Les soupers du ramadan des étudiants musulmans de l’Université de Sherbrooke : un savant mélange de jeûne et d'esprit fraternel

Dorian Paterne Mouketou

Chaque année, les personnes de confession musulmane du monde entier prennent part à un événement important, un pilier de leur religion : le ramadan. Cette période de jeûne censée durer un mois ne consiste pas simplement à ne pas manger, boire, ou fumer : elle est également une occasion de rassembler des familles et des amis – sinon des inconnus – autour d’une table commune pour fêter le mois saint. Les étudiants de l’Université de Sherbrooke ont tenu à garder la tradition, la ramenant au campus, et en faire une façon de partager un repas, de discuter et de créer des liens!

Le ramadan : une façon de se rapprocher davantage de Dieu

Le ramadan est le mois saint par excellence des musulmans. Il représente l’un des cinq piliers de l’islam que les musulmanes et musulmans de différentes cultures et du monde entier observent avec respect chaque année. Au cours de ce mois important et riche en spiritualité, celles et ceux ayant l’âge requis doivent s’abstenir de manger, de boire, de fumer ou d’avoir des relations sexuelles de l’aube au coucher du soleil. Le ramadan, c’est aussi une période de prières spéciales, où l’on veut se rapprocher de Dieu et observer ses commandements.

Aider et se rapprocher des autres

Le ramadan, c’est en outre le mois de la charité, après lequel les musulmanes et musulmans doivent offrir une aumône, appelée en islam la zakât-al-fitr (aumône de la rupture du jeûne). Ce geste consiste à aider les plus démunis. Ce faisant, cet acte purifie les jeûneurs après le ramadan de tous les péchés commis. Rapprochant celles et ceux ayant le plus de moyens aux plus démunis, le ramadan rapproche aussi les familles, les amis…et même les personnes qui ne se connaissent pas. Cela se fait notamment par des fêtes de fin de ramadan, des soupers de famille quotidiens après les couchers du soleil et des soupers entre amis et collègues de travail ou d’école.

Les soupers des étudiants de l’UdeS : le souci d’être ensemble

Les rassemblements et les partages de repas des étudiants musulmans de l’Université de Sherbrooke datent de plusieurs années. Pour en savoir davantage sur l’initiative et le déroulement de ces soirées aux ambiances conviviales et chaleureuses, nous avons rencontré le comité exécutif de l’Association des musulmans et musulmanes de l’Université de Sherbrooke (l’AMUS) ainsi que le responsable des soupers à l’Université de Sherbrooke après les journées du ramadan. Nidal Aregabi et Taleb Sabbek nous ont invités à nous joindre à leur table et à partager leur repas.

Taleb Sabbek a tenu à rappeler l’importance d’organiser ces soupers de ramadan sur le campus : « la plupart [des étudiants] sont des immigrants. Ils n’ont donc pas de famille ici. Et l’ambiance familiale, le fait de se regrouper, ça manque. C’est une possibilité pour ces étudiants-là de se retrouver en quelque sorte entre frères et sœurs, en famille… entre étudiants pour pouvoir jaser. » Pour Taleb, il ne faut pas ignorer le fait que le ramadan est une épreuve spirituelle, mais elle est aussi grandement difficile physiquement. Organiser les soupers à l’école permet donc aux étudiants de vaquer à leurs occupations respectives. « La journée, elle est longue. Vous savez, le ramadan c’est de 3 h du matin jusqu’à 20 h 30 le soir. C’est difficile de cuisiner. Alors c’est une belle chance pour les étudiants de se concentrer plus avec les difficultés du jeûne, de se concentrer sur leurs études, et au moins ils trouvent un repas à la fin de la journée. Ils peuvent rentrer chez eux se reposer en attendant l’heure du repas », a-t-il lancé.

Nidal, lui, tenait à rappeler l’importance d’avoir une participation et en même temps de permettre aux gens de se rassembler. Pour lui, ces soirées sont d’une nécessité capitale. « On insiste que l’information soit diffusée de la meilleure façon qui soit – courriel, Facebook ou bouche-à-oreille – afin d’avoir une grande participation. C’est aussi une occasion pour rappeler aux gens les valeurs de partage et d’entraide. Ce mois sacré a un goût spécial si on est chez nous en famille. Du coup, si on arrive à faire sentir [aux gens] un peu de ça, on serait très fiers », spécifie-t-il.

Taleb, qui est dans l’AMUS depuis longtemps – il en a d’ailleurs été président durant cinq ans – a voulu profiter de notre présence afin de définir l’importance capitale du ramadan : « [le ramadan], ce n’est pas seulement le jeûne physique (s’abstenir de manger), mais aussi un jeûne spirituel », tenait-il à mentionner. Une façon spirituelle d’éviter plusieurs tentations, et cela commence par s’abstenir de manger. « Ça nous rappelle beaucoup de choses. Ça nous rappelle l’époque, ça nous rappelle qu’il y a des gens qui ne trouvent pas comment manger, ça nous rappelle qu’il y a des gens qui se réveillent le matin, et qui ne savent pas s’ils vont manger de toute la journée. »

L’implication de personnes importantes

«[Dans] l’islam, surtout durant le mois du ramadan, on dit que celui qui donne à manger à quelqu’un qui jeûne aura la même récompense que lui, comme s’il [avait jeûné lui aussi]. Alors il y a des multiplications de récompenses », soulignait fièrement Taleb en faisant allusion à des personnes qui se précipitent pour venir en aide. Ces soirées n’auraient pas été un succès s’il n’y avait pas la participation des fournisseurs et des bénévoles, qui sont des familles et des étudiants. Pour les fournisseurs de nourriture, l’exigence est que le repas ne devienne pas payant. Les membres de l’AMUS s’assurent donc que tout le monde mange, invitant même les personnes n’étant pas de confession musulmane à partager le repas.

Les soupers du ramadan sont, certes, une façon de permettre aux étudiants musulmans de se concentrer sur le jeûne pendant la journée et de se régaler autour d’un repas à l’ambiance conviviale. L’AMUS tient tout de même à rappeler que n’importe qui peut y assister. Les familles et les restaurants qui fournissent la nourriture veulent avant tout aider les étudiants qui en grande partie sont immigrants, nous mentionne Nidal, visiblement fier de cette initiative et satisfait de la réaction des gens. « Nous avons des retours qui réchauffent le cœur et ça ne peut rendre que satisfait… ceci ne peut être fait sans la participation et le soutien de plusieurs étudiants responsables de la mise en place, du service, de la vaisselle… » L’AMUS est fière d’avoir accompli cet exploit, passant de 4 jours par semaine à 7 jours sur 7 de soupers de ramadan.


Crédit Photo ©  Dorian Paterne Mouketou

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