fois best-seller et sera bientôt porté à l’écran, elle écrit pour la série Le Chalet à Vrak.tv, elle a son propre blogue intitulé Les Fourchettes… Elle est membre du girl squad chouchou des Québécois, digne de celui de Taylor Swift, dont font notamment partie Sarah-Jeanne Labrosse et Catherine Brunet. Rencontre avec une des femmes les plus en vogue sur la scène culturelle québécoise, qui me fait tout simplement craquer. 

J’écris à Sarah-Maude Beauchesne sur Facebook. J’essaie de ne pas avoir l’air trop désespérée, juste assez intéressée et un peu professionnelle. En fait, je réécris mon message une bonne vingtaine de fois avant qu’il soit à mon goût. C’est tough de trouver les mots pour écrire à ton girl crush artistique sans avoir l’air d’une ado prépubère un peu obsédée. C’est encore plus tough de trouver les bons mots pour lui parler au téléphone quand elle dit oui à ta demande d’entrevue téléphonique. Avec son authenticité désarmante, Sarah-Maude me fait vite oublier à quel point je suis stressée : « Salut! En fait, je suis chez nous, sur mon divan, habillée en “mou” (rires). »

Comme dans Friends

La jeune Granbyenne qu’elle était autrefois rêvait de partir vivre à Montréal : « J’idéalisais vraiment la vie en ville, j’avais hâte de déménager et d’avoir mon appart comme dans Friends. » Pourtant, l’arrivée dans la grande ville ne fut pas aussi glamour qu’elle se l’imaginait : « Je suis un peu tombée de ma chaise parce que je n’avais pas d’amis et j’habitais dans Hochelaga-Maisonneuve vraiment creux. C’est dans la grande solitude et l’insécurité que j’ai fait mes premiers pas à Montréal. » Ces années plus difficiles sont chose du passé puisqu’elle se considère maintenant comme profondément Montréalaise et heureuse de l’être. Sarah-Maude fréquentait, à l’époque, le Cégep du Vieux Montréal, et c’est à ce moment qu’elle a écrit la nouvelle qui allait devenir son premier roman, Cœur de slush. Elle me confesse, en toute sincérité, que la plus belle école, pour elle, a été de « quitter l’école, de se partir un blogue et d’écrire chaque jour ».

Les chroniques d’une jeune Montréalaise

C’est ainsi qu’est né son blogue Les Fourchettes. « J’avais une grosse peine d’amour et j’avais plein d’affaires à dire. Je commençais à aimer la ville, à sortir plus, à rencontrer des gens, on dirait que c’est tout ça qui a inspiré Les Fourchettes. » Et une fourchette… c’est quoi au juste? « Dans ma famille, on dit qu’on a une fourchette plantée dans le cœur quand on a quelque chose qui nous tracasse, nous rend un peu triste. Il y en a des petites, des moyennes, des grosses… Écrire à propos de mes “fourchettes”, c’est en quelque sorte une façon de les dédramatiser et de m’en libérer. » Lire Les Fourchettes c’est beau, c’est cru, mais doux en même temps, et c’est surtout très vrai. Sarah-Maude écrit sans ponctuation ou presque et ne se gêne pas pour écrire haut et fort ce qu’elle pense tout bas, au point où certains passages nous laissent sous un étrange sentiment de déjà-vu. Lorsque je lui demande si elle a parfois peur que certaines personnes se reconnaissent dans ses textes, elle me répond candidement : « La plupart du temps, les gens prennent ça pour un hommage, et pour les autres fois, je m’en fous! (rires) »

Billie-Lou prend vie

C’est en voyage, après plusieurs refus, que Sarah-Maude reçoit l’appel des éditions Hurtubise, lui annonçant qu’elle sera enfin publiée : « C’était le plus beau moment de ma courte vie, j’ai encore des frissons quand j’y pense. » Dans ses romans semi-autobiographiques Cœur de slush et Lèches-vitrines, Sarah-Maude raconte le « coming of age » d’une jeune adulte, Billie-Lou, au visage parsemé de taches de rousseur qui tombe amoureuse d’un cycliste prodige du nom de Pierre. Je lui ai demandé si elle avait donné un « head’s up » à ce fameux Pierre avant de publier son livre. « Dans ce temps-là, je ne lui parlais pas beaucoup parce que c’était trop récent. Quand j’écrivais Cœur de slush, je vivais Lèches-vitrines, c’était encore un peu weird entre nous. Je lui ai finalement dit : aille by the way, j’ai écrit un roman à propos de toi. Il a trouvé ça un peu intense et m’a dit que j’étais un peu folle (rires). » Elle me demande alors à la blague si j’ai lu Cœur de slush, et à la lumière de ma réponse affirmative, elle me dit : « Tsé, Pierre dans le roman est un peu con et, cette fois-là, sans surprise, il a été fidèle à lui-même. »

Pierre, on va se dire les vraies affaires, c’est vrai que tu n’es pas le plus gentil dans le roman. On ne se connaît pas, mais si j’avais un conseil à te donner pour le futur, ce serait le suivant : tu connais le proverbe qui dit qu’il vaut mieux être gentil avec les nerds, parce qu’un jour ils deviendront nos boss? C’est un peu le même principe pour les futures écrivaines talentueuses : vaut mieux être gentil avec elles, sinon il y a de bonnes chances qu’elles écrivent un, deux ou trois romans best-sellers à propos de toi.

La suite de Cœur de slush et Lèches-vitrines s’intitule Maxime et sera disponible dans une librairie près de chez vous en septembre 2017 prochain.

Sarah-Maude Beauchesne

Auteure, rédactrice et scénariste

Instagram : instagram.com/lesfourchettes/

Facebook : facebook.com/fourchettes/

Les Fourchettes : lesfourchettes.net


Crédit photo © Bianca CL

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