Sommes-nous réellement maître chez nous?

Par Rais Kibonge

Annabel Soutar, auteure et directrice des Productions Porte-Paroles, était de passage au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke le 7 mai afin de présenter le documentaire J’aime Hydro. Avec un style hors du commun, la pièce émet de manière humoristique, sensible et intelligente un cours accéléré sur Hydro-Québec et le rapport que les Québécoises et Québécois entretiennent avec cette institution, qui est l’un des symboles par excellence de la Révolution tranquille et de l’émancipation moderne du Québec.

Une expérience nouvelle, dans un ton humoristique

Dans un style à la fois documentariste et intime, l’actrice principale, Christine Beaulieu, et son formidable acolyte, Mathieu Gosselin, nous emportent dans une quête sur l’histoire passée et présente d’Hydro-Québec en débutant dans les premières minutes de la pièce par une projection des attentes que fondait le Québec sur la future société d’État. Attentes mises en mots par une célèbre explication de René Lévesque sur le potentiel d’un tel projet, alors qu’il était toujours journaliste dans l’émission Point de mire. En passant par la réalisation des grands chantiers des années 1960 et 1970, jusqu’à l’actuel de la Romaine, il répond aux questions sur le futur d’Hydro et l’implication que la construction continue du barrage signifierait pour la province.

En plus d’une mise en scène moderne qui mêle habilement effets sonores et visuels, qui rendent la pièce très dynamique, Christine Beaulieu arrive par sa simplicité et son ton humble à faire oublier aux spectateurs qu’ils sont dans une pièce de théâtre et, très rapidement, les transporte dans l’intimité de son salon ou de sa cuisine. Elle témoigne de son aventure de découverte d’Hydro à travers les hauts et les bas de sa vie de tous les jours, de ses réflexions personnelles, de sa vulnérabilité, de ses questionnements et de ses interactions avec des gens de tous horizons.

Place au dialogue, et à la remise en question

C’est ainsi que d’histoires en anecdotes, on la retrouve s’adressant à des économistes, des chefs de chantiers, des ministres, des travailleurs terrains, des professeurs et des militants. Ces rencontres démontrent, au fil de l’histoire, l’importance et la nécessité d’un dialogue commun par rapport à la volonté d’Hydro-Québec de construire plus de barrages hydro-électriques. Christine Beaulieu explore par la suite la complexité de l’enjeu par l’entremise d’une variété d’acteurs impliqués dans la question des problématiques hydro-énergétiques, qui nous permettent aussi d’accompagner l’héroïne involontaire de ce périple qui chemine des « vertus de l’ignorance » au pouvoir de la connaissance, et cela avec une humilité touchante, grâce au courage de poser les questions que beaucoup éviteraient de poser.

C’est ce développement de connaissance que l’audience fait au fur et à mesure du récit, qui rend cette œuvre unique et lui donne une qualité d’autonomisation que le titre ne pouvait laisser présager. En partageant sentiments et émotions avec les spectateurs tout au long des 4 heures que dure la pièce, Christine Beaulieu arrive, par ses dialogues avec les 28 différents protagonistes, à comprendre comment la connaissance et le savoir restent à la base une question d’amour et d’intérêt envers un sujet, une personne, un peuple.

J’aime Hydro reste une pièce atypique par son format et sa volonté d’éduquer et de faire connaître. C’est un incontournable du paysage québécois qu’est Hydro-Québec, si incontournable qu’on le prend pour acquis alors que l’on sait si peu sur lui. En ressortant de la pièce, il se peut que les spectateurs soient encore un peu confus face à la question des barrages hydro-électriques et du futur, mais une chose est sûre, c’est qu’au bout du compte, la phrase qui fera le plus de sens dans leur tête sera celle composée de ces deux mots… « J’aime Hydro ».

Partager cette publication

Laisser une réponse