Par Yannick Poulin-Giroux et Aude Poirier

Au-delà de l’aspect éthique, l’alimentation végétalienne fait objet de nombreux débats dans le monde de la santé. Le milieu du sport et de l’activité physique n’y fait pas exception, et beaucoup de désinformation y circule. Le présent article vise à aborder certains des mythes les plus récurrents et à apporter au lecteur une nouvelle perspective face au végétalisme dans le monde du sport.

Mythe #1 : On ne peut pas être à la fois un bon athlète et végétalien

Pour plusieurs, pratiquer un sport de haut niveau et être végétalien ne semble pas compatible. Cette idée reçue provient principalement du fait que les athlètes ont des besoins nutritionnels particuliers, lesquels ne pourraient être satisfaits par une alimentation végétale. Or, de nombreux sportifs ont déjà démenti ce mythe, notamment Venus William (tennis), Lewis Hamilton (Formule-1), Colin Kaepernick (Football), Scott Jurek (ultramarathon) et bien d’autres.

On pourrait être tenté de croire que ces athlètes sont des exceptions. Après tout, la grande majorité des sportifs professionnels ont une alimentation omnivore ; mais est-ce nécessaire à leurs performances ? La littérature scientifique tend à démontrer que non. Encore au mois d’août 2020, une étude publiée dans l’European Journal Of Clinical Nutrition démontrait l’absence de différence de la force musculaire et de la composition physique entre des sportifs végétaliens et omnivores [Boutros & Landry-Duval, 2020].

Mythe #2 : Les carences en protéines

Avant d’adresser ce mythe, il convient de rappeler le consensus de la plus grande organisation mondiale des professionnels de la nutrition au sujet de l’alimentation végétalienne : « Les diètes végétariennes et végétaliennes adéquatement planifiées sont saines, adéquates en matière nutritionnelle et peuvent potentiellement contribuer à la prévention et au traitement de certaines maladies. Ces diètes sont appropriées pour tous les stades de la vie (…) et pour les athlètes ». [Academy of Nutrition and Dietetics, 2016]

Sachant que cette diète peut s’adapter à tous, même aux athlètes, nous pouvons adresser le sujet plus spécifique des protéines. Plusieurs personnes sont marquées par une association psychologique que la viande est nécessaire à l’obtention de protéines. Cela est évidemment faux, il existe beaucoup d’autres sources importantes de protéines comme les légumineuses, le tofu, les graines, les noix et certains légumes. Rompre cette association trompeuse est essentiel, car elle induit un faux sentiment de dépendance envers la viande.

Rappelons aussi que la population générale consomme déjà trop de protéines [World Ressource Institute, 2016]. Une diète végétalienne planifiée et équilibrée peut aisément couvrir les besoins nutritionnels de tout athlète, en apportant aussi une richesse de macronutriments souvent moins présents chez les omnivores [O’Neill, 2010].

Mythe #3 : Les végétaliens doivent prendre beaucoup de suppléments

Dans la même lignée que le mythe précédent, on retrouve souvent l’idée que les végétaliens ont besoin de prendre beaucoup de suppléments alimentaires pour éviter les carences. Cette idée tire partiellement ses racines du fait qu’il est fortement recommandé aux végétaliens, mais non aux omnivores, d’utiliser des compléments de vitamines B12 [Greger, 2014].

Cela peut donner l’impression que les humains ont besoin de viande pour avoir une alimentation complète, ce qui n’est toutefois pas le cas. La vitamine B12 contenue dans la viande vient principalement de suppléments ajoutés dans la nourriture fournie au bétail. Ce sont plus de 90 % des suppléments de B12 vendus dans le monde qui sont destinés à l’élevage [Rooke, 2013]. Les végétaliens, eux, prennent directement le supplément. À l’exception de cette vitamine, tous les autres nutriments peuvent être obtenus avec une diète végétale.

Mythe #4 : Les végétaliens ont peu de choix alimentaires

De toute l’histoire de l’humanité, il n’a jamais été aussi simple et agréable d’être végétalien. Les supermarchés offrent une diversité alimentaire hallucinante et les imitations végétales de produits animaux facilitent grandement la transition. Les choix ne se résument pas qu’à du tofu et de la salade. Végétaliser ses repas apporte aussi un rapport nouveau à son alimentation. Cela amène à explorer différents types de cuisines proposant déjà des options végétaliennes : indienne du sud, mexicaine, méditerranéenne, éthiopienne, coréenne, etc. La diversité alimentaire dont jouissent les végétaliens apporte un réel plaisir et une santé générale accrue. Les performances des sportifs ne peuvent qu’en bénéficier !

Mythe #5 : On perd beaucoup en adoptant une alimentation végétale

Finalement, le mythe le plus dissuasif d’entre tous : concevoir le végétalisme comme une perte. Beaucoup de personnes sont intéressées par une alimentation végétalienne, mais ne peuvent se faire à l’idée de modifier l’alimentation qu’ils ont toujours connue. Cette anticipation est tout à fait normale et il est indéniable que ce changement peut temporairement déstabiliser. Toutefois, il vaut mieux se concentrer sur tout ce qu’on acquiert ! Devenir végétalien, c’est d’abord et avant tout gagner :

  • Un nouveau rapport à la nourriture
  • Une conscience éthique plus légère
  • Une alimentation plus écoresponsable [Sabaté, 2014] [EAT-Lancet Commission, 2019]
  • Une meilleure santé cardiovasculaire [Caldwell, 2014] et générale [Craig, 2009]
  • Des économies d’argent

Toutes les raisons sont bonnes de végétaliser son alimentation. Il suffit de prendre son courage à deux mains et de faire le premier pas, car finalement nous en sortons tous gagnants.

Bien que plusieurs idées préconçues puissent ternir l’image collective du végétalisme, il ne faut pas perdre de vue l’essentiel : le mode de vie végétalien permet de préserver la santé planétaire, de sauver des vies animales en plus d’être bénéfique pour la santé.

Comme mentionné plus haut, une alimentation végétalienne variée n’entraîne ni carence, ni diminution des performances sportives, à condition bien sûr que l’on prenne soin de s’informer avant de faire le pas. Selon La Presse, 7,1 % des Canadiens se considèrent végétariens et 2,3 % végétaliens, et ces chiffres ne cessent de monter d’année en année. Qu’à cela ne tienne : ce sera armés de leurs boissons de soya et de leurs noix de Grenoble que ces derniers prouveront qu’être actif est compatible avec le végétalisme !


Crédit Photo @ Simon RD

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