Science, on vote! : Mais pourquoi débattre de la science?

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Crédits photo : Michel Caron

Le Regroupement des étudiants-chercheurs en sciences de l’UdeS (RECSUS), le Regroupement des étudiants à la maîtrise et au doctorat de l’UdeS (REMDUS) et la Fédération étudiante de l’UdeS (FEUS), en partenariat avec les vices-doyens à la recherche des Facultés des sciences, de génie et de médecine de l’Université de Sherbrooke, profitent de la campagne électorale provinciale pour organiser la deuxième édition d’un débat politique unique en son genre : « Science, on vote! ».

Alexis Reymbaut, membre du comité d’organisation de l’évènement, aidé de Claude Spino, vice-doyen à la recherche de la Faculté des sciences.

Ce débat, qui aura lieu le mercredi 26 mars prochain de 15h à 17h au foyer Orford du Centre culturel de l’UdeS, a pour but de permettre aux candidats des différents partis politiques de se prononcer sur des enjeux scientifiques et d’interpeler l'ensemble de la population sur des questions qui les rejoignent, telles que la place de la science dans la société et le développement d'une économie du savoir dans la région.

Une science qui se porte mal chez les plus grands…P5A pedro avec logo

Désolé pour le pessimisme, mais il faut bien être réaliste : la science fondamentale n’est pas au meilleur de sa forme depuis quelque temps… Parlons tout d’abord des coupes budgétaires au fédéral et au provincial qui ne laissent aux chercheurs que le seul espoir de maintenir leur financement d’une année à l’autre, ce qui arrive trop peu… Plus précisément, le problème vient du fait qu’une partie du budget allouée à la science fondamentale ait été transférée vers les pôles de développement et d’innovation technologique.

Bien que le travail fait par ces derniers soit souvent remarquable, il ne faut pas oublier que c’est la science fondamentale qui repousse les frontières du possible et qui donne de nouveaux outils à ces pôles! Comment? En forçant l’esprit humain à inventer de nouveaux concepts, de nouvelles façons de voir les choses! Einstein disait justement : « On ne peut pas résoudre un problème avec le même type de pensée que celle qui l’a créé. » Là est le point! Pour des exemples plus pratiques, il suffit de penser aux matériaux semiconducteurs, soient les composants les plus élémentaires de tout matériel électronique (ordinateur, téléphone portable…), dont la compréhension repose sur la mécanique quantique, ou encore au GPS qui possèderait une marge d’erreur de l’ordre de plusieurs dizaines de kilomètres sans les corrections apportées par la relativité générale d’Einstein!

Il semble donc clair que la science fondamentale ne mérite pas les restrictions qu’elle subit aujourd’hui. D’autant plus qu’elle est un grand moteur économique : en effet, les deux pays émergents majeurs, la Chine et l’Inde, investissent massivement dans la science et l’éducation, surtout la Chine. Ces investissements leur donnent l’expertise et le savoir-faire nécessaires au développement de leurs infrastructures et de leur économie. Le monde occidental oublie souvent ceci puisqu’il a fait déjà ces investissements il y a plusieurs décennies, mais il est absolument nécessaire de garder ces investissements forts! Malheureusement, quand les temps sont durs, c’est la première chose qui part…

…comme chez les plus jeunes!

Maintenant, parlons un peu du désintérêt croissant des jeunes pour la science. C’est ici en qualité de vulgarisateur scientifique que je m’apprête à parler d’expérience. Prenons un exemple simple : le Conseil du loisir scientifique de l’Estrie organise chaque année l’événement « Les filles et les sciences : un duo électrisant! » destiné à allumer une étincelle scientifique chez les filles du secondaire. L’édition de l’année dernière avait comptabilisé 140 inscriptions, soit un très beau résultat! Cependant, cette année, seulement 80 jeunes filles se sont inscrites…

Les élèves ne sont pas les seules en cause, c’est aussi au niveau des professeurs que le bât blesse. En effet, peu d’entre eux se sentent concernés par de telles activités de vulgarisation et ne font ainsi que très peu, voire pas, de publicité pour ce genre d’évènement. En voyant cela, on est en droit de se demander si une nouvelle vision de l’enseignement de la science, mettant justement en avant ces opportunités en or de voir la science sous un tout autre angle, ne serait pas à envisager.

Des conclusions à en tirer?

Au Québec, les fonds FQRNT (Fonds de recherche du Québec - nature et technologies) ont été réduits l’an dernier et les réinvestissements promis ne viennent pas. Il faut donc que la classe politique se convainque de la nécessité d’investir dans les sciences, dans la recherche et plus largement dans les universités. Un tel investissement doit aussi être accompagné par des investissements dans de nouvelles compagnies québécoises pour que la science, la technologie et le savoir-faire profitent aux Québécois. On peut citer l’exode des pharmaceutiques comme exemples : par deux fois (Biochem et BioMéga), le Québec a manqué sa chance de fonder des compagnies pharmaceutiques québécoises. Aussi, on peut penser à la roue-moteur d’Hydro-Québec, qui a été abandonnée entre autres à cause d’un manque de leadership politique. Par ailleurs, l’enseignement actuel des sciences ne semble pas forcément apte à former une relève prête à mieux affronter ces problèmes à l’avenir.

Pour conclure, certaines interrogations restent en suspens. Combien investir dans la science fondamentale? Quelle priorité lui accorder par rapport aux sciences appliquées et à la médecine? Les industries québécoises et canadiennes devraient-elles investir plus dans la recherche? Si oui, les politiciens ont-ils un rôle à jouer pour les convaincre? Enfin, faut-il repenser l’enseignement des sciences et les personnes qui le dispensent?

Bref, voilà quelques exemples de questions qui pourront être abordées lors du débat « Science, on vote! » organisé par le RECSUS, le REMDUS et la FEUS le mercredi 26 mars prochain de 15h à 17h au foyer Orford du Centre culturel de l’UdeS. À titre d'information, l’évènement en sera à sa deuxième édition après avoir rassemblé plus de 200 personnes lors de sa première tenue, le 21 aout 2012. Les médias seront invités au débat qui sera aussi massivement web diffusé pour lui assurer une grande visibilité! À bon entendeur…