Les scènes fortuites : le drôle et le touchant de l’ordinaire

Par Jasmine Rondeau

Le vendredi 2 février dernier, la Maison du Cinéma a tenu une projection spéciale du tout nouveau film Les scènes fortuites en compagnie de son auteur, réalisateur et acteur principal, Guillaume Lambert. Le Collectif n’a pas manqué l’occasion de visionner le tout premier long-métrage de celui qui a été déclaré « coup de cœur culturel » par Guy A. Lepage.

Avant que les lumières ne s’éteignent, l’artiste s’adresse à la salle comble : « C’est un film qui n’a pas d’histoire, ne cherchez pas le sens. Riez des jokes et amusez-vous! ». En effet, Guillaume Lambert s’évade du traditionnel schéma narratif pour offrir une heure et quart d’émotions à sa façon.  L’œuvre de fiction est un accès intime à la vie de Damien Nadeau-Daneau (joué par Guillaume Lambert), jeune cinéaste égaré qui n’arrive pas à terminer son film. À la manière d’un collage, le film rassemble des extraits de son banal quotidien, teinté par un entourage tout aussi commun. Comédie et drame s’entremêlent, soulevant à tout moment un pathétisme et un existentialisme drôlement près du réel. Autour de l’antihéros gravitent un travail, une famille et un groupe d’amis qui tantôt mettent en lumière son insatisfaction générale, tantôt lui apportent tendresse et sourire dans leur simplicité. Au fil des scènes, la moquerie fait subtilement place à l’attachement et à la compassion chez le public. Peut-être ce dernier s’identifie-t-il aux personnages ou peut-être réalise-t-il l’absurdité de notre ère.

Une distribution remarquable anime l’écran sous forme de longues et de brèves apparitions. On pense entre autres à Valérie Cadieux et à Sarianne Cormier, qui incarnent respectivement la sœur et la collègue de Damien, ou à François Pérusse, qui a accepté de faire la narration du film et d’y jouer le temps d’une minute. Guillaume Lambert a d’ailleurs affirmé qu’il a réellement tenté d’offrir à ses acteurs la possibilité de jouer autre chose que l’étiquette qui leur est souvent collée. Il a même écrit certaines scènes sur mesure pour quelques-uns d’entre eux. « C’est vraiment un show d’acteurs », a-t-il ajouté. On saisit cette intention tout de suite en voyant le court, mais surprenant rôle qu’il a offert à Marie-Chantal Perron.

La prouesse de l’œuvre cinématographique réside également dans son exécution. Ce n’est qu’avec une petite caméra et la lumière naturelle que le directeur photographique, Dan Popa, est parvenu à une esthétique aussi riche. Son expérience, provenant surtout de documentaires, a assuré une honnêteté rafraîchissante sur le plan visuel. Cette authenticité des plans, jumelée à une trame musicale envoûtante, imprègne le film d’une mélancolie constante sans toutefois faire d’ombre à la dose d’humour que l’auteur a adroitement intégrée. Si le personnage de Damien Nadeau-Daneau qualifie son film incomplet de « comédie intelligente », ce terme convient aussi parfaitement à l’œuvre touchante de Guillaume Lambert, non pas nécessairement pour sa portée intellectuelle, mais pour son intelligence émotionnelle.


Crédit Photo @ Gracieuseté/Visa, Niemeläinen

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