Crédit photo © Billie-Anne Leduc

Par Billie-Anne Leduc

2016 : définitivement l’année de l’Islande. Après avoir passé près de la coupe de l’UEFA Euro, l’Islande a fait jaser. Mais c’est surtout pour sa popularité touristique du moment que ce nom de pays nordique circule sur beaucoup de bouches. Pourquoi maintenant, alors qu’on entendait vaguement parler de cette destination, sinon chez les géologues ou les aventuriers tout-terrains? La faute au coup marketing de Wow Airlines. Cette compagnie aérienne low cost vise surtout les jeunes téméraires sans argent, et ils savent s’y faire. Des pancartes au check-in où il est écrit en grosses lettres Boumchicawowow, à celles Trolololo, à l’attache-bagage You Shall Pass, nul ne doute que leur but demeure de faire découvrir l’Islande aux jeunes aventuriers. Et ils ont raison : c’est un pays extraordinaire. Après l’avoir visité, je me suis dit : « Comment ça se fait que je n’étais pas au courant de toutes ces beautés-là? » Ça me semblait presque injuste.

L’Islande, c’est tous les vents, tous les sols, toutes les mers, qui apparaissent à toi sous plein de formes : sol rouge et chaud, terre noire et fraiche, mer bleu piscine et mer cendrée. Puis, là-bas, un ciel gris percé de rayons comme s’il pointait une autre naissance de messie. Ou encore là, si près qu’on ne distingue pas le brouillard des nuages : le ciel le plus à porter de main que j’ai eu de ma vie.

Puis, il y a les champs. Puisque Dieu sait qu’en 14 jours, pendant mes 2800 km, j’en ai regardé. Beaucoup de champs de pierres recouvertes de mousse comme si un troll allait se dérouler le dos et me faire une grimace : « Hihi, je ne suis pas une pierre! » Champs un peu beige-brun et noir. Désert gris. Gazon vert pétillant grouillant de moutons peinards. Et of course, champs de millions de fleurs mauves, fameux lupins.

À faire : écouter la musique de Wardruna alors que vous traversez un fjord de l’Est. À ce moment, j’ai véritablement ressenti le mot « découvrir ».

Autre à faire : toucher toutes les pierres de cette dame (maintenant décédée), Petra, dans sa maison-musée. Petra’s Stone Collection. Imaginez une maison et une cour remplies à craquer de magnifiques minéraux trouvés un peu partout dans les montagnes de l’Est. Elle partait à leur recherche, tous les jours pendant 70 ans, avec son sac et ses enfants. C’est ma madame préférée : une femme-au-foyer-Indiana-Jones.

Mais le plus grand avantage de l’Islande, c’est sa solitude. Précaire aujourd’hui, puisque beaucoup d’Américains savent maintenant que cette ile d’Europe contient des trésors inédits. Un fond de peur m’envahit : avec la main de l’homme-touriste, l’Islande perdra-t-elle le calme charme, immobile et comme, intouchable, de toutes ses routes sinueuses, montagnes brunes et vertes, glaciers, volcans, plages? Vous savez, les icebergs bleu ciel qu’on voit sur les cartes postales? Je les ai vus. Mais ce n’est pas ce que j’ai préféré, puisque plein de touristes couraient dans tous les sens. Vous me direz : « c’est partout comme ça! » Peut-être. Mais il me semble que plus que tout autre endroit, l’Islande a besoin de sérénité. Mon souhait pour ce grand peuple au « vik » et au « kr » intemporels, c’est qu’il préserve sa beauté naturelle, sans qu’aucune trace malsaine de l’homme ne vienne abimer sa fragile-mais-si-puissante nature. Si, un jour, vous visitez cette elven land, rappelez-vous : l’Islande a une âme de vieux sage recrachant doucement la fumée de sa pipe, pour que l’éternel vent l’emporte et caresse chaque rocher. Là-bas, tout est lié. Faire partie de ce lien – la plus belle expérience de vie.


 

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