Se priver pour mieux performer?

Par Mathieu Fontaine

Que ce soit par habitude ou par superstition, la plupart des athlètes possèdent leur rituel de préparation en vue d’une compétition. Même si elles peuvent parfois paraître complètement loufoques, ces routines aident à rester dans la zone de confort. En ce mois de l’amour, j’ai décidé d’aborder l’une des plus farfelues d’entre elles : l’abstinence sexuelle.

Cette tendance à la chasteté a débuté dans l’antiquité, alors que les athlètes grecs pouvaient passer des jours, voire même des semaines sans activité sexuelle afin de se préparer pour des épreuves d’envergure telles que les Olympiques. Selon la théorie de l’époque, la privation de sexe était de mise, puisque le sperme contenait une substance dite énergétique. Bien qu’elle semble absurde, cette coutume s’est poursuivie pendant plus de vingt siècles s’atténuant avec le temps. Certaines équipes de soccer ont tout de même poussé la note un peu plus loin dans les années 70, alors qu’elles demandaient à leurs joueurs de prendre des comprimés de sels de nitrate, destinés à prévenir les érections sexuelles. Encore aujourd’hui, certains athlètes prônent cette tradition, alors que d’autres priorisent davantage leur vie sexuelle.

Quelques exemples

Le boxeur Muhammad Ali, un fervent de cette habitude, s’abstenait pendant au moins six semaines avant son combat. Était-ce le secret de son succès? Personne ne le sait vraiment, mais il aura connu toute une carrière. De son côté, le médecin de l’équipe de Naples, en Italie, Alfonso De Nicola a déclaré en 2012 qu’éviter toute activité sexuelle deux jours avant le match était essentiel pour éviter les contractures, les tensions musculaires et les inflammations. Même si cette règle a provoqué le départ de quelques joueurs, ce dernier est toujours en poste avec la formation italienne. Celle-ci a d’ailleurs remporté la Coupe d’Italie en 2014. De leur côté, Christiano Ronaldo et Ronda Rousey ont des opinions quelque peu différentes. En effet, les deux ont mentionné faire l’amour assez régulièrement dans les jours précédant une partie ou un combat, ce qui ne les empêche pas d’avoir du succès, et ce, en dépit du dernier revers de Rousey face à Holly Holmes… On peut donc se permettre de douter de l’efficacité de cette théorie.

Mythe ou réalité?

Avec les années, plusieurs spécialistes se sont penchés sur la question. Est-ce bénéfique pour un athlète de pratiquer l’abstinence sexuelle avant une compétition ou un match important? Leur réponse : non. Du moins, c’est ce que révèlent la majorité des études. Le seul facteur pouvant influencer la performance est la perception de l’athlète sur la privation de sexe elle-même. S’il y croit dur comme fer, il se peut que sa performance soit meilleure. Par contre, la frustration sexuelle ne rendrait pas le sportif plus agressif. Les résultats prouvent même qu’il serait avantageux d’avoir des rapports intimes, puisque ceux-ci agiraient comme relaxant avant un match. Bref, même si cette pratique est toujours en vigueur chez certains professionnels, il est clair qu’elle a perdu de la notoriété avec le temps. Les 100 000 condoms distribués et l’explosion de Tinder aux derniers Jeux olympiques disputés à Sotchi en février 2014 peuvent d’ailleurs en témoigner…


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