Sherby À Paris : Entre Émerveillement et Maux de Tête

Par Julien Beaulieu

Étudier à l’ombre de la tour Eiffel, réviser ses notes dans les cafés parisiens, marcher dans le jardin du Luxembourg pour se rendre à son cours : être universitaire à Paris semble être le paradis. Et ce l’est presque. Je suis étudiant en droit à l’UdeS, et voici la chronique de mes premières semaines d’échange en France. Avertissement : j’y râle beaucoup. Mais c’est normal, je suis maintenant parisien.

J’étudie à la Faculté de droit de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. C’est un long nom, mais il faut comprendre que l’établissement est issu de la scission de l’Université de Paris, à la suite des événements de mai 68, en 13 universités distinctes. Mai 68, c’est un des mouvements sociaux les plus marquants de l’histoire moderne française, qui a notamment permis la démocratisation de l’université française. Encore aujourd’hui, il y a un parfum de mai 68 dans l’air, notamment avec les manifestations contre la Loi Travail qui bourdonnent dans Paris.

Ma nouvelle faculté ressemble davantage à un monument ou à un musée qu’à une école, et fait paraître celle de l’UdeS à un bunker de l’ère soviétique. Ses bâtiments, adjacents au Panthéon, sont des chefs-d’œuvre architecturaux. La plupart des salles de classe sont d’imposants amphithéâtres plaqués de bois, aux plafonds richement décorés et aux murs couverts de fresques. Les professeurs bénéficient d’une tribune surélevée, parlent au micro et, au milieu de ce décor luxueux, profitent d’un statut présidentiel. Et ils l’assument pleinement, monologuant sans pause et laissant une faible place aux interventions des étudiants. L’interaction n’a pas sa place et le partage est unidirectionnel.

Évidemment, vu leur âge, ces salles en bois sont peu confortables et mal aérées. La température y augmente rapidement — et oubliez les prises électriques pour brancher votre ordinateur portable. Mais on s’en satisfait, car chanceux est celui qui réussit à trouver un siège pour s’asseoir. En effet, l’inscription pédagogique étant très flexible, les étudiants assistent à davantage de cours lors des premières semaines du semestre afin d’en mesurer l’intérêt. Résultat : les classes sont surchargées et les planchers sont couverts d’étudiants assis, qui tentent maladroitement de prendre des notes. J’ai pour ma part passé deux séances dans un corridor, tellement ça débordait. Mais encore une fois, on s’en satisfait, car heureux est celui qui réussit à trouver sa salle de classe. La faculté est un véritable labyrinthe où les indications sont rares, et il m’est arrivé à deux reprises d’arriver devant des locaux vides. Un changement d’horaire avait été effectué à la dernière minute, et les étudiants étrangers n’avaient pas été avertis. Conflit d’horaire. Changement de cours. Changement d’horaire du nouveau cours. Création d’un second conflit d’horaire. Plaisir garanti.

Autrement, il y a aussi les procédures administratives (immigration, aide sociale, services bancaires, carte de transport) qui sont interminables. Chaque formulaire mène vers un autre formulaire, lui-même menant vers une nouvelle procédure, et ainsi de suite. Entre les imprévisibles heures d’ouverture des bureaux, les pannes informatiques et les mille pièces justificatives, on perd souvent espoir. Surtout lorsqu’on se fait diriger d’un endroit à l’autre par des administrateurs qui se renvoient la balle — et la balle, c’est vous.

J’habite à la Maison des étudiants canadiens (MEC), une des 40 maisons de la Cité Internationale Universitaire, dans le 14e arrondissement. La plupart des maisons de la Cité, qui prennent la forme de résidences universitaires, accueillent les étudiants, chercheurs et artistes originaires d’un pays spécifique et en séjour à Paris. Il y a toutefois une règle : 25 % des étudiants admis à la maison de leur pays d’origine doivent être logés dans une autre maison, afin de favoriser le partage culturel. La MEC est un environnement de vie idéal : située à quelques mètres d’un grand parc, elle offre plusieurs espaces communs où les rencontres s’imposent. Impossible de s’y sentir seul, car de nombreuses d’activités de groupe y sont organisées, ce qui adoucit beaucoup l’arrivée. Notons aussi que la Cité Universitaire offre une providentielle cafétéria où un repas complet coûte 3,25 €. Je lui dois ma survie jusqu’à maintenant.

Paris est une ville pleine de contradictions. Par exemple, malgré son réseau de transport en commun sophistiqué, on peine à y trouver des fontaines d’eau et des bacs de recyclage publics. Autre phénomène surprenant et inquiétant : l’itinérance infantile. On croise fréquemment des familles entières vivant sur des matelas au coin des rues. Paris est aussi une ville sous surveillance, avec des agents postés à l’entrée du moindre lieu public qui vérifient systématiquement les sacs des passants. On fait toujours le saut lorsqu’on entre dans un tram de métro et qu’on tombe sur trois militaires, le fusil automatique au bras, en mission de surveillance. Mais Paris est splendide, et les Parisiens très sympathiques. Chaque coin de rue dissimule un monument ou un bâtiment spectaculaire, dont la beauté vous tombe en plein visage sans prévenir. Certes, comme dans toute grande ville, il faut parfois faire un effort pour approcher les gens. Toutefois, un Parisien qui découvre l’accent québécois est un Parisien heureux. Si l’échange à Paris est un peu plus cher qu’en province, cela vaut amplement l’investissement. Je vous y attends!


Crédit photo © Julien Beaulieu

Partager cette publication