Par Charles Harvey et Sophie Bégin 

Plusieurs évènements marquants des dernières années le confirment ; même si la ville de Sherbrooke n’est pas une grande métropole, elle n’est pas à l’abri des crimes haineux, notamment ceux qui sont de nature islamophobe. Des solutions sont cependant envisagées par des organisations sherbrookoises, comme l’Université de Sherbrooke, pour contrer ces comportements.

L’Université de Sherbrooke fait sa part pour contrer les comportements islamophobes, mais la ville de Sherbrooke a tout de même été le théâtre de plusieurs incidents de nature haineuse lors des dernières années.

En 2013, Sherbrooke était au 8e rang des villes canadiennes ayant obtenu le plus haut taux de crimes à caractère haineux. En 2015, la ville a connu une légère diminution dans le classement en se classant à la 12e place au Canada. Avec son taux de 4 crimes par 100 000 habitants, la ville est toujours au-dessus de la moyenne canadienne de 3,8 crimes par 100 000 habitants.

En 2016, un tract, petite brochure qui a pour but de propager des opinions politiques, a été distribué dans la ville. Des allégations liant une mosquée de Sherbrooke à des groupes terroristes étaient véhiculées dans cette brochure. À la suite d’une plainte, la situation a été transférée à la Division des enquêtes criminelles.

En avril dernier, dans le cadre de l’exposition « QuébécoisEs, musulmanEs… et après? », des portraits de résidants et résidantes pratiquant l’islam étaient affichés pour sensibiliser la population aux visages derrière cette religion. Deux des portraits qui étaient installés ont été vandalisés. L’acte est d’autant plus significatif, car la démarche derrière l’exposition était de rapprocher les résidents sherbrookois, et ce, peu importe leur religion ou provenance.

Lors de son passage à Sherbrooke en février 2017, l’humoriste Mariana Mazza dit avoir vécu un moment de racisme qu’elle n’avait jamais vécu depuis le début de sa carrière. À la mention du nom d’origine arabe d’un de ses frères, un spectateur a hué celle qui vient de remporter l’Olivier de l’année. Elle s’est dite déstabilisée par l’évènement qui l’a grandement affectée. Le Centre culturel a cependant voulu préciser qu’il s’agissait d’un cas isolé.

Ces incidents témoignent de la situation actuelle dans la ville de Sherbrooke. Selon le criminologue Tony Brien, la situation peut être expliquée par l’importante quantité d’immigrants qui sont arrivés à Sherbrooke entre 2001 et 2011. Il croit que la population doit s’adapter et que la tendance sera bientôt à la baisse. (Le Devoir, 22 août 2015)

Des efforts concrets

La problématique de l’islamophobie s’inscrit dans un enjeu plus grand : celui de l’acceptation de la diversité. La Ville de Sherbrooke a mis en place depuis plusieurs années des évènements pour améliorer la compréhension de cet enjeu par la population, et de s’assurer que les minorités culturelles, religieuses et ethniques s’intègrent bien à notre société. En octobre dernier, la Semaine sherbrookoise des rencontres interculturelles a eu lieu dans l’optique de promouvoir l’inclusion et la diversité dans la ville. Des organismes comme Actions interculturelles organisent des projets, des activités et des formations pour assurer le respect des différences, plus particulièrement dans le domaine professionnel. La Ville a aussi organisé un forum sur le racisme en partenariat avec les Rencontres interculturelles des familles de l’Estrie pour être éclairé sur les nouveaux enjeux. Pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants, notamment ceux de confession musulmane, le site jesuissherbrookois.ca a également été mis en place.

Un programme d’intégration

Le parrainage peut être tout aussi formateur pour l’étudiant local que pour l’étudiant étranger. En s’ouvrant à de nouvelles cultures, le parrain ou la marraine élargit ses horizons et développe davantage ses connaissances interculturelles. Cette ouverture d’esprit est certainement un bon départ pour contrer les propos ou les comportements islamophobes.

À l’automne 2017, c’est plus de 900 étudiants étrangers qui ont choisi d’entreprendre une session d’études sur le campus universitaire du Vert & Or. Les statistiques officielles du bureau de la registraire ont recensé des étudiants originaires de pays aussi variés que le Maroc, la France, le Liban, le Mexique ou la Chine. Avec ses nouveaux immigrants arrivent aussi des visions du monde différentes et de nouvelles pratiques culturelles qui peuvent parfois être mal accueillies par certains étudiants.

Pour faciliter l’intégration des nouveaux arrivants, l’Agence de relations internationales de l’Université de Sherbrooke gère un programme de parrainage, qui offre la chance aux étudiants internationaux d’être accompagnés, dès leur arrivée en sol sherbrookois, par un étudiant de l’Université. Ce jumelage entre un étudiant international et un étudiant sherbrookois vise à encourager l’intégration du nouvel arrivant en le familiarisant au campus universitaire, à la ville et à la région.

Les rencontres, dont la fréquence est déterminée par les étudiants, sont une occasion tout indiquée pour échanger, partager des passions en commun ou encore pour s’imprégner de la culture québécoise. Il n’y a pas d’activités imposées, les participants choisissent celles qui leur conviennent. Ce peut être tout simplement de diner ensemble sur le campus, de partager une séance d’étude autour d’un café ou encore de discuter via Internet. L’important, c’est qu’il y ait un partage.

Par l’entremise de sa foire aux questions (FAQ), l’Agence fournit aussi deux documents complémentaires pour les parrains/marraines en manque d’idées : Suggestions d’activités à faire dans le cadre du programme de parrainage et Sherbrooke, ville universitaire : mode d’emploi sont disponibles en ligne.

Des bénéfices des deux côtés

Le programme de parrainage est certainement un outil précieux pour les étudiants internationaux, mais il amène aussi son lot de bienfaits pour ceux et celles qui acceptent d’endosser le rôle de parrain ou de marraine.

En participant au programme de l’Agence, c’est la chance de « voyager » tout en restant dans le confort de sa routine quotidienne. La provenance des étudiants internationaux étant très diversifiée, les possibilités sont immenses pour les amoureux des voyages et de la culture internationale. Être jumelé avec un étudiant de la Libye, par exemple, offre la chance de comprendre une nouvelle réalité, de confronter sa vision du monde à de nouvelles valeurs et de s’initier à une nouvelle langue.

Le jumelage entre un étudiant international et un étudiant sherbrookois encourage les deux participants à développer leurs compétences en communication et leurs aptitudes sociales. Ainsi, le nouvel étudiant sera plus enclin à découvrir la culture québécoise plutôt que de se regrouper avec les autres étudiants provenant de l’étranger, comme lui.

Le programme est un bon moyen de sensibilisation pour ceux qui y participent directement. Par contre, quelles sont les mesures prises pour un plus large éventail d’étudiants? Une conseillère est disponible pour répondre aux demandes des étudiants qui vivent une situation problématique relative au harcèlement ou à la discrimination.

L’Université de Sherbrooke a une procédure claire pour soutenir les victimes de harcèlement ou d’intimidation de toute nature, dont l’islamophobie. Dans le cadre de sa Politique sur la promotion des droits fondamentaux des personnes et la prévention de toute forme de harcèlement et de discrimination, les étudiants qui ont besoin de soutien peuvent contacter la conseillère à l’adresse suivante : respect@usherbrooke.ca.

Collecte d’information

AMUS : Association des musulmans de l’Université de Sherbrooke

Pour les statistiques officielles de l’UdeS :

usherbrooke.ca/registraire/stats/statistiques-officielles/internationaux/admission-internationaux


Crédit Photo ©  pexels.com

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