Stéphane Fallu : simple et direct

Par Natalie Nguyen

L’humoriste Stéphane Fallu présente un peu partout au Québec, depuis quelques mois, son plus récent spectacle solo, Pus d’signal. Il sera en spectacle à Sherbrooke au Théâtre Granada le 18 janvier prochain. C’est dans un café à Sherbrooke, un matin tranquille, que Le Collectif s’est entretenu avec lui sur sa carrière et sur son 3e one-man-show.

Un humoriste à la feuille de route impressionnante

Certains ont pu le découvrir à la radio à CKOI en duo avec Sylvain Larocque avec Les imbéciles heureux il y a une douzaine d’années, d’autres ont pu le voir comme panéliste à Atomes crochus il y a quelques années et plus récemment, comme animateur de Refuge animal à TVA. L’humoriste a fait de la radio, animé à la télé, été chroniqueur sur des émissions de divertissement. Cependant, il entretient une préférence, dans son travail d’artiste, pour le stand-up. Le comique continue d’apprécier, même avec les années, plusieurs aspects de son travail dont « l’écriture, le travail en amont avant d’avoir le résultat, l’incertitude de la page blanche, les rencontres avec les gens et faire le tour du Québec (car c’est un travail beaucoup sur la route). »

Un gars drôle et respectueux dans la vie

L’humour de Stéphane Fallu est politiquement correct. À cela, Stéphane Fallu me reprend gentiment et nuance : il ne se décrit pas comme toujours politiquement correct, du moins, il promet que son spectacle du moment est moins politiquement correct. Eh bien, son humour est relativement politiquement correct. Par contre, le Stéphane Fallu de tous les jours se dit respectueux. Il admet dire ce qu’il pense, mais n’est  « pas un gars de jugement dans la vie » et ajoute du même souffle qu’il respecte l’opinion des autres

Vie privée et surmédiatisation

Dans les premières questions d’entrevue, on aborde la santé mentale dans le monde du showbiz québécois. Je souligne le public, qui peut parfois être critique à l’endroit d’artistes sur certains aspects qui ne concernent même pas l’art en tant que tel. Avec l’avènement des médias sociaux, le phénomène ne s’essouffle pas, au contraire. Je cite en exemple la surmédiatisation de changements capillaires d’artistes québécois ou l’adoption d’une nouvelle tendance vestimentaire chez des artistes et, ce faisant, qui n’ont pas d’impact sur la qualité de l’art pratiqué par un artiste. Je mentionne que ça peut devenir lourd, pour un artiste, de voir ses moindres faits et gestes rapportés par un média.

Les humoristes étant moins touchés par ce phénomène, Stéphane souligne qu’il revient à l’artiste de décider, de mettre ses limites en entrevue, et de ne pas aller dans une direction qu’on n’aime pas aborder. Il relate avec humour que dans certaines entrevues données par le passé, on était plus intéressé à ce qu’il dévoile des aspects de sa vie privée (de sa famille entre autres) que ses projets professionnels. Je le rassure en lui précisant que toutes mes questions d’entrevue sont axées sur sa carrière professionnelle (raison pour laquelle je l’interviewe!) et que ma prochaine question est celle qui « dévie » le plus de mon angle d’entrevue. C’est un Stéphane amusé qui m’invite à lui poser cette fameuse question.

J’acquiesce en lui faisant remarquer que le nœud papillon est un accessoire avec lequel on le voyait souvent dans ses apparitions dans les médias et en spectacles et m’interroge à savoir à quand une collection de nœuds papillon signée Stéphane Fallu. Il m’explique qu’il a pensé à cette idée quand il en portait beaucoup, mais maintenant, il a besoin de « plus de liberté au niveau du cou » donc il n’en porte plus. Il raconte, amusé, qu’il en portait, car pour « un gars qui dit autant de niaiseries, il avait besoin d’un look plus sérieux ».

Pus d’signal

Stéphane, à propos du titre de son spectacle Pus d’signal : « Pus d’signal comme être humain. J’analyse pourquoi il y a autant de gens épais autour de nous. Et l’écriture s’est faite dans un lieu avec peu de moyens technologiques [NDLR : dont le signal cellulaire] donc ça fait référence à ça aussi le titre. ». Le comique aborde le mouvement #MeeToo, la légalisation du weed, vieillir et subir des examens, la politique américaine, le racisme et bien d’autres thèmes. Le comique propose un stand-up plus axé sur le « day-to-day » et « plus corrosif ». En exemple, dans un des numéros, au restaurant, il se moque des clients qui en demandent beaucoup au lieu de jouer dans le classique et de rire des serveurs.

Humour égalitaire

Tout comme dans ses spectacles précédents, ses spectateurs peuvent s’attendre à avoir une introspection d’eux-mêmes et, justement, le principal intéressé ne compte pas laisser indifférents ses spectateurs. Ainsi, la promotion de son nouveau spectacle annonce qu’il « se gâte en posant un regard amusé sur une société où tout le monde se prend beaucoup trop au sérieux », est « simple, direct et décousu » et « fait de l’humour égalitaire : il rit de tout, de tous » ce qui rejoint le numéro des clients difficiles au restaurant relaté précédemment. Stéphane Fallu raconte qu’il avait écrit le contenu de ses spectacles solos précédents avec d’autres gens alors que ce spectacle-ci, une trentaine de personnes lui ont donné des idées, mais il a tout écrit seul. Il concède qu’il ne s’est pas mis de pression et que cela a été plus facile ainsi.

Un spectacle comme il l’entend

L’entrevue bifurque vers la production de ses spectacles solos. Son deuxième spectacle avait été produit par Avanti Variétés alors que celui-ci est une auto-production. Stéphane Fallu aborde la liberté de produire son propre spectacle et dépeint le plaisir d’aller présenter son spectacle dans des petites villes. D’ailleurs, il ne sait pas encore s’il y aura une représentation montréalaise de Pus d’signal. Le cas échéant, ce sera une salle de 100 personnes me glisse-t-il. Du public qui n’est pas le meilleur, en passant par la pression plus grande, puis par les critiques de presse qui peuvent être acerbes, il est honnête : lors des premières médiatiques montréalaises, le plaisir n’est pas au rendez-vous pour celui ou celle sur la scène. En revanche, « [son] métier, c’est de faire rire le public » et il reste toutefois lucide, il sait que « ça fait partie du métier » et que « les journalistes ont le droit de ne pas aimer le show ». Bref, lors d’une première montréalaise, avec un public qui a eu les billets gratuitement et d’autre part, glousse parfois aux mauvais moments, c’est-à-dire lorsque celui ou celle sur scène se fourvoie, les premières médiatiques semblent être une partie de plaisir pour tous…sauf pour celui ou celle sur scène.

La quarantaine

D’ailleurs, dans la même lignée, maintenant dans la quarantaine et avec encore plus de vécu, s’il avait à transmettre un message au Stéphane Fallu de 2006 lorsqu’il était en duo dans Les imbéciles heureux, il dirait « Fais les mêmes choses, ne te prends pas au sérieux [et] sois plus ponctuel. » Comme j’invite Stéphane à clore l’entrevue avec le mot de la fin, il me dit « Souvent, on pense connaître un artiste, mais il faut aller le voir en live, pour le connaître. ». Sur ce, ne tardez pas à acheter vos billets et allez vous esclaffer en sa compagnie le 18 janvier prochain au Théâtre Granada.


Crédit Photo @ Stéphane Fallu

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