COMMENT SURVIVRE À UN OURAGAN

Par Alexandra de Moor

Six jeunes adultes provenant d’un peu partout en Amérique du Nord; six expériences de vie complètement différentes; six cœurs battant à la chamade. Nous étions fin prêts, munis de presque autant d’assurance que de peur. Le 6 septembre dernier, quelque part dans les Îles Vierges américaines, nous avons vaincu Irma, et elle nous a vaincus en retour.

C’est sur l’île de Saint-Thomas, à l’Université des Îles Vierges américaines, que j’avais prévu compléter ma formation universitaire en communication. J’y ai vécu les plus belles semaines de ma vie, j’y ai vu les plus beaux paysages et j’y ai rencontré des personnes qui resteront gravées dans mon histoire à tout jamais. Mon karma était hésitant, il constatait mon trop-plein de bonheur, c’était déséquilibré. Le pire, c’est que je répétais sans cesse à mes amis que c’était improbable, tout ce bonheur-là, qu’il fallait toucher du bois.

Au départ, les informations plus ou moins (vraiment moins que plus) précises sur l’ouragan Irma entraient dans une oreille pour ressortir aussitôt de l’autre, je l’avoue. C’était irréel, tout comme l’entièreté de mon séjour là-bas. Seulement, pour la première fois, c’était irréel dans le mauvais sens du terme. Croyez-moi, c’est devenu réel le temps de le dire.

En l’espace de trois journées, nous avions appris la venue d’Irma; tenté de quitter l’île de quelque façon que ce soit; accepté le fait que nous devions rester; quitté notre résidence en direction d’un abri plus sécuritaire; fait mille et un aller-retour au K-Mart pour s’approvisionner; barricadé les fenêtres et les portes; pleuré, prié et espéré.

Irma nous a fait vivre les huit plus longues heures de notre vie :

12 h : Nous jetons un dernier coup d’œil à l’extérieur, mais le vent devient plus puissant, les objets commencent à se déplacer d’une façon trop peu rassurante et nous nous enfermons pour de bon.

15 h : Les rafales de vent et d’eau deviennent si intenses que nous ressentons déjà la pression dans nos oreilles, comme en avion ou en altitude dans les montagnes. Peu à peu, la maison commence à respirer en même temps que nous. Son souffle est palpable, comme si les murs et le toit prenaient de l’expansion pour ensuite se contracter vers l’intérieur.

16 h : Les bruits font tout sauf s’atténuer. Un débris s’envole si puissamment dans la fenêtre à côté de moi que les morceaux de bois servant à barricader s’envolent avec l’ouragan. Alors que je me jette par terre de peur de recevoir des morceaux de vitre au visage, Chris (à qui la maison appartient) appose le divan contre ladite fenêtre et nous fait traverser dans une autre pièce. Un instant plus tard, quelque chose de lourd, très lourd, tombe sur le toit. Le bruit est si inquiétant que nous craignons pour notre abri… tout le monde dans la douche! Pour les deux heures qui suivent, nous sommes entassés dans une petite douche, accroupis sous un matelas, à attendre.

18 h : Après de nombreuses prières de religions et de langues confondues, nous commençons à retrouver confiance. Le toit tient le coup.

20 h : Notre radio nous indique enfin que c’est passé, que nous pouvons sortir et constater les dégâts. Nous avons survécu. C’est l’extase. Je n’ai jamais autant ri et pleuré en même temps de toute ma vie.

Le désastre après la tempête

Trois jours sans dormir une seule heure, deux jours sans manger un seul repas, huit heures sans avoir un seul moment de répit. Premier constat : Irma avait emporté avec elle toute la beauté de l’île. Malgré la noirceur dominante, nous étions témoins d’un désastre des plus déstabilisants. Toute forme de joie quittait progressivement nos esprits à la vue de ces maisons sans toit, de ces voitures renversées, de ces arbres arrachés, de ces carcasses d’animaux, de ces fils électriques et de tous ces débris non identifiés.

Quelques émotions plus tard, je perdais conscience, m’entrainant dans une chute d’une dizaine de pieds avant de rejoindre le sol tête première. L’aventure était tout sauf terminée. Les jours qui ont suivi ont été les plus stressants et déterminants de toute mon existence. L’hôpital de Saint-Thomas étant détruit, j’ai été héliportée à Porto Rico afin de recevoir des soins, n’amenant avec moi que les vêtements que je portais et mon téléphone cellulaire.

S’en suivit une mission on ne peut plus complexe : me rapatrier au Québec sans passeport ni aucun document officiel. Nul besoin de préciser que ce n’était pas chose facile, bien au contraire. Tous les efforts ont été déployés, de la part de ma famille, afin de rendre le tout possible. Sans leur travail acharné et leur collaboration avec les compagnies d’assurance, les agences de voyages, le Consulat canadien, le gouvernement, divers médias et j’en passe, je serais peut-être toujours là-bas.

Toutes mes pensées vont à mes nouveaux amis, pour qui chaque jour est un défi sur l’île de Saint-Thomas. Et toutes mes prières vont à ceux qui ont tant perdu au passage d’Irma et de Maria. Armés de patience et de courage, ces braves hommes, femmes et enfants feront de cette île un endroit magnifique à nouveau, j’en suis certaine.


Crédit Photo ©  Chris Powell

1 comment

  1. st-pierre 12 octobre 2017 at 15:57 Répondre

    J’ai vraiment apprécié le courage de tous ceux qui ont vécus cette épreuve et spécialement à toi Alexandra de ton beau témoignage qui m’encourage en ce moment même les épreuves que je vis en ce moment malgré la différence on apprends par nos épreuves et ce qui me porte à croire encore plus que notre familles est toujours là même loin ou proche merci Alexandra ton témoignage est arrivé au bon moment j’espère Te voir bientôt pour te remercier je t’ aime sans te connaître

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