Culture_Laurence Chiasson_image_silence.on.tourne.nus-credit_salon-litteraire.comPar Laurence Chiasson

Ne parlons plus de tabou, car de nos jours, le sexe n’en est plus un. Tenons-nous le pour dit, une scène romantique explicite ne suscite plus la même réaction qu’au temps de nos grands-parents! Aujourd’hui, on les cherche, on les désire. De toutes les recherches faites sur le Net chaque jour, 25% sont reliées à la pornographie. Les films pornos ont leurs réseaux d’acteurs, leurs producteurs favoris et même leurs propres remises de récompenses!

C’est sans faire de mauvais jeu de mots que je me demande si la porno ne se serait pas glissée dans le monde du 7e art…par la porte d’en arrière!

Dans le cadre de cette édition spéciale du Collectif, j’ai voulu parler avec des professionnels pour bien situer l’industrie du porno dans le monde artistique. En parlant à plusieurs personnes, je me suis heurtée à un détail plutôt important : je parle bien de porno? Ou alors d’érotisme?

Ah. Il y a une différence.

Le sexologue Maxime Leblanc me l’a vite fait comprendre. Alors que la pornographie est une représentation graphique souvent exagérée d’un comportement violent ou dégradant, l’érotisme cherche plutôt à représenter un acte de rapprochement.  Les organes génitaux ne sont pas forcément montrés dans ce genre de représentation des plaisirs de la chair. D’ailleurs, l’érotisme ne fait pas seulement référence à l’acte sexuel, mais aussi à tout ce qui éveille le désir. Suffit de penser au film Ghost et à sa scène marquante entre Demi Moore et Patrick Swayze. Après quelques caresses et des baisers passionnés, la scène se termine sans rien montrer de l’acte. Pourtant, bon nombre de gens ont eu envie de se mettre à la poterie après!

De la peinture au burlesque, en passant par la littérature, l’érotisme est donc devenu un accessoire indispensable à l’art. Ces dernières années, toutefois, il est passé d’accessoire à pièce maitre. Des œuvres tout entières lui sont consacrées. Pensons simplement au phénomène 50 Shades of Grey, dont le premier opus s’est vendu à plus de 100 millions d’exemplaires.

Mais la porno dans tout ça? J’ai décidé de me tourner vers un gros nom de l’industrie du divertissement pour plus de réponses.  Lorsque j’ai demandé à Anne-Marie Losique, PDG de la première chaine de divertissement pour adultes VividTv Canada, comment elle décrirait la porno, elle m’a répondu ceci :

« La porno est beaucoup plus simple [que l’érotisme], le but est de faire de l’argent en assouvissant les fantasmes de notre société et, d’une certaine façon, est en temps direct son reflet. »

Pour la femme d’affaires, l’érotisme est intemporel et découle d’une démarche beaucoup plus artistique que la porno. Par contre, sans être un art ou une facette du cinéma, la porno peut se vanter d’être un joueur important de l’industrie du divertissement, au même titre que le cinéma. Anne-Marie avoue elle-même que certaines scènes de dialogue peuvent être risibles, puisque les acteurs du milieu n’ont pas de formation théâtrale, mais être un artiste est un état d’âme et non un métier!

Bien que condamnée par plusieurs pour son caractère dégradant, la pornographie a su s’ancrer dans la société et devenir un empire basé sur nos instincts les plus primitifs. Il ne s’inscrit peut-être pas comme un art en tant que tel, mais fait définitivement partie du monde du divertissement, au même titre que le cinéma ou la musique qu’on consomme tous les jours.

 

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