Par Dominique Wolfshagen

Un marteau-piqueur permettant de déboucher des artères? La surprise ne s’arrête pas là : cette innovation de l’Université de Sherbrooke ne provient pas de la Faculté de médecine et des sciences de la santé, mais bien des laboratoires de génie mécanique! Portrait de la technique SoundBite, une application concrète du génie à la médecine.

En science, on ne peut pas toujours prévoir la direction que prendra un projet. C’est du moins ce qu’ont pu constater le professeur Martin Brouillette ainsi que deux de ses étudiants, Steven Dion et Louis-Philippe Riel, qui ont développé la technologie SoundBite. Initialement prévue pour traiter les pierres aux reins, cette technique a toutefois trouvé une autre application : déboucher les artères.

Pour ce faire, un fil métallique est introduit dans l’artère jusqu’à l’occlusion (le bouchon). Une fois en place, des ondes de choc sont envoyées dans le fil. « C’est comme si ça donnait des coups de marteau à une extrémité du fil », explique Steven Dion, candidat au doctorat. L’onde se propage ensuite, en comprimant et en étirant la tige métallique, « un peu comme un accordéon », illustre-t-il. Résultat : le bout du fil subit des déplacements microscopiques répétés et forts (comme un marteau-piqueur!), lui permettant de percer l’occlusion.

Malgré le caractère impressionnant du processus, cette technique est sans danger pour les artères, car les tissus mous se déforment au lieu de casser. L’équipe du SoundBite le démontre régulièrement en présentant son appareil : alors que le fil inactif est incapable de percer la coquille d’un œuf, il la transperce en une fraction de seconde une fois activée. Puis le marteau-piqueur toujours en marche est posé sur le doigt, ne causant qu’une sensation de vibration.

Au-delà de cette démonstration et des divers tests en laboratoire, la technologie SoundBite a également fait ses preuves sur les artères bouchées de près de 40 patients (chez qui le traitement traditionnel s’est révélé inefficace), avec un taux de succès de 92 %. De tels résultats ont valu à cette innovation une place parmi le palmarès des 10 découvertes de l’année de la revue Québec Science.

Sortir du Publish or perish

En entrevue avec Le Collectif, Steven Dion a confié être particulièrement fier de l’aspect très concret du projet. « Souvent, quand on fait de la recherche à l’université, on est là pour publier, publier, publier… C’est Publish or perish! Mais nous, on a vraiment pris une autre avenue », explique-t-il.

En effet, en travaillant sur une technique menant à un brevet, l’équipe était en quelque sorte contrainte de « passer sous le radar », pour ne pas se faire voler l’idée. « C’est un peu déstabilisant. Je me disais que si ça ne marchait pas, je me retrouverais devant rien », se souvient l’étudiant au doctorat.

Steven Dion avoue que la chance a également joué un rôle à certains moments. « On avait développé une technologie [pour traiter les pierres aux reins], mais de fil en aiguille, en parlant avec des gens, on a découvert qu’il y avait une autre application qui serait plus intéressante. Et heureusement, on n’avait pas trop publié! », précise-t-il, en référence à la possibilité de se faire copier. « On fait peut-être notre chance, mais jusqu’à maintenant, les étoiles s’alignent bien pour nous », conclut-il.


Crédit Photo @ Université de Sherbrooke, Dominique Wolfshagen

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Une pensée sur “SoundBite : la médecine au marteau-piqueur”

  1. Bonjour et mes félicitations pour votre découverte soundbite,
    A titre de curiosité,1) qu’est ce que vous faite des « produits de perforation » c’est à dire les miettes qui découlent de la perforation. 2)on peut élargir le trou de passage à travers les dépôts ou bien se limiter au diamètre du fil
    Je suis un futur patient, car je commence à avoir des problèmes.
    Merci
    Inalij

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